Réseaux (a)sociaux

Faudra-t-il un jour quitter les RS ?

De manière générale, Véronique Sanson jouit d’un capital sympathie assez confortable auprès des gens qui utilisent les RS. Les messages d’amour affluent, les gens sont touchés, ils veulent témoigner de ce qu’ils ressentent en écoutant ses chansons et expriment leur désir de la rencontrer “même 5 minutes”. 

Tout va pour le mieux, sauf quand d’aucuns ressortent certains éléments de sa vie en cherchant à buzzer un max – ce qui est le cas après chaque interview, ne nous leurrons pas. 
À la suite de l’interview chez Delahousse, c’est le magazine ELLE qui s’est récemment illustré sur son compte FaceBook avec une publication joliment titrée Véronique Sanson émue, revient sur son [sic] relation avec Michel Berger : “On était jumeaux”.
 
 
Posons la question : l’intention est-elle noble ? Qu’attend le commanditaire de ce genre d’“article” sachant qu’une fois la publication balancée, aucune modération ne sera faite sur les commentaires ? En gros, on publie et on laisse les gens s’écharper sans se soucier des dégâts collatéraux, dont le premier – et à mes yeux le plus important – est l’image de Véronique. 
 
Dans les séances questions-réponses à l’issue des projections auxquelles il a assisté, le réalisateur Tom Volf a expliqué avoir construit son arc narratif partant de la rencontre avec Michel Berger jusqu’à sa mort. C’est son choix. Dès lors, les questions posées par Laurent Delhousse sont plausibles mais ne doivent faire oublier le reste et surtout pas représenter le seul angle d’attaque sur les RS, car pour les facebookiens qui passent par là – et on sait statistiquement que ce ne sont pas des perdreaux de l'année – l’interrogation “Mais pourquoi revient-elle [encore] sur sa relation avec Michel Berger” ? est presque légitime puisque le contexte (la promotion d’un film-documentaire) n’apparaît pas immédiatement dans la publication. Pour peu qu’ils ne soient pas du genre à pousser plus loin leur questionnement, ils peuvent tout à fait se dire que c’est elle qui a contacté les médias pour évoquer cette vieille histoire. C’est ce qui ressort de certains commentaires. 
 





 
Or non messieurs-dames, Véronique Sanson n’appelle pas Laurent Delahousse pour causer dans le poste de sa relation avec Michel Berger. Ce n’est pas elle non plus qui vous invite à aller voir le film au cinéma et vous cache le fait qu’il passera bientôt à la télé (comme je l’ai lu quelque part). Elle participe bon gré mal gré à la promotion d’un film sur elle et, idéalement, ce devrait être l’occasion de revisiter son parcours atypique, romanesque, passionnel et musicalement très riche. Sans ce film, il n’y aurait pas eu cette interview dominicale qui semble tant vous chagriner. Question : êtes-vous si désœuvrés et malheureux pour perdre du temps et gaspiller votre énergie à commenter ainsi ? (et suis-je aussi naïf de poser ce genre de questions ?)
 
À lire ces calamiteux commentaires (il y a bien pire que ceux-là, âmes sensibles s’abstenir) sous la publication de ELLE, Diverto, Marie-Claire ou d’autres, outre le fait que la méchanceté le dispute à la bêtise, on note qu’une grosse majorité (peut-être pas très nombreuse, mais hélas trop visible) ne sait toujours pas utiliser les RS :   
  • Une publication – même hyper importante – sans photo ? On zappe.
  • Une légende à la photo ? Pourquoi s’em… à la lire… 
  • On tape son commentaire sans se relire (à supposer qu’on sache le faire).
  • On ne jette surtout pas un coup d’œil aux autres commentaires, quitte à écrire exactement la même chose que les copains. 
  • On s’adresse directement à la personne sur la photo, on la tutoie pour l’insulter et on la vouvoie pour la complimenter – alors qu’il y a si peu de chances qu’elle vous lise…
  • On repart sur CNews après avoir commenté. 
Depuis quelques jours, on voit aussi fleurir un peu partout des publications avec le titre Véronique Sanson dévoile sa magnifique maison. Honnêtement, y a-t-il du monde pour y croire ? Quand arrêtera-t-on l’emploi de ces verbes à la con : Véronique Sanson ne se “confie” pas, ne “dévoile” pas, ne “révèle” pas…

Alors, faut-il désespérer tout à fait des réseaux (a)sociaux ?  
La nuance a-t-elle définitivement foutu le camp de ce monde virtuel ?  
On pense à Hélène Hazera, interviewée la semaine dernière dans Libé, qui dit ne plus utiliser Facebook, “machine à s’engueuler avec ses amis”. 

Le fait est que le pire est à venir : L’IA est pour l’instant sous-exploitée sur les RS mais on peut déjà imaginer ce que des âmes bien intentionnées pourront 
publier dans quelques années quand on voit ce genre d’ignominies (matez le nom du réalisateur !) :
Illustration postée sur le compte YouTube de Univers des Stars
 
Même si j'ai parfaitement conscience que ce texte ne va pas changer la face du monde, je suppose que cela m’a fait du bien de l’écrire.  
Laurent Calut

Désintox

D É S I N T O X
  
[article publié à l’origine en mai 2020, régulièrement mis à jour]
 
« Le réel n’existe plus avec Internet. Ce n’est pas la vérité qui importe, c’est la viralité. Elle remplace la vérité, elle rime avec elle. Le plus important ce n’est pas que l’on dise vrai, mais qu’on dise et que ce soit répété. » (Kamel Daoud dans Boomerang le 1er octobre 2020).
 
Check News, Désintox, Stop Intox… On voit fleurir partout sur Internet de nécessaires remparts aux fake news, dont certaines peuvent nuire gravement au respect de la vérité, à l’intégrité de personnes publiques
Il ne sera évidemment question ici que de celles concernant Véronique Sanson, dans sa jolie vérité sur la photo de gauche, intoxiquée de barbouillages sur celle de droite – en l’occurrence par un petit Titou farceur ;-). 
Des détails, parfois. Des trucs plus embêtants aussi, surtout quand ils sont relayés par des sites qui ont pignon sur écran, comme la première intox, trouvée sur le site de la RTS ici comme dans Ici-Paris en juin 2020. 
 
[Update 2025] Les choses s’accélèrent avec l’IA. Voir à ce sujet l’excellent documentaire d’Arte. On trouve désormais quotidiennement ce genre d’infâmes publications sur YouTube :

“Michel Berger a écrit pour Véronique Sanson.”
 FAUX  Archi-faux et quand même archi-facile à vérifier… Et pourtant ce genre de fake news n’est pas prêt de s'arrêter, reprise en boucle lors du 30e anniversaire de la mort de Michel (par exemple dans le JT de France2) jusqu’à une énième biographie de Françoise Hardy (par Christian Eudeline en 2022)… 
On sait que Michel Berger écrivait/composait pour d’autres – et principalement pour des femmes : Patricia, Cécile Valéry, Isabelle de Funès, Vanina Michel, Françoise Hardy et bien sûr France Gall – mais Véronique écrit et compose (à de rares exceptions près) ses propres chansons. C’était d’ailleurs le sel de leur relation, entre émulation et compétition : ils étaient très prolifiques, se donnaient des challenges “Demain, j’aurai écrit deux chansons” / “Moi trois !”. Ce que Jean Brousse (ami d’enfance de Michel) résume d’un “Entre eux, c’était un peu la course à l’échalote” ! 
Bien sûr on peut dire qu’il a écrit pour elle dans le sens “en pensant à elle”, mais c’est un tout autre débat…  Lire à ce sujet son interview dans Elle n° 1868 du 26 octobre 1981 dans laquelle il dit s’être “adressé à Véronique Sanson dans ses chansons d’amour” et l’analyse de leur correspondance en chansons par Yann Morvan sur ce lien.
 

“Véronique Sanson a quitté Michel Berger sur un coup de tête.”
 FAUX  On lit et on entend cela très fréquemment, avec une variante : elle est partie du jour au lendemain (voir photo). Sans vouloir refaire le chemin à l’envers entre la rencontre avec Stephen Stills (mars 72) et le départ pour le rejoindre (février 73), on ne peut pas vraiment parler de “coup de tête” : le départ, certes précipité et non annoncé, est arrivé presque un an après le coup de foudre. Entre les deux, Véronique a été “assiégée” par le guitariste américain. Les portables n’existaient pas mais il y avait des intermédiaires. Il y a même eu un faux départ, qui fait l’objet du paragraphe suivant.


“Véronique Sanson a quitté Michel Berger en 1972 alors qu’il l’attendait en studio. Il a terminé seul son album.”
 FAUX  et  VRAI  Cette histoire continue à être difficile à démêler (y compris dans ce nouveau portrait de Michel sur RTL). Il faut dire qu’aucun journaliste ne s’y est intéressé au moment des faits : Michel Berger n’était pas encore très connu – hormis pour ses 45 tours dans les années 1960 – et le départ de Véronique n’a été évoqué brièvement dans la presse qu’après coup, au moment de son mariage (et une seule fois à ma connaissance, dans Salut les copains). Une chose est vraie : si Michel a terminé seul De l’autre côté de mon rêve, c’est bien parce que Véronique n’est pas venue à un rendez-vous en studio et a disparu les jours suivants. Mais il ne s’agit pas du fameux départ pour New York. C’est Élodie Mialet, réalisatrice de Un jour, un destin, qui a rassemblé le puzzle (hélas, nous ne l’avons pas crue sur le coup et la version de son film est donc inexacte, tout comme celle du livre Les années américaines). Attendue en studio, Véronique a fugué quelques jours à Londres avec Stephen Stills, avant de revenir auprès de Michel. Ils ont même assisté ensemble 2 mois plus tard au mariage de Violaine, sœur de Véronique. Ce retour et la double vie de Véronique durant cette courte période inspireront d’ailleurs à ce dernier une superbe chanson, Le secret
Le faux départ dont il était question dans le paragraphe précédent est, lui, relaté dans le livre Les années américaines : début octobre 72, Stephen Stills et son manager espèrent repartir de Paris avec Véronique. Mais elle n’est pas prête (on ne peut donc encore une fois pas parler de “coup de tête”) et se rendra à l’aéroport sans son passeport, feignant l’étourderie et les les laissant repartir seuls, furieux. À ce sujet lire mon article publié dans Schnock n° 47 (été 2023) :
 
 

“Avec Michel, on ne s’est jamais revus.”
 FAUX  Là c’est embêtant pour un biographe parce que c’est l’artiste elle-même qui parle et que ce n’est pas vrai. Y a des preuves ! Il y a cet épisode qu’elle a souvent raconté quand elle a présenté son fils à Michel dans les bureaux de leur maison de disque commune (fin des années 1980, rencontre tout à fait fortuite), celui d’un coup de fil de Michel de passage à Los Angeles (au moment précis où elle voyait passer un rat dans sa bibliothèque) et qui a débouché sur une rencontre. Il y a l’enregistrement de la chanson pour sauver l’Éthiopie en 1985, une télé pour les Restos du Cœur début 1990, une autre où ils sont assis sur le même canapé toujours en 1990 (Étoile Palace de Frédéric Mitterrand). Il y a la représentation de Starmania (époque Maurane et Peter Lorne) à laquelle Véronique a assisté avec Christopher, et après laquelle ils sont passés en coulisses et ont salué Michel. Et il y a bien sûr aussi l’enregistrement de la seconde version de la chanson Allah… Si Véronique répond souvent qu’ils ne se sont jamais revus, c’est avant tout pour avoir la paix, pour que la question suivante ne vienne pas fouiller davantage dans des souvenirs qui ne devraient regarder qu’eux.


Seras-tu là a été écrit pour France Gall.”
 VRAISEMBLABLEMENT FAUX  Une chanson n’est pas une lettre et personne ne possède une explication (véri)fiable des textes de Michel Berger, ni la date exacte de la composition de Seras-tu là. Une phrase comme “Pour nos souvenirs et nos amours / Inoubliables inconsolables” peut – si on considère l’option selon laquelle la chanson est adressée à France Gall – faire référence à leurs histoires d’amour passées à l’un et à l’autre (Michel évoquant Véronique en ce qui le concerne, et Julien Clerc en ce qui concerne France). Mais le couplet “Pour nos soupirs sur le passé / Que l’on voulait / Que l’on rêvait” penche plutôt pour une chanson adressée à Véronique : il n’a en effet pas encore de “passé”, ni de “rêves” avec France sur lequel “soupirer”. Ces mots correspondent davantage au regret d’une longue histoire d’amour plutôt qu’à l’évocation d’une relation débutante.
 
De plus, soyons réaliste : si Véronique Sanson s’était réellement fourvoyée en répondant (par son Je serai là en 1976) à une chanson qui ne lui était adressée, Michel Berger n’aurait-il pas réagi – en privé lorsqu’ils se sont revus ou bien publiquement, même si ce n’était pas vraiment son style ?
 
Pour en finir avec les infox sur Michel Berger :

 
  
“Véronique Sanson a reçu l’extrême-onction lors de son AVC en 1965.”
 FAUX  D’abord ce n’était pas un AVC mais une méningite et puis si le Père Hébrard était à son chevet, ce n'était pas pour lui administrer les derniers sacrements mais simplement pour lui rendre visite en tant qu’ami de la famille – il avait marié ses parents vingt ans plus tôt. Là encore, c’est souvent Véronique qui a raconté cette anecdote, reprise dans toutes les biographies. Un peu de storytelling ne nuit pas ;-)


“Véronique Sanson fait partie des personnalités pro-corrida.”
 FAUX  Il faudrait aujourd’hui conjuguer cette affirmation à l’imparfait. En effet elle a assisté avec ses parents à des corridas dans les années 1950-60, temps reculés où on s’inquiétait peu de la souffrance animale et qui ont fait d’elle une aficionada jusqu’à la fin des années 1990…  Son nom apparaît toujours dans une liste dressée en 2011 et elle continue à recevoir quelques messages haineux via le site officiel ou la page Facebook officielle… Mais aujourd’hui elle est évidemment et farouchement CONTRE, signe et partage (les rares fois où elle va sur Twitter – comme ici en 2016) des pétitions qui ne laissent planer aucun doute sur son engagement réel pour la cause animale : il est grand temps d’actualiser cette information. 


“Les deux sœurs portent un prénom commençant par le V de la Victoire.”
 FAUX EN PARTIE  La vérité se trouve déjà dans la biographie de Françoise Arnould et Françoise Gerber parue en 1986 : Colette Sanson avait pensé appeler sa première fille Marie, mais son époux avait craqué pour l’héroïne de la pièce de Claudel, L’annonce faite à Marie, qui s’appelle Violaine… et comme c’est lui qui est allé la déclarer… Pour leur seconde fille, ils étaient d’accord pour rester dans les V (qui rappelait effectivement la victoire de la Guerre) et le prénom Véronique rappelait à Colette “une très belle figure de la religion catholique”.


“Véronique Sanson porte encore la bague de fiançailles de Michel Berger.”
 FAUX  On trouve cette “information” page 59 d’une biographie approximative parue début 2020. Il y est aussi fait mention d’une cérémonie de fiançailles. En réalité il n’y a jamais eu de cérémonie de fiançailles. Après le départ de Véronique en 1973, sa mère a rendu la bague à Annette Haas, la mère de Michel… qui l’a rappelée peu après : la bague étant un cadeau, Michel ne voulait pas la récupérer. Comme l’a fort justement écrit Jean-François Brieu dans Doux dehors, fou dedans (2001), Véronique possède toujours cette bague et elle l’a seulement portée à quelques occasions sur scène. Nuance… [Update 2024 : Véronique porte dorénavant cette bague, en privé et sur scène.]
 
 
“En 1978, Véronique Sanson a été la première femme à jouer au Palais des Sports de Paris.”
 FAUX  Nouveau mea culpa car c’est une information qui a été reproduite sans vérification dans Les années américaines. Il aurait fallu ajouter « européenne » :
Aretha Franklin l’avait devancée en 1977…
 

Allez, un scoop pour finir sur une note plus optimiste : 

“Véronique Sanson est synesthète.”
 VRAI !  Et personne ne le sait ! La synesthésie – merci Wikipedia – est un phénomène neurologique non pathologique par lequel deux ou plusieurs sens sont associés (de manière durable). Par exemple la synesthésie dite « graphèmes-couleurs » (qui représenterait 65 % des synesthésies) fait que les lettres de l'alphabet (ou des nombres) sont perçues colorées. C’est précisément celle qui touche Véronique depuis l’enfance : pour elle, une couleur est attachée à chaque lettre, à chaque chiffre. Toujours la même, mais dans des teintes qui peuvent être différentes. Le 7 est par exemple toujours vert, mais peut être vert tilleul, vert amande… Elle n’en a jamais parlé, pensait que tout le monde ressentait la même chose et a seulement récemment découvert le nom de cet état éminemment poétique…  (allo, Rimbaud ?)
 
Laurent Calut
 

• Véronique Sanson | La Seine Musicale

 

La Seine Musicale
12-13-14 décembre 2025


Que s’est-il réellement passé pendant ce week-end de décembre à la Seine Musicale, le saura-t-on jamais ? 
 

Pour être tout à fait honnête, on redoutait un peu ces 3 dates pour elle : la fatigue des concerts précédents (et leurs voyages concomitants), les maux de l’hiver (sont toujours là quand il ne faut pas)… Deux jours plus tôt elle se montrait rassurante et on la croyait… mais bien malin qui aurait pu prédire le déluge d’énergie qui allait nous tomber dessus, tout en punch et en nuances. C’est bien simple, samedi soir, on était quelques-uns à avouer s’être senti en apesanteur, en état de grâce, que dis-je à évoquer une épiphanie. Diego, son régisseur scène depuis des lustres, lui a tout simplement dit que c’était son meilleur show depuis qu’il travaille avec elle. Au 6e rang, pile face à elle, la phrase qui venait à l’esprit était “J’ai un sourire dans tout mon corps” (in Si je danse pour toi). Pourquoi ce soir-là, après bientôt 50 ans de concerts en ce qui me concerne ? On imagine un singulier alignement de planètes, d’extraordinaires coïncidences cosmiques ou plus simplement une forme de lâcher prise individuel au milieu d’une foule amoureuse… 
 


Il y a bien sûr ce temps qui passe et passera, qui bonifie et fait de la scène l’endroit où on la voit la plus vivante. Ses émotions aussi, qui ne la lâchent pas et soulignent toujours autant l’intensité des mots : même aux balances quand, par exemple, elle en arrive à “Je n’aime que toi / je t’aime / Je t’aime (in Étrange comédie), tout remonte : elle l’a vécu, l’a écrit et son interprétation ne pourra jamais être légère. Des chansons indissociables d’une vie même si elle évoque de plus en plus souvent en interview ce grand écart, cette schizophrénie entre sa vie sur scène et sa vie au bord de la Seine, pourtant reliées par un 
puissant lexique.  


Nous sommes donc à Boulogne-Billancourt, ville où elle est née, dans une salle de dimension relativement humaine, entre un Olympia et un Palais des Sports, baigné dans un light-show sobre et efficace – avec ce détail fortuit du rideau de perles en fond de scène qui matche celui sur les épaules de sa veste. Le son est bon, l’image aussi. Commençons par la setlist (repêchage 
bienvenu de titres injustement négligés comme Le désir ou Mi-maître mi-esclave) et la fluidité des enchaînements (choisir les chansons est une chose, savoir les ordonner en est une autre). Je rejoins ceux – et ils sont nombreux – qui pensent que c’est la meilleure setlist de ces dernières années et, en l’absence de nouvel album, J’ai eu envie de vous revoir remplit parfaitement son rôle, attirant avec sa sincérité et sa gestuelle en offrande toutes les attentions en début de concert.
 

Venons-en aux arrangements flamboyants, toujours plus inventifs de tournées en tournées (ah le souffle épique des cuivres dans Étrange comédie…), rediscutés à chaque balance – elles servent aussi à ça. Après le dernier concert (Auxerre), les musiciens se sont retrouvés autour d’elle pour un aftershow en famille, pour parler de la suite mais aussi pour lui redire combien ils l’aiment et aiment jouer pour/avec elle. Un show réussi, c’est aussi une histoire d’équipe et celle-ci est bien soudée. Ne pas oublier les techniciens. Ce même dernier soir, ils ont pris congé en défilant un à un devant Véro qui les a tendrement embrassés l’un après l’autre. Ne pas oublier non plus en amont les équipes de Caramba, souvent représentées sur la tournée, et last but not least, Violaine que Véronique a remerciée de la scène. On repense à leurs parents responsabilisant Violaine en lui disant qu’elle devrait toute sa vie prendre soin de sa petite sœur – ce qu’elle fait, et bien. 
 

Dans les détails de ces shows, il y a son élocution parfaite : on comprenait chaque mot de chaque chanson, même dans les couplets particulièrement chargés de Le désir ou dans Juste pour toi dont elle a donné pendant ces 3 soirs des versions définitives. Et que dire de ses saillies ? “J’ai cru que vous étiez partis” au moindre silence dans la salle, et ce touchant “Je sais pas, j’ai l’impression que vous êtes tous mes amis” lâché le premier soir. Sans oublier ce “Je vous remercie avec tout mon cœur et [pause] toute ma vertu” (avant de se reprendre d’un “C’est n’importe quoi…”). Elle n’est pas “une grande parloteuse” (sic), ne l’a jamais été. Rappelons déjà en 1976 à l’Olympia : “On dit toujours que je dis jamais rien quand je suis sur scène mais je vous adore et j’adore jouer pour vous”. Pour justifier les chansons les moins connues de la setlist, elle a dit chaque soir regretter qu’on jette au public en pâture (mot accentué) les choses qu’il aime plutôt que celles qu’il pourrait aimer. On ne pourra jamais la taxer de facilité : cette fois-ci, elle a même réussi le tour de force (l’outrage ?) de sucrer Amoureuse de la setlist…
 

Mais la surprise de ces shows se trouvait en lever de rideau (expression de boomer) avec la présence sur scène de Sarenne (19 ans) qui ne souhaite a priori pas faire carrière (re-expression de boomer) dans le métier mais s’est retrouvée jetée dans la fosse aux (gentils) lions (4 000 personnes par soir quand même – pour un baptême, c’est pas mal). Joli timbre de voix qui s’est enhardi au fil du week-end jusqu’à la surprise du dernier soir : Véronique, présente sur le plateau
les autres jours pour l’écouter au moment des balances, l’a embauchée avec son père pour un drôle de Bahia. Dans quelle situation imagine-t-on les membres d’une même famille se regarder en chantant publiquement “Et je t’aime / Caresse-moi” ? Sur le plateau, Sarenne intrigue Chris qui reconnaît ce vibrato dans la voix de sa fille : ”It’s creepy! It’s like Véro when she was 25!”. Véronique, elle, veut davantage d’énergie, redouble de rugissements dans ses “Caresse-moi” pour leur montrer la voie/voix, ira même jusqu’à montrer à Sarenne comment bouger debout derrière un micro et éviter l’attitude longiligne d’une Françoise Hardy. Le dernier soir, c'est sur le côté gauche de la scène qu’on les verra reproduire la choré des choristes (avec Julien Hébert et Angélique) sur Bernard’s Song
 
 
On peut bien l’avouer maintenant : grosse déception vis-à-vis des invités à ces 3 shows. Où étaient les Sheller, Souchon, Chamfort, Jonasz, Nagui… ? 
Dans ces grandes salles, après le concert, on ne va pas en loge, c’est Véronique qui rejoint les happy few au catering. Bousculade garantie et empathie pour Véronique qui doit sourire et poser auprès de gens qu’elle connaît à peine, voire pas du tout (une cinquantaine chaque soir)
Tentative de lister les invités croisés (ou dont on nous a signalé la présence en salle) : Alex Lutz, Laure Calamy, Raphaël Mezrahi, Nicoletta, Daniela Lumbroso, Bernard Cazeneuve, Annie Lemoine, Gérard Pont, Éric Jean-Jean, Philippe Collignon, Fabienne Sintes, Charline Vanhoenacker, François Bernheim, François-Éric Gendron, Daniel Schick, Tony Frank, Thierry Teston (qui aurait bien refait une captation), Bernard Swell, Isabelle Chicot, Christian Meilhan, Franck Bardou et, derrière son objectif, Patrick Carpentier, déjà responsable de la photo à la guitare sur l’affiche. De mon côté, ces 3 soirs ont aussi été vécus pleinement grâce à Baptiste, Christopher et Sofian, et Charlotte. Merci à eux.  

Curiosité pour finir : lors des balances à Auxerre, Véronique a eu l’intention de glisser Je me suis tellement manquée entre Ma révérence et Bahia, en a donné une poignante version… mais ne l’a finalement pas jouée pendant le concert.
Laurent Calut
(texte et photos)

 
Les musiciens (de gauche à droite sur scène) :
  • Basile Leroux (guitare) 
  • Dominique Bertram (basse) 
  • Jean-Baptiste Cortot (batterie)
  • François Constantin (percussions) 
  • Mehdi Benjelloun (chœurs) 
  • Guillaume Eyango (chœurs) 
  • Frédéric Gaillardet (claviers)
  • Yannick Soccal (saxophone)
  • Renaud Gensane (trompette)
  • Jules Boittin (trombone)


© John Tapiro

Setlist :

J’ai eu envie de vous revoir
C’est long, c’est court
Mi-maître, mi-esclave
Étrange comédie
Doux dehors, fou dedans
Juste pour toi
Vancouver
Le désir
Le temps est assassin
Chanson sur une drôle de vie
Bernard’s Song (Il n’est de nulle part)
Rien que de l’eauOn m’attend là-bas
Visiteur et voyageur
Ma révérence
Bahia

 

Setlist Chris Stills et Sarenne : 
Sweet California
(Chris seul)
So Sad
Free Man in paris
Hait to the Road
Solamente Madre
Eleanor Rigby

• Nouveau single

J’ai eu envie de vous revoir
single en digital, 
10 octobre 2025
 
Une nouvelle chanson de Véronique Sanson sera toujours un événement. Surtout si, comme celle-ci, elle arrive seule, nue, sans l’emballage d’un album, sans consœurs pour l’entourer, intégralement dématérialisée, uniquement disponible d’un clic sur des plateformes sans âme. Une première pour Véronique.  
Petit tour dans les coulisses de la création de J’ai eu envie de vous revoir.
 
 

Le premier souvenir date de début mars. Avec le camarade Baptiste Vignol, on passe tranquilles 3-4 jours à Triel. Souvenirs joyeux, entre autres, d’un tournage à Paris pour un documentaire sur Les Enfoirés, d’une sublime omelette aux œufs tournés (nouvelle spécialité de Véronique à ce moment-là) et d’une visite au Jardiland du coin – dont on revient justement pour un brainstorming improvisé autour de la table basse du salon : on doit annoncer sous peu la nouvelle tournée qui n’a – éternel dilemme – toujours pas de titre, sinon de franchement farfelus que je préfère vous épargner. Véro : “On n’est pas plus bêtes que d’autres, on devrait trouver un titre…”. On tourne autour du rapport à la scène, au public, quand émerge le saugrenu Pourquoi donc êtes-vous venu ? pour nous faire marrer, avant sa suite logique J’ai eu envie de vous revoir*. Banco !
 

 
Va alors commencer un travail de “bruit de fond” (comme disait Kanou quand elle voulait que Véro fasse quelque chose, et que celle-ci faisait la sourde oreille) pour que le titre de la tournée soit aussi le titre d’une nouvelle chanson. On n’en est pas à l’enfermer au château d’Hérouville, mais pas loin : chez Véronique, la contrainte est une alliée de poids à la création et, partante, elle griffonnera bientôt des idées de texte dans la marge de ses mots croisés Michel Laclos. De courtes phrases éparpillées qu’il faudra d’abord retrouver avant de les assembler. Secret jeu de piste entre Véro et Véronique Sanson. 

En avril, la chanson prend peu à peu tournure. Les 23 et 24 avril sont même consignées comme journées de travail avec Dodo et Mehdi. Le soir de son anniversaire, elle refuse de nous laisser partir avant d’avoir jeté un premier coup d’œil sur son texte, fraîchement finalisé. Émouvant cadeau de sa part autour du Bösendorfer dans lequel se reflètent encore les guirlandes d’un sapin fatigué. C’est beau comme tout, même sans la musique, et nul besoin d’explication de texte…

Vient ensuite un peu de promo (Reichmann, Drucker, 28 minutes…) mais elle trouve le temps d’enregistrer à la maison une maquette du titre dans une version assez rock (avec Basile à la guitare) sur un texte remanié – mais dont elle n’est pas entièrement satisfaite et qu’elle souhaite retravailler encore. 


Arrivent les répétitions et les premières dates des festivals d’été avec, sur le planning, un rendez-vous calé mi-juin au studio Soult pour tourner des images pour la promo. Le jour dit, les musiciens sont là, l’ambiance est bonne. Le maître des lieux, Pierrot, est un vrai chic type qui proposera même des gâteaux faits maison tout juste sortis du four à la fin de la séance. Véronique écoute les arrangements, ne veut surtout pas de mineures dans ce titre, et fait ses prises de voix assise à côté de Mehdi. Derrière sa caméra, le réalisateur Julien Bloch ne la lâche pas et lui propose in fine de la filmer au piano. Instinctivement Véronique joue la chanson avec juste François aux percussions. Même le jeune perchman est conquis : ça marche vraiment bien aussi en version acoustique. De l’autre côté de la vitre, tout le monde applaudit. Véronique a son regard de petite fille : “C’est vrai, c’est bien ?”  
 

 Toutes les photos © LC

Last but not least : l’interview par Didier Varrod (comme pour Et je l’appelle encore en 2016) pour habiller les images studio et constituer un clip promo. Le tournage a lieu entre deux festivals dans l’appartement de Violaine début juillet. Didier y avoue découvrir le mot étrave et s’étonne du sens de la peur de l’oubli chez elle, habitué qu’il est à entendre les artistes avoir peur d’être oubliés. Renversement de situation : ici c’est Véronique qui a peur d’oublier son public… À regarder ici
 
 
Dernière étape, le mixage au studio Salambo (poke Laurent Compagnie), puis les recherches d’une photo qui symboliserait bien le propos pour la cover, et voilà la chanson, sa sincérité en étendard, prête à prendre la lumière des écrans de streaming et surtout celles de la scène puisqu’elle a bien sûr intégré la nouvelle setlist, en pole position. 
 
Laurent Calut
 
Le label Columbia a eu la bonne idée de presser une quantité limitée de 45 tours, uniquement disponible sur son site sur ce lien 
 
Paroles et musique : Véronique Sanson 

Dominique Bertram : basse
François Constantin : percussions 
Jean-Baptiste Cortot : batterie 
Frédéric Gaillardet : claviers 
Basile Leroux : guitares

Dominique Bertram & Mehdi Benjelloun : arrangements et réalisation 
Ludovick Tartavel au studio Soult : prise de son 
Laurent Compignie au studio Malambo : mixage 

Une production Piano Blanc 
 
* Je précise qu’aucun d’entre nous ne connaissait le titre de Sheila