• Schnock Berger-Gall | 2026

“Schnock” n° 59
Grand Dossier Michel Berger-France Gall
3 juin 2026
 
Sans être un forcené du “c’était mieux avant” (trop facile), réjouissons-nous de l’existence d’une revue comme Schnock dans une époque où l’absurdité le dispute un peu plus chaque jour à l’horreur alors même qu’on croyait avoir atteint la veille des sommets (ou des abymes) en la matière. Schnock, c’est cette bulle de récréation érudite sur un passé pas si lointain, cette somme pas barbante de renseignements sourcés sur le cinéma, la musique, la littérature et autres, écrits dans un style assez unique qui doit beaucoup à son rédac’chef Alister, découvert en tant qu’auteur-interprète dans une autre vie (compte YouTube toujours valide). Pas d’IA (ou si peu pour coloriser plus vite une photo peut-être…), pas de fake news, pas de recherche acharnée du buzz, Schnock s’inscrit dans le temps long, jolie collection multicolore qu’on lit mine de rien depuis 15 ans – anniversaire qui fut d’ailleurs dignement célébré à la librairie L’Écume des pages le 2 juin (vidéo ici).
 
Au rayon musique, Schnock – qui donne uniquement dans l’hexagonal pour le moment – a déjà intronisé comme il se doit Gainsbourg, Dutronc, Hardy, Vartan, Sheila ou Amanda Lear et il était légitime après avoir schnockisé la queen Véronique (juin 2023) de s’attaquer au couple Berger-Gall, solide matière pour un Grand Dossier qui s’ouvre sur une interview inédite de Michel (par Yves Bigot qui en avait déjà parsemé ses biographies) et une de France, brillamment bricolée (quel boulot !). Entre Michel et France, Alister n’a eu aucune peine à concocter un Top 20 dont le pinacle est pour moi son savoureux décorticage de La complainte de la serveuse automate. Quant à l’ami Baptiste Vignol, il s'est distingué avec les propos schnockiens en diable tenus par notre cher Bernard de Bosson et par Didier Barbelivien qu’on ne soupçonnait pas roi de la punchline nonchalante. 
 
Baptiste et B2B chez Bernard Cazeneuve, 24 mars 2026 © LC
 
A priori je ne trouvais aucune raison de me glisser dans ce numéro avant que l’intrépide Alister n’ait la riche idée de me demander si l’incroyable photo de Véronique et Michel autour d’une table pendant l’été 1972 m’inspirait quelque chose. Il avait raison raison le bougre : si on songe que Michel était assis à côté de la femme qu’il aimait et en face de celle qu’il allait aimer – sachant qu’on ne “désaime” jamais tout à fait – y’avait matière ! Je me suis donc lancé. 
 
 
 
 
Le texte original étant un peu plus long, je restitue ici les lignes qu’il a fallu couper faute de place (et aussi parce que l’info du dernier paragraphe se trouvait déjà ailleurs dans la revue) :
 
Extrapolons avec un autre chassé-croisé quelques années plus tard. En 1979, dans les premières représentations de Starmania, c’est Étienne Chicot qui endosse le costume de Zéro Janvier avant de devenir le compagnon de Véronique Sanson au milieu des années 1980, puis figurer au casting du clip Évidemment de France Gall et jouer au théâtre à Ramatuelle un certain 2 août 1992 alors qu’une funeste partie de tennis a empêché le couple Berger-Gall de s’y rendre. On pourrait même ajouter que sa femme, Isabelle, deviendra dans les années 2000 l’assistante de Sanson pendant quelques années. On arrête là, on a les yeux qui se croisent.
Et puis non, un petit dernier pour la route : à qui Bernard de Bosson (pdg de WEA) propose-t-il des maquettes signées Véronique Sanson en 1971 ? À France Gall, qui avouera ne pas se sentir à même de les chanter mais le traitera de taré s’il ne la signe pas… 
 
Chez France Gall © Bernard Leloup, février 1974

Et puis finalement, une fois lancé, je me suis dit que je pourrais peut-être aussi proposer de tordre le cou à cette histoire de “rivalité” entre France et Véronique, incroyable disproportion entre réalité et gros titres de presse qui ont engendré tant de malentendus – malentendus qui semblent s’estomper sur les réseaux : ceux qui se qualifient de #teamfrancegall étant de moins en moins nombreux face à ceux à l’esprit un poil plus large, rendus à certaines évidences suite au succès du spectacle Toute une vie sans se voir et sa formidable mise en lumière de la correspondance en chansons entre Michel et Véronique, par exemple. L’article tient sur 2 pages et a été titré « Les deux blondes préférées de Berger ». 
 
Véronique et Nicole Calfan, 31 décembre 2021 © Chris Stills

Ce numéro 59 propose également une épatante interview de Nicole Calfan (croisée à Triel un réveillon de fin d’année) ainsi qu’une interview de Marc Top 50 Toesca  – entre autres. Bonne lecture à tous ! 
Laurent Calut 
 
 
Sommaire complet du Grand Dossier (numéro à commander ici) :

p.28 Le Grand Dossier - France Gall & Michel Berger

 

p.32 France Gall : « Emmerdeuse, c’est un compliment » par Éléonore Cambret

 

p.54 Michel Berger : « Ça me gonflait d’écrire pour les autres » par Yves Bigot

 

p.66 Le Petit Berger-Gall illustré par Christophe Ernault

 

p.80 Bernard de Bosson : « J’avais déjà dépensé 150 000 euros sans avoir entendu une note de musique ! » Le making of de Starmania par Baptiste Vignol

 

p.94 Top 20 France Gall & Michel Berger par Alister

 

p.104 Didier Barbelivien : « Le jour où j’ai failli casser la gueule à Michel Berger » par Baptiste Vignol

 

p.107 Pierre Lescure : « France pouvait se foutre de notre gueule » par Christophe Ernault

p.110 Serge Pérathoner : « Michel était content que je n’aie pas travaillé avec Enrico Macias » par Laurent Jaoui

p.112 Le jardin secret de Véronique Sanson par Baptiste Vignol

p.114 Que l’amour est bizarre par Laurent Calut

p.116 « Les deux blondes préférées de Berger » par Laurent Calut

La santé de Véronique Sanson


 Paris, 14 mars 2026 © LC
 
La santé de Véronique Sanson

 
La santé des célébrités inquiète Le monde à juste titre. Ils nous représentent et ce lien d'identification naturel se double souvent d'une réelle empathie. Dans le cas d'une artiste comme Véronique – qui par ses chansons a toujours généré énormément d'émotion (doux euphémisme) – c'est flagrant : va-t-on pouvoir la voir encore sur scène, entendre ses nouvelles compositions ? 
 
 
 
Mais comment faire comprendre aux gens qui s'inquiètent (légitimement) que les réponses "Elle ne va pas bien" comme "Elle va mieux" n'ont qu'une valeur à court terme ? On parle quand même de quelqu'un pour qui le danger n'est pas effrayant ou même excitant, mais carrément “doux” ! Sans vouloir jouer les donneurs de leçon, les messages de ceux qui se disent inquiets quand il y a un mauvaise nouvelle et soulagés quand en arrive une bonne me font inévitablement penser à ce fameux conte taoiste (le pauvre paysan et le cheval blanc) et c'est la raison pour laquelle j'y réponds le moins possible – surtout cette fois-ci où, avec les proches de Véronique, nos smartphones ont frôlé l'explosion – sans rapport avec les températures extrêmes. Je pense aussi à ce texto en lettres capitales reçu de Véronique il y a une quinzaine d'années un jour où j'avais osé m'inquiéter pour elle : DON'T EVER WORRY ABOUT ME. 
 
Alors, question : le recours à l'antique communiqué de presse AFP a-t-il été too much ? Il fallait bien annoncer l'annulation d'un concert (au festival Art Rock de Saint-Brieuc), mais, dans ce cadre-là, l'AFP arrose un peu trop à mon goût – ce n'est pas une critique, c'est son rôle. De son côté, le festival attendait pour communiquer la confirmation du nom de la remplaçante (la formidable Jeanne Cherhal) mais il fallait prévenir au plus vite ceux qui allaient faire le déplacement jusqu'à Saint-Brieuc. Le communiqué AFP a été repris en story mais c'est un piège : les réseaux sociaux de Véronique n'ont pas la vocation d'une chaine d'info en continu pour y partager son bilan médical – surtout si au milieu des commentaires bienveillants, on trouve l'inévitable et tellement malin : “Ah bah ça sera un concert sans son alors”… 
 

 
À l'heure où on peut gagner sa vie en partageant des fake news (florilège ci-dessous, IA à l'appui), où des présidentielles se gagnent grâce à la viralité de contenus non vérifiés, où des présentateurs météo se font insulter parce qu'il y a trop de rouge sur la carte de France en période de canicule, où de pseudos journalistes manipulent des pauvres d'esprits à longueur de journée, on est quand même bien mal barrés…  
Laurent Calut
 
PS. Je reconnais qu'il m'est peut-être plus facile d'écrire ceci sereinement dans la mesure où Véronique parle sans retenue de la mort (et de la sienne en particulier) que ce soit en privé ou dans ses textes (“Un suicide si lent, si lent / Je ne verrai pas par où le coup arrive” dans Je les hais en 1989).

Réseaux (a)sociaux

Faudra-t-il un jour quitter les RS ?

De manière générale, Véronique Sanson jouit d’un capital sympathie assez confortable auprès des gens qui utilisent les RS. Les messages d’amour affluent, les gens sont touchés, ils veulent témoigner de ce qu’ils ressentent en écoutant ses chansons et expriment leur désir de la rencontrer “même 5 minutes”. 

Tout va pour le mieux, sauf quand d’aucuns ressortent certains éléments de sa vie en cherchant à buzzer un max – ce qui est le cas après chaque interview, ne nous leurrons pas. 
À la suite de l’interview chez Delahousse, c’est le magazine ELLE qui s’est récemment illustré sur son compte FaceBook avec une publication joliment titrée Véronique Sanson émue, revient sur son [sic] relation avec Michel Berger : “On était jumeaux”.
 
 
Posons la question : l’intention est-elle noble ? Qu’attend le commanditaire de ce genre d’“article” sachant qu’une fois la publication balancée, aucune modération ne sera faite sur les commentaires ? En gros, on publie et on laisse les gens s’écharper sans se soucier des dégâts collatéraux, dont le premier – et à mes yeux le plus important – est l’image de Véronique. 
 
Dans les séances questions-réponses à l’issue des projections auxquelles il a assisté, le réalisateur Tom Volf a expliqué avoir construit son arc narratif partant de la rencontre avec Michel Berger jusqu’à sa mort. C’est son choix. Dès lors, les questions posées par Laurent Delhousse sont plausibles mais ne doivent faire oublier le reste et surtout pas représenter le seul angle d’attaque sur les RS, car pour les facebookiens qui passent par là – et on sait statistiquement que ce ne sont pas des perdreaux de l'année – l’interrogation “Mais pourquoi revient-elle [encore] sur sa relation avec Michel Berger” ? est presque légitime puisque le contexte (la promotion d’un film-documentaire) n’apparaît pas immédiatement dans la publication. Pour peu qu’ils ne soient pas du genre à pousser plus loin leur questionnement, ils peuvent tout à fait se dire que c’est elle qui a contacté les médias pour évoquer cette vieille histoire. C’est ce qui ressort de certains commentaires. 
 





 
Or non messieurs-dames, Véronique Sanson n’appelle pas Laurent Delahousse pour causer dans le poste de sa relation avec Michel Berger. Ce n’est pas elle non plus qui vous invite à aller voir le film au cinéma et vous cache le fait qu’il passera bientôt à la télé (comme je l’ai lu quelque part). Elle participe bon gré mal gré à la promotion d’un film sur elle et, idéalement, ce devrait être l’occasion de revisiter son parcours atypique, romanesque, passionnel et musicalement très riche. Sans ce film, il n’y aurait pas eu cette interview dominicale qui semble tant vous chagriner. Question : êtes-vous si désœuvrés et malheureux pour perdre du temps et gaspiller votre énergie à commenter ainsi ? (et suis-je aussi naïf de poser ce genre de questions ?)
 
À lire ces calamiteux commentaires (il y a bien pire que ceux-là, âmes sensibles s’abstenir) sous la publication de ELLE, Diverto, Marie-Claire ou d’autres, outre le fait que la méchanceté le dispute à la bêtise, on note qu’une grosse majorité (peut-être pas très nombreuse, mais hélas trop visible) ne sait toujours pas utiliser les RS :   
  • Une publication – même hyper importante – sans photo ? On zappe.
  • Une légende à la photo ? Pourquoi s’em… à la lire… 
  • On tape son commentaire sans se relire (à supposer qu’on sache le faire).
  • On ne jette surtout pas un coup d’œil aux autres commentaires, quitte à écrire exactement la même chose que les copains. 
  • On s’adresse directement à la personne sur la photo, on la tutoie pour l’insulter et on la vouvoie pour la complimenter – alors qu’il y a si peu de chances qu’elle vous lise…
  • On repart sur CNews après avoir commenté. 
Depuis quelques jours, on voit aussi fleurir un peu partout des publications avec le titre Véronique Sanson dévoile sa magnifique maison. Honnêtement, y a-t-il du monde pour y croire ? Quand arrêtera-t-on l’emploi de ces verbes à la con : Véronique Sanson ne se “confie” pas, ne “dévoile” pas, ne “révèle” pas…
 
Et que dire de ce genre de commentaires quand est annoncée une tournée où certaines villes/régions ne figurent pas ?

Alors, faut-il désespérer tout à fait des réseaux (a)sociaux ?  
La nuance les a-t-elle définitivement déserté ?  
On pense à Hélène Hazera, interviewée la semaine dernière dans Libé, qui dit ne plus utiliser Facebook, “machine à s’engueuler avec ses amis”. 

Le fait est que le pire est à venir : L’IA, encore sous-exploitée sur les RS, va bientôt contaminer nos archives et on peut sans peine imaginer ce que des âmes bien intentionnées pourront 
publier dans quelques années quand on voit ce genre d’ignominies (matez le nom du réalisateur !) :
Illustration postée sur le compte YouTube Univers des Stars fin mars 2026
 
Même si j'ai parfaitement conscience que ce texte ne va pas changer la face du monde, je suppose que cela m’a fait du bien de l’écrire.  
Laurent Calut
 
PS1. Excellente chronique dans Le Canard Enchaîné du 6 mai 2026 à propos du livre Communiquer à tout prix de Nicholas Carr :

Il fut un temps, pas si lointain, où l’on pouvait rêver d’un monde rendu meilleur par la multiplication des moyens de communication. Échanger davantage avec son prochain allait forcément déboucher sur une société plus empathique et démocratique. Et soudain, patatras, voilà que TikTok, Instagram ou Facebook écrabouillent ce doux espoir, en nous soumettant au règne de la machine et des algorithmes.
Une catastrophe que détaille dans ce brillant essai l’Américain Nicholas Carr, qui s’attaque aux racines du chaos informationnel actuel et démonte l’utopie d’une société améliorée par l’expansion sans fin des canaux de communication. Au programme (informatique) : atomisation des cerveaux, pillage des données par les magnats de la tech et triomphe des fake news. Un champ de ruine ou s’imposent désormais l'IA et les agents conversationnels, aspirateurs d’attention devenus agitateurs de haine.
Résultat : “Nous devenons des images médiatiques détachées de notre existence physique.” L’humain du futur ? Un spectre cloîtré chez lui, affamé de dopamine et de bagarre en ligne. C’est comment qu’on freine ?
E.B.
 
Pour aller plus loin : Derrière les fake news aux millions de vues, un marché lucratif, analyse à lire ici 

Désintox

D É S I N T O X
  
[article publié à l’origine en mai 2020, régulièrement mis à jour]
 
« Le réel n’existe plus avec Internet. Ce n’est pas la vérité qui importe, c’est la viralité. Elle remplace la vérité, elle rime avec elle. Le plus important ce n’est pas que l’on dise vrai, mais qu’on dise et que ce soit répété. » (Kamel Daoud dans Boomerang le 1er octobre 2020).
 
Check News, Désintox, Stop Intox… On voit fleurir partout sur Internet de nécessaires remparts aux fake news, dont certaines peuvent nuire gravement au respect de la vérité, à l’intégrité de personnes publiques
Il ne sera évidemment question ici que de celles concernant Véronique Sanson, dans sa jolie vérité sur la photo de gauche, intoxiquée de barbouillages sur celle de droite – en l’occurrence par un petit Titou farceur ;-). 
Des détails, parfois. Des trucs plus embêtants aussi, surtout quand ils sont relayés par des sites qui ont pignon sur écran, comme la première intox, trouvée sur le site de la RTS ici comme dans Ici-Paris en juin 2020. 
 
[Update 2025] Les choses s’accélèrent avec l’IA. Voir à ce sujet l’excellent documentaire d’Arte. On trouve désormais quotidiennement ce genre d’infâmes publications sur YouTube :

“Michel Berger a écrit pour Véronique Sanson.”
 FAUX  Archi-faux et quand même archi-facile à vérifier… Et pourtant ce genre de fake news n’est pas prêt de s'arrêter, reprise en boucle lors du 30e anniversaire de la mort de Michel (par exemple dans le JT de France2) jusqu’à une énième biographie de Françoise Hardy (par Christian Eudeline en 2022)… 
On sait que Michel Berger écrivait/composait pour d’autres – et principalement pour des femmes : Patricia, Cécile Valéry, Isabelle de Funès, Vanina Michel, Françoise Hardy et bien sûr France Gall – mais Véronique écrit et compose (à de rares exceptions près) ses propres chansons. C’était d’ailleurs le sel de leur relation, entre émulation et compétition : ils étaient très prolifiques, se donnaient des challenges “Demain, j’aurai écrit deux chansons” / “Moi trois !”. Ce que Jean Brousse (ami d’enfance de Michel) résume d’un “Entre eux, c’était un peu la course à l’échalote” ! 
Bien sûr on peut dire qu’il a écrit pour elle dans le sens “en pensant à elle”, mais c’est un tout autre débat…  Lire à ce sujet son interview dans Elle n° 1868 du 26 octobre 1981 dans laquelle il dit s’être “adressé à Véronique Sanson dans ses chansons d’amour” et l’analyse de leur correspondance en chansons par Yann Morvan sur ce lien.
 

“Véronique Sanson a quitté Michel Berger sur un coup de tête.”
 FAUX  On lit et on entend cela très fréquemment, avec une variante : elle est partie du jour au lendemain (voir photo). Sans vouloir refaire le chemin à l’envers entre la rencontre avec Stephen Stills (mars 72) et le départ pour le rejoindre (février 73), on ne peut pas vraiment parler de “coup de tête” : le départ, certes précipité et non annoncé, est arrivé presque un an après le coup de foudre. Entre les deux, Véronique a été “assiégée” par le guitariste américain. Les portables n’existaient pas mais il y avait des intermédiaires. Il y a même eu un faux départ, qui fait l’objet du paragraphe suivant.


“Véronique Sanson a quitté Michel Berger en 1972 alors qu’il l’attendait en studio. Il a terminé seul son album.”
 FAUX  et  VRAI  Cette histoire continue à être difficile à démêler (y compris dans ce nouveau portrait de Michel sur RTL). Il faut dire qu’aucun journaliste ne s’y est intéressé au moment des faits : Michel Berger n’était pas encore très connu – hormis pour ses 45 tours dans les années 1960 – et le départ de Véronique n’a été évoqué brièvement dans la presse qu’après coup, au moment de son mariage (et une seule fois à ma connaissance, dans Salut les copains). Une chose est vraie : si Michel a terminé seul De l’autre côté de mon rêve, c’est bien parce que Véronique n’est pas venue à un rendez-vous en studio et a disparu les jours suivants. Mais il ne s’agit pas du fameux départ pour New York. C’est Élodie Mialet, réalisatrice de Un jour, un destin, qui a rassemblé le puzzle (hélas, nous ne l’avons pas crue sur le coup et la version de son film est donc inexacte, tout comme celle du livre Les années américaines). Attendue en studio, Véronique a fugué quelques jours à Londres avec Stephen Stills, avant de revenir auprès de Michel. Ils ont même assisté ensemble 2 mois plus tard au mariage de Violaine, sœur de Véronique. Ce retour et la double vie de Véronique durant cette courte période inspireront d’ailleurs à ce dernier une superbe chanson, Le secret
Le faux départ dont il était question dans le paragraphe précédent est, lui, relaté dans le livre Les années américaines : début octobre 72, Stephen Stills et son manager espèrent repartir de Paris avec Véronique. Mais elle n’est pas prête (on ne peut donc encore une fois pas parler de “coup de tête”) et se rendra à l’aéroport sans son passeport, feignant l’étourderie et les les laissant repartir seuls, furieux. À ce sujet lire mon article publié dans Schnock n° 47 (été 2023) :
 
 

“Avec Michel, on ne s’est jamais revus.”
 FAUX  Là c’est embêtant pour un biographe parce que c’est l’artiste elle-même qui parle et que ce n’est pas vrai. Y a des preuves ! Il y a cet épisode qu’elle a souvent raconté quand elle a présenté son fils à Michel dans les bureaux de leur maison de disque commune (fin des années 1980, rencontre tout à fait fortuite), celui d’un coup de fil de Michel de passage à Los Angeles (au moment précis où elle voyait passer un rat dans sa bibliothèque) et qui a débouché sur une rencontre. Il y a l’enregistrement de la chanson pour sauver l’Éthiopie en 1985, une télé pour les Restos du Cœur début 1990, une autre où ils sont assis sur le même canapé toujours en 1990 (Étoile Palace de Frédéric Mitterrand). Il y a la représentation de Starmania (époque Maurane et Peter Lorne) à laquelle Véronique a assisté avec Christopher, et après laquelle ils sont passés en coulisses et ont salué Michel. Et il y a bien sûr aussi l’enregistrement de la seconde version de la chanson Allah… Si Véronique répond souvent qu’ils ne se sont jamais revus, c’est avant tout pour avoir la paix, pour que la question suivante ne vienne pas fouiller davantage dans des souvenirs qui ne devraient regarder qu’eux.


Seras-tu là a été écrit pour France Gall.”
 VRAISEMBLABLEMENT FAUX  Une chanson n’est pas une lettre et personne ne possède une explication (véri)fiable des textes de Michel Berger, ni la date exacte de la composition de Seras-tu là. Une phrase comme “Pour nos souvenirs et nos amours / Inoubliables inconsolables” peut – si on considère l’option selon laquelle la chanson est adressée à France Gall – faire référence à leurs histoires d’amour passées à l’un et à l’autre (Michel évoquant Véronique en ce qui le concerne, et Julien Clerc en ce qui concerne France). Mais le couplet “Pour nos soupirs sur le passé / Que l’on voulait / Que l’on rêvait” penche plutôt pour une chanson adressée à Véronique : il n’a en effet pas encore de “passé”, ni de “rêves” avec France sur lequel “soupirer”. Ces mots correspondent davantage au regret d’une longue histoire d’amour plutôt qu’à l’évocation d’une relation débutante.
 
De plus, soyons réaliste : si Véronique Sanson s’était réellement fourvoyée en répondant (par son Je serai là en 1976) à une chanson qui ne lui était adressée, Michel Berger n’aurait-il pas réagi – en privé lorsqu’ils se sont revus ou bien publiquement, même si ce n’était pas vraiment son style ?
 
Pour en finir avec les infox sur Michel Berger :

 
  
“Véronique Sanson a reçu l’extrême-onction lors de son AVC en 1965.”
 FAUX  D’abord ce n’était pas un AVC mais une méningite et puis si le Père Hébrard était à son chevet, ce n'était pas pour lui administrer les derniers sacrements mais simplement pour lui rendre visite en tant qu’ami de la famille – il avait marié ses parents vingt ans plus tôt. Là encore, c’est souvent Véronique qui a raconté cette anecdote, reprise dans toutes les biographies. Un peu de storytelling ne nuit pas ;-)


“Véronique Sanson fait partie des personnalités pro-corrida.”
 FAUX  Il faudrait aujourd’hui conjuguer cette affirmation à l’imparfait. En effet elle a assisté avec ses parents à des corridas dans les années 1950-60, temps reculés où on s’inquiétait peu de la souffrance animale et qui ont fait d’elle une aficionada jusqu’à la fin des années 1990…  Son nom apparaît toujours dans une liste dressée en 2011 et elle continue à recevoir quelques messages haineux via le site officiel ou la page Facebook officielle… Mais aujourd’hui elle est évidemment et farouchement CONTRE, signe et partage (les rares fois où elle va sur Twitter – comme ici en 2016) des pétitions qui ne laissent planer aucun doute sur son engagement réel pour la cause animale : il est grand temps d’actualiser cette information. 


“Les deux sœurs portent un prénom commençant par le V de la Victoire.”
 FAUX EN PARTIE  La vérité se trouve déjà dans la biographie de Françoise Arnould et Françoise Gerber parue en 1986 : Colette Sanson avait pensé appeler sa première fille Marie, mais son époux avait craqué pour l’héroïne de la pièce de Claudel, L’annonce faite à Marie, qui s’appelle Violaine… et comme c’est lui qui est allé la déclarer… Pour leur seconde fille, ils étaient d’accord pour rester dans les V (qui rappelait effectivement la victoire de la Guerre) et le prénom Véronique rappelait à Colette “une très belle figure de la religion catholique”.


“Véronique Sanson porte encore la bague de fiançailles de Michel Berger.”
 FAUX  On trouve cette “information” page 59 d’une biographie approximative parue début 2020. Il y est aussi fait mention d’une cérémonie de fiançailles. En réalité il n’y a jamais eu de cérémonie de fiançailles. Après le départ de Véronique en 1973, sa mère a rendu la bague à Annette Haas, la mère de Michel… qui l’a rappelée peu après : la bague étant un cadeau, Michel ne voulait pas la récupérer. Comme l’a fort justement écrit Jean-François Brieu dans Doux dehors, fou dedans (2001), Véronique possède toujours cette bague et elle l’a seulement portée à quelques occasions sur scène. Nuance… [Update 2024 : Véronique porte dorénavant cette bague, en privé et sur scène.]
 
 
“En 1978, Véronique Sanson a été la première femme à jouer au Palais des Sports de Paris.”
 FAUX  Nouveau mea culpa car c’est une information qui a été reproduite sans vérification dans Les années américaines. Il aurait fallu ajouter « européenne » :
Aretha Franklin l’avait devancée en 1977…
 

Allez, un scoop pour finir sur une note plus optimiste : 

“Véronique Sanson est synesthète.”
 VRAI !  Et personne ne le sait ! La synesthésie – merci Wikipedia – est un phénomène neurologique non pathologique par lequel deux ou plusieurs sens sont associés (de manière durable). Par exemple la synesthésie dite « graphèmes-couleurs » (qui représenterait 65 % des synesthésies) fait que les lettres de l'alphabet (ou des nombres) sont perçues colorées. C’est précisément celle qui touche Véronique depuis l’enfance : pour elle, une couleur est attachée à chaque lettre, à chaque chiffre. Toujours la même, mais dans des teintes qui peuvent être différentes. Le 7 est par exemple toujours vert, mais peut être vert tilleul, vert amande… Elle n’en a jamais parlé, pensait que tout le monde ressentait la même chose et a seulement récemment découvert le nom de cet état éminemment poétique…  (allo, Rimbaud ?)
 
Laurent Calut