• Véronique Sanson / 1983

Articles parus dans Harmonies n°8 (automne 1983)
 
1983. Le come-back de Véronique s’effectue sur trois niveaux : sur nos platines, sur nos écrans et sous les projecteurs. 
 
Volet 1 : studio 
 
Studio de La-Frette-sur-Seine, 29 octobre 1983 © LC

La-Frette-sur-Seine. 20h30 environ. Nuit noire, banlieue déserte. Et l’écho de mes pas qui résonnent dans les rues sinistres… Brrrr

Numéro 10. Je sonne. La porte s’ouvre seule et un grand chien noir me suit jusqu’au perron. La maison est immense. Des pièces très vastes (Véronique me dira plus tard qu’elle lui rappelle Orgeval).

Dans un couloir carrelé noir et blanc, Titou (tout content de figurer dans Rolling Stone aux côtés de son père) et Adrien (le fils d’Étienne [Chicot]) se poursuivent, juchés sur des tabourets roulants. Véronique est dans la cuisine. Cheveux bouclés, lunettes rondes, sweat-shirt et jeans, elle cherche de l’huile pour faire cuire un immense rôti de veau, avant de me préparer un pansement maison – le chien ayant par mégarde planté ses crocs dans mon pouce gauche, le transformant en un petit tas de chair sanguinolant… Bel accueil !

C’est donc dans cette maison (au sous-sol), que se prépare dans le plus grand secret, l’Album de la rentrée, celui que tout le monde attend…
Véronique est contente de la pochette. C’est un de ses amis peintre qui a fait le cliché : “On n’a pas eu besoin de faire quatre pellicules, trois clichés seulement, et puis il a peint dessus, la mèche plus blonde, les lèvres plus rouges, le visage plus blanc”.

Le résultat, à l’heure où vous lisez ces lignes, vous l’avez bien en vue sur votre pile d’albums : une pochette très féminine, un peu racoleuse. Un peu orientale aussi.

Suivez-nous maintenant à la cave – attention à éviter Titou, maintenant au volant d’une voiture à pédales… Là, changement d’ambiance total. La salle est partagée en trois, quatre pièces séparées par des portes de verre. On passe devant le grand piano noir pour aller dans la pièce du fond où Didier [Périer], le maître des lieux, effectue la prise de son des caisses claires et des toms pour un morceau plutôt boggie. Sur la bande, la voix de Véronique n’est placée qu’en voix-témoin, les textes y figureront plus tard. Le batteur, patient, reprend pour la 20e fois le même morceau de sa partition. Étienne aimerait un son très métallique, très anglais. On règle l’ampli. On recommence. Cette fois, c’est bon. On avance la bande et, petit à petit, le morceau prend forme, fruit d’un travail méticuleux.

Véronique a deux minutes. J’en profite pour l’asseoir avec Titou et un petit chat qui ronronne plus fort que le réacteur d’un Boeing au décollage dans un des fauteuils du salon. Séance de pause improvisée et… écourtée par l’instinct cuisinier de Véronique qui réalise que les frites ne doivent pas être loin d’être carbonisées…



 

Volet 2 : promo 
  
Maison de la radio, 13 novembre 1983 © LC
 

Si vous n’avez jamais assisté à l’enregistrement d’une émission de télévision, il faut tout de même que je vous raconte !

Prenons l’exemple de Champions (sur TF1, le dimanche), enregistrée en direct du studio 102 de la Maison de la radio. Première chose : dans le courant de la semaine précédant le dimanche choisi, vous lever aux horreurs pour retirer les invitations. Puis, le grand jour enfin arrivé, vous munir d’une patience d’ange pour ne pas être tenté d’étrangler les chasseurs d’orthographe d’Annie Cordy et de Jean-Jacques Goldman (ils sont redoutables !) avec lesquels – si vous tenez à être bien placé –vous aurez à faire la queue deux heures durant… Ensuite, une fois assis, commencera l’attente. Sous vos yeux éblouis : le plateau (ses caméras, ses câbles, son décor kitch et les voix off de la régie)… et à vos côtés, votre voisine qui règle son Instamatic pour ne pas rater le sourire de Mireille Mathieu !

Apparaît alors quelqu’un qui va vous faire un long speech suivi d’une séance de répétition d’applaudissements (vous donnant le sentiment que vous allez jouer un rôle important dans ce qui va se dérouler…).
“Antenne dans une minute 15 secondes”. Votre cœur bat plus fort. L’émission commence, et vous êtes là, en direct ! Ce n’est qu’à cette seconde que vous mesurez l’étendue de votre désappointement. Non seulement il y a 30 caméras sur votre artiste préféré (et donc aucune chance de l’apercevoir), mais en plus, il chante en play-back.
Conclusion : vous seriez tout aussi bien chez vous.

Soyons sérieux et jeton plutôt un coup d’œil sur l’entrée des artistes. Là, après avoir montré patte blanche, vous vous enfilé dans un dédale de couloirs qui mène aux loges. La porte s’ouvre et Véronique sort. Déjà maquillée et habillée (T-shirt noir, pantalon à damiers black and white, hauts talons mauves), elle se dirige vers le plateau, encadrée par son attaché de presse et par Katia [Miramon]. Au bas de l’escalier, un buffet improvisé devant lequel discutent des assistants, des gens de télé… et Jean-Marie Rivière, qui salue Véronique en l’invitant à passer le soir de son choix boire un verre à l’alcazar (invitation retournée par Véronique qui lui propose de venir un soir à l’Olympia).

Conversation interrompue : Véro passe dans 10 minutes. Elle doit donc se rendre sur le plateau, en longeant (sur la pointe des pieds – c’est du direct) le dos des décors.

La voici devant un écran télé, suivant la retransmission des championnats de gymnastique, un anorak rouge jeté sur ses épaules (a rapprocher du fait qu’un courant d’air glacé nous fait tous frissonner des pieds à la tête). Willy Anderson, déjà sur le plateau, est planqué derrière un élément du décor (il n’apparaîtra qu’à la moitié de la chanson).

Sur l’écran, maintenant, Michel Denisot annonce le grand retour de Véronique Sanson avec un tout nouveau titre (l’émouvant Le temps est assassin). Véronique pose son anorak, quitte le monde des mortels pour s’avancer sous la magie des projecteurs, un large sourire aux lèvres. Face aux claviers derrière lesquels elle s’installe, quelques cameramen dont un juché sur un escabeau (pour les prises de vue en plongée).

Nous nous sommes déplacés face au plateau pour suivre la prestation. Bel effort d’imagination de la part de Véronique pour humaniser l’œil de la caméra auquel elle adresse ses textes tourmentés…

Les dernières notes envolées, elle rejoint Denisot. Juste le temps de faire deux-trois clichés et on la retrouve sur le chemin de sa loge, inquiète de savoir si elle a réussi son playback (étant donné le fait qu’elle l’interprète pour la première fois en télé).

Au dehors, quelques “piliers” des enregistrements télé attendent, armés de leur carnet et de leur Instamatic. Véronique signe et pause, adorable…


 
Volet 3 : show 
   
Rueil, 15 novembre 1983 © LC
 

Rueil. Ce soir, c’est la toute première date du VéroTour 83. La salle est neuve, pas trop grande, et la scène est plutôt belle : blanche, tachetée de noir, avec une colonne au fond à gauche. À droite trône, sans âme, le grand piano noir qui attend sagement les accords du soir.

Dans l’après-midi, pendant les répétitions, Véronique a reçu FR3 (et ses diffusions surprise : l’émission étant finalement passé le 16 au lieu du 18 annoncé), et les gens de Chanson 83. Elle n’avait pas l’air trop traqueuse. Tout le monde est pourtant un peu tendu ce soir… Les musiciens sont nouveaux, le répertoire a été (un peu) remanié et deux titres flambant neufs sont inscrits sur la liste (à droite, du tabouret, par terre sur scène !). Être angoissé, c’est compter sans le pouvoir scénique de Véronique. Une voix qui, ce soir encore, va faire mouche, et une immense présence.

“Bonsoir ! Ça fait deux ans, et demi que je n’ai pas fait de scène, c’est vous dire si j’ai envie de jouer pour vous ce soir !”. Véronique vient de prendre place derrière le piano. Ses quelques mots ont rebondi dans la salle, qui a bien réagi. Elle attaque avec Besoin de personne. Le show de cette année est construit de la manière suivante : deux parties dont la première se termine par les titres-piano et dont la seconde est destinée à remuer le public.

Ce soir, les chansons-piano, nous montreront de façon presque cruelle la désarmante sincérité de Véronique sur scène, les mots qui blessent la gorge avant de se poser sur les notes du piano noir. L’émotion dans la salle n’en est pas moins réelle et c’est à tout rompre que Véronique se verra ovationnée pour cette performance, remerciant ces vagues de chaleur par des sourires touchants : “Vous savez, je les chante avec tout mon cœur”.

Remontant des bas fonds du pathétique, Véronique avait bien préparé sa partie fun – quelques titres bien enchaînés, certains ayant subi de nouveaux arrangements : Vancouver et sa dernière note (“et je rêve”) qui arrache des frissons, et la fin du Maudit, revisited. Également bienvenu le nouveau titre (une bonne partie de la salle connaissant déjà Le temps est assassin) : Boogie Loulou [Avec un homme comme toi]. “Oh, je sais, vous allez dire que vous n’l’aimez pas (protestation unanime), mais moi j’l’aime bien !”. Le contraste avec Le temps est assassin est total. Autant l’une à tout de la chanson-qui-tue (écoutez la deux fois de suite un soir de cafard et on vous retrouvera “le souffle en l’air”), autant l’autre est le type même de la chanson-vitamine, chanson-bonne humeur. Le rythme est totalement boogie et les textes plutôt déroutants pour du Véronique Sanson. “Ce que je peux vous dire, c’est que vous êtes les premiers à l’entendre”.

Pour une première, celle-ci est plutôt réussie (les musiciens sont un peu paralysés de trac – except Willy – mais ça ira mieux les jours suivants… Il manque tout de même une petite fausse note, quelque chose qui nous montrerait que tout n’est pas encore tout à fait au point… Et c’est Willy qui va nous l’offrir en mettant les plans de guitare de On attend là-bas dans l’intro de Bernard’s Song ! Quelques mots glissés à l’oreille par Véronique, quelques sourires dans le public, ravi, et le show a suivi son cours jusqu’à la logique des rappels, dont le dernier est un petit nouveau, It Ain’t Necessarily So, hommage de Véro à Gershwin, et véritable prouesse vocale.

Deux mots sur l’after show : Diane Tell (qui prête à Véro son clavier, Stephane [Montanaro], pour l’Olympia), venue la féliciter, et la légende sur l’affiche collée à l’entrée des loges : les organisateurs locaux ayant écrit “Bienvenue à Véronique et à son équipe”, elle a dessiné une bulle sortant des lèvres : “Merci pour cet accueil charmant”.


 
 

• Alain Chamfort / Michel Berger / 1980

Chroniques parues dans Harmonies n°5 (novembre 1980)
 
Alain Chamfort
Le Palace, 6 mai 1980
 
 
© Catherine Dréano

Beaucoup de feeling à Paris, le 6 mai dernier.
Sûr de lui, le regard électrique, petit col et cravate fine de cuir rouge, dans un costume rétro, Alain a définitivement enterré le premier à Alain Chamfort, à qui une méchante sorcière avait jeté un mauvais sort, l’étiquetant “chanteur de variétés” (au pire sens du terme) et c’est, dansant sur les cendres de son prédécesseur, qu'il a séduit un public jeune style “new wave” (on était au Palace) avec des chansons réorchestrées et superbement interprétées par des musiciens avec un grand M (un Manuréva plus fort que sur le disque, un Géant et un Seul à la fin à vous donner des frissons).
“Véro, qui était à Paris, devait venir le 5”, nous a expliqué Alain, “mais le concert a été annulé et elle m’a fait parvenir par l’intermédiaire d’un ami une lettre très gentille dans laquelle elle me disait qu’elle ne pourrait pas venir le 6. On s’est vu peu de temps après à Orgeval où je suis allé dîner”.
Alain travaille actuellement au piano et au synthétiseur à un nouvel album qu’il ira enregistrer à Los Angeles et qui devrait sortir un peu avant Noël.


Michel Berger
Théâtre des Champs-Élysées
4 juillet 1980
 

© LC

Le petit Lutin rouge avec des rythmes qui balancent bien plein la tête, qui avait “la pêche” sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées, c’est Michel Berger.
À l’aise, pas trop noyé dans les couleurs et dans les sons, il dirigeait – d’une force intérieure – tout ce (et ceux) qui l’entourai(en)t. Un zeste de funk avec des morceaux comme Mon piano danse, La groupie du pianiste et Celui qui chante, un brin d’originalité avec Ma déclaration (rôle du triangle) et À moitié, à demi, pas du tout au rythme, tropical et un rien de tendresse (Chanson pour quelqu’un) : un cocktail réussi. Pour son premier passage sur scène, Michel Berger a joué la carte du grandiose, a esquissé une dimension de son talent sous une multitude d’artifices dont il eût aisément pu se passer. Pourquoi avoir attendu le dernier rappel pour dialoguer seul avec son piano ?
Après avoir chanté que ce soir, “il aime tout le monde”, tel un homme heureux qui réalise son rêve d’enfance, il sort son Polaroïd et prend la salle en photo ! “Un souvenir de l’avant-dernière”, explique-t-il…

 

• Véronique Sanson / 1979

Chronique d’un concert à l’Olympia 
parue dans Harmonies n°3 (hiver 1979)
 
© APS Médias/Abacapress

Olympia

21 h 30. La salle est pleine à craquer. Après quelques pubs, les lumières s’éteignent. Les murmures cessent instantanément. “Venu de Tucson, Arizona, le Bob Meighan Band !”. Apparaissent six musiciens qui vont brièvement assurer le lever de rideau. Pour commencer, un morceau sans texte, pas mal du tout, puis quatre chansons. Si dans le public tout le monde ou presque attend Véronique et râle dès que le groupe entonne un nouveau titre, personne ne reste insensible à cette musique superbe, et chaque rythme le tempo, qui de ses mains, qui de ses pieds. Puis soudain le silence. 

Grâce aux jeux de lumières bleutées, la scène ressemble à une clairière cachée au beau milieu d’un bois. Une note de synthétiseur s’échappe, puis s’amplifie et tout à coup les guitares s’enflamment et jouent une intro que tout le monde reconnaît malgré son rythme rapide, celle de Pour qui. D’ailleurs, arborant un superbe Borsalino blanc cassé, voici venir Véronique, un long foulard noir à paillettes artistiquement drapé sur son corsage blanc, portant un pantalon de cuir noir. Elle s’assoit sagement au piano. “Ce soir on va bien s’amuser”, lance-t-elle à la salle. Qui en douterait ? Un concert de Véro, c’est un moment merveilleux. 2 000 personnes ayant en commun le même “idéal musical” se sont donné rendez-vous dans cet endroit pour vibrer au son de sa voix. Voix à propos de laquelle tout a déjà été dit. Difficile d’être original… Disons simplement que la gorge de Véronique recèle un trésor fabuleux : une gamme de voix infinie, du murmure de ruisseau à l’ouragan. Besoin de personne, Une nuit sur son épaule, Le maudit se succèdent rapidement. Trop peut-être : lorsqu’elle repart en coulisse, on a l’impression qu’elle venait tout juste d’arriver.

© Christine Neveu

L’entracte est bien long. Dans le hall, on entend le live de 76 : c’est du matraquage !

Enfin tout le monde se rassoit. Véro revient, mais sans ses musiciens. On devine que ce sont ses moments préférés, ceux où elle peut se faire plaisir, se chanter des chansons douces. La partie instrumentale n’étant assurée que par ses doigts, elle est poussée à innover : quelques accords de blues dans Redoutable et ce changement de rythme pour “Tu danses, tu saisis une pensée bleu-rouge” que j’avais déjà apprécié dans les concerts précédents et qui s’affine d’année en année. Seule au piano, elle n’est plus sur la scène de l’Olympia : toute la salle, sous le charme, décolle avec elle. Personne ne serait déçu si elle finissait le concert ainsi. 

Toutes les pensées, tous les rêves s’élèvent dans les airs pour former un nuage dense au-dessus de la scène. Et soudain, c’est l’orage. Un premier éclair – assez doux : Mi-maître, mi-esclave où le saxo s’en donne à cœur joie. Puis Véronique se métamorphose : elle enfile un beau masque de démon, rejette avec arrogance  sa crinière blonde, force sa voix, arrangue la foule, hurlant ses textes sur un fond musical somptueux. Chaque instrument, la soutient en émettant la note qui convient au moment où il le faut. Ainsi stimulée, Véro nous offre des versions live vraiment parfaites, notamment Mariavah, bien qu’elle ait supprimé le passage où sa voix et celle d’Eric Estève se faisaient écho. 

Coup de tonnerre, très attendu : Véro attrape sa guitare électrique,  se la passe autour du cou et c’est On attend là-bas. La foule est en délire. Encore une chanson et elle dit – hypocritement – “Merci et à bientôt”. On a envie de lui dire “À tout de suite”, car chacun sait pertinemment qu’elle ne va pas tarder à revenir… En effet, après que Bob Meighan nous ait exhorté à nous lever, Véro réapparaît sur l’intro géniale de Celui qui n’essaie pas. Tout le monde est debout autour de la scène et danse. C’est dingue ! Sur la scène, Plato T. Jones vient prêter main forte à Éric Estève pour les chœurs. L’ambiance est vraiment extra. Le morceau finit trop vite et Véro regagne les coulisses. Un projecteur blanc illumine le piano : elle reviendra. 

Au lieu de “Une autre, une autre !”, mon voisin qui a déjà vu jouer le film crie “Bahia, Bahia !”. Il a raison, et c’est même un super Bahia, car la salle, surchauffée, applaudit dès qu’elle force sa voix sur les “caresse-moi”. Troisième rappel : Dis-lui de revenir. Sublime. On n’a vraiment pas envie de la laisser partir. 

Hélas, les lumières se rallument. La salle ne se vide cependant pas tout de suite… Espoir vain. À bientôt, Véro. 


 

• Kate Bush / 1979

Chronique du concert du 6 mai 1979
au Théâtre des Champs-Élysées, 
parue dans Harmonies 
n°3 (hiver 1979)
 
© Gered Mankowitz

Une Anglaise à Paris

Une boule en argent scintille dans les airs. Une canne danse toute seule. “Deux dans le même cercueil”, répète une voix d’outre-tombe. Des violons géants et roses dansent. Deux mini-écrans – encadrant une porte ronde et blanche façon soucoupe volante – montrent des paysages étranges. Au milieu de ce décor baroque, somptueux et mystérieux, entre un illusionniste et deux danseurs, ondule une fée. Sa grâce et sa souplesse féline la font évoluer sur scène de façon peu commune.

Cette fée, c’est Kate Bush. Il est assez difficile de classer sa musique. Son répertoire comprend aussi bien des chansons très douces (Feel it, In the Warm Room, ou The Man with the Child in his Eyes) que très rythmiques (Don’t push Your Foot On the Heartbrake). La majeure partie de son “œuvre” se situe cependant entre les deux (Wow, Hammer Horror et surtout le sublime Fullhouse). Ce sont des mélodies soignées à la ligne étrange et qui sonnent de manière inhabituelle à l’oreille. Mais laissons Véronique [Sanson] nous dire elle-même ce qu’elle en pense : “Ah, j’adore ! Sa musique est très riche. Il y a un côté mystérieux et envoûtant qui se dégage de ses disques et qui me plaît beaucoup.”

Kate Bush a 21 ans et elle a donné son premier et unique concert à Paris en mai dernier : Elle a à peine une demie-heure de retard et déjà le public – jeune en majorité – trépigne, manifeste son impatience. Soudain un long hurlement se fait entendre. On dirait qu’un vent très fort souffle dans la salle. L’épais rideau noir tiré, l’ombre gigantesque d’une svelte jeune femme qui danse se découpe sur un écran de soie verte. L’apparition de Kate Bush sur les premiers accords de Moving déclenche une formidable ovation. Libre de tout mouvement grâce à un micro astucieusement placé autour de son cou, elle exécute des contorsions bizarres. Chaque chanson est un mimo-drame dont elle est l’actrice principale. Ce qui donne lieu à de fréquents changements d’éclairage et de costumes : elle se déguise en sorcière, en parachutiste, ou bien enfile une jaquette, un haut de forme ou une combinaison de hors-la-loi ; ce show est conçu de manière à ce que notre œil ne se lasse jamais.


Sa voix ? Elle vous touche plus profond de vous-même, atteint avec une aisance surprenante les sons les plus aigus, même lorsque Kate Bush chante, par exemple, la tête en bas, roulée dans une boîte géante doublée de satin rouge (Room for the Life). Sur scène, ses chansons prennent une dimension nouvelle. Elle est accompagnée des neuf musiciens avec qui elle enregistre, notamment de Del Palmer (à la basse), de Brian Bath (à la lead guitar) et surtout de Duncan Mackay (aux claviers). Elle termine bien sûr son spectacle par Wuthering Heights, son titre le plus célèbre en France, sorti au printemps 78. C’est émergeant de la nappe de fumée qui recouvre la scène qu’elle incarne Cathy, hantant les Hauts de Hurlevent à la recherche d’Heathcliff.

Il y a dans ce show parfaitement rodé des moments d’une si bouleversante intensité qu’on les voudrait éternels. On a envie de savoir de quelle planète descend cet être qui met ces fantasmes et son imagination délirante au service de la musique, et on se demande, la lumière allumée, si ce mélange de féerie et de sorcellerie, de musique dingue et fantastiquement romantique, n’était pas en fait un merveilleux songe. Diane Dufresne, qui est dans la salle, est enthousiaste.

Si vous en avez l’occasion, embarquez dans la machine à rêves de Kate Bush. En attendant, écoutez ses deux superbes albums (édités chez Sonopresse) : The Kick Inside et Lionheart, dont elle est l’auteur-compositeur-interprète.
 
 
Ajouts 
• Outre Diane Dufresne (aperçue dans le le grand escalier lors de l'entracte), Michel Berger et France Gall ont également assisté à ce concert. 
• Après le dernier rappel, Kate Bush est revenue dire quelques mots en français. Si elle en avait dit un de plus, il aurait été coupé : c’était la fin de la cassette sur laquelle j'ai enregistré le concert, le magnétophone sur mes genoux. On peut l’écouter ici. 
• Lionel Florence était un rang ou deux devant moi, mais nous ne connaissions pas à l’époque… 
• J’ai eu la chance de revoir Kate Bush sur scène à Londres en septembre 2014. Chronique à lire ici. 
• Pendant que j’enregistrais, un copain de ma sœur, Hubert Camard, prenait des photos : 






 
• Un peu plus tard, le 26 septembre 1979, après l’enregistrement de l’émission Palmarès 79 de Guy Lux, on attend Kate Bush devant la Maison de la Radio avec ma sœur et Hubert Camard. Je prends quelques photos.