Faudra-t-il un jour quitter les RS ?
De manière générale, Véronique Sanson jouit d’un capital sympathie assez confortable auprès des gens qui utilisent les RS. Les messages d’amour affluent, les gens sont touchés, ils veulent témoigner de ce qu’ils ressentent en écoutant ses chansons et expriment leur désir de la rencontrer “même 5 minutes”.
Tout va pour le mieux, sauf quand d’aucuns ressortent certains éléments de sa vie en cherchant à buzzer un max – ce qui est le cas après chaque interview, ne nous leurrons pas. À la suite de l’interview chez Delahousse, c’est le magazine ELLE qui s’est récemment illustré sur son compte FaceBook avec une publication joliment titrée Véronique Sanson émue, revient sur son [sic] relation avec Michel Berger : “On était jumeaux”.
Posons la question : l’intention est-elle noble ? Qu’attend le commanditaire de ce genre d’“article” sachant qu’une fois la publication balancée, aucune modération ne sera faite sur les commentaires ? En gros, on publie et on laisse les gens s’écharper sans se soucier des dégâts collatéraux, dont le premier – et à mes yeux le plus important – est l’image de Véronique.
Dans les séances questions-réponses à l’issue des projections
auxquelles il a assisté, le réalisateur Tom Volf a expliqué avoir construit son arc narratif
partant de la rencontre avec Michel Berger jusqu’à sa mort. C’est son
choix. Dès
lors, les questions posées par Laurent Delhousse sont plausibles mais ne doivent
faire oublier le reste et surtout pas représenter le seul angle d’attaque
sur les RS, car pour les facebookiens qui passent par là – et on sait statistiquement que ce ne sont pas des perdreaux de l'année – l’interrogation “Mais pourquoi revient-elle [encore] sur sa relation avec Michel Berger” ? est presque légitime puisque le contexte (la promotion d’un film-documentaire) n’apparaît pas immédiatement dans la publication. Pour peu qu’ils ne soient pas du genre à pousser plus loin leur questionnement, ils peuvent tout à fait se dire que c’est elle qui a contacté les médias pour évoquer cette vieille histoire. C’est ce qui ressort de certains commentaires.
Or non messieurs-dames, Véronique Sanson n’appelle pas Laurent Delahousse pour causer dans le poste de sa relation avec Michel Berger. Ce n’est pas elle non plus qui vous invite à aller voir le film au cinéma et vous cache le fait qu’il passera bientôt à la télé (comme je l’ai lu quelque part). Elle participe bon gré mal gré à la promotion d’un film sur elle et, idéalement, ce devrait être l’occasion de revisiter son parcours atypique, romanesque, passionnel et musicalement très riche. Sans ce film, il n’y aurait pas eu cette interview dominicale qui semble tant vous chagriner. Question : êtes-vous si désœuvrés et malheureux pour perdre du temps et gaspiller votre énergie à commenter ainsi ? (et suis-je aussi naïf de poser ce genre de questions ?)
À lire ces calamiteux commentaires (il y a bien pire que ceux-là, âmes sensibles s’abstenir) sous la publication de ELLE, Diverto, Marie-Claire ou d’autres, outre le fait que la méchanceté le dispute à la bêtise, on note qu’une grosse majorité (peut-être pas très nombreuse, mais hélas trop visible) ne sait toujours pas utiliser les RS :
- Une publication – même hyper importante – sans photo ? On zappe.
- Une légende à la photo ? Pourquoi s’em… à la lire…
- On tape son commentaire sans se relire (à supposer qu’on sache le faire).
- On ne jette surtout pas un coup d’œil aux autres commentaires, quitte à écrire exactement la même chose que les copains.
- On s’adresse directement à la personne sur la photo, on la tutoie pour l’insulter et on la vouvoie pour la complimenter – alors qu’il y a si peu de chances qu’elle vous lise…
- On repart sur CNews après avoir commenté.
Depuis quelques jours, on voit aussi fleurir un peu partout des publications avec le titre Véronique Sanson dévoile sa magnifique maison. Honnêtement, y a-t-il du monde pour y croire ? Quand arrêtera-t-on l’emploi de ces verbes à la con : Véronique Sanson ne se “confie” pas, ne “dévoile” pas, ne “révèle” pas…
Et que dire de ce genre de commentaires quand est annoncée une tournée où certaines villes/régions ne figurent pas ?
Alors, faut-il désespérer tout à fait des réseaux (a)sociaux ?
La nuance les a-t-elle définitivement déserté ?
On pense à Hélène Hazera, interviewée la semaine dernière dans Libé, qui dit ne plus utiliser Facebook, “machine à s’engueuler avec ses amis”.
Le fait est que le pire est à venir : L’IA, encore sous-exploitée sur les RS, va bientôt contaminer nos archives et on peut sans peine imaginer ce que des âmes bien intentionnées pourront publier dans quelques années quand on voit ce genre d’ignominies (matez le nom du réalisateur !) :
Le fait est que le pire est à venir : L’IA, encore sous-exploitée sur les RS, va bientôt contaminer nos archives et on peut sans peine imaginer ce que des âmes bien intentionnées pourront publier dans quelques années quand on voit ce genre d’ignominies (matez le nom du réalisateur !) :
Illustration postée sur le compte YouTube de Univers des Stars fin mars 2026
Même si j'ai parfaitement conscience que ce texte ne va pas changer
la face du monde, je suppose que cela m’a fait du bien de l’écrire.
Laurent Calut
PS. Excellente chronique dans Le Canard Enchaîné du 6 mai 2026 à propos du livre Communiquer à tout prix de Nicholas Carr :
Il fut un temps, pas si lointain, où l’on pouvait rêver d’un monde rendu meilleur par la multiplication des moyens de communication. Échanger davantage avec son prochain allait forcément déboucher sur une société plus empathique et démocratique. Et soudain, patatras, voilà que TikTok, Instagram ou Facebook écrabouillent ce doux espoir, en nous soumettant au règne de la machine et des algorithmes.
Une catastrophe que détaille dans ce brillant essai l’Américain Nicholas Carr, qui s’attaque aux racines du chaos informationnel actuel et démonte l’utopie d’une société améliorée par l’expansion sans fin des canaux de communication. Au programme (informatique) : atomisation des cerveaux, pillage des données par les magnats de la tech et triomphe des fake news. Un champ de ruine ou s’imposent désormais l'IA et les agents conversationnels, aspirateurs d’attention devenus agitateurs de haine.
Résultat : “Nous devenons des images médiatiques détachées de notre existence physique.” L’humain du futur ? Un spectre cloîtré chez lui, affamé de dopamine et de bagarre en ligne. C’est comment qu’on freine ?
Il fut un temps, pas si lointain, où l’on pouvait rêver d’un monde rendu meilleur par la multiplication des moyens de communication. Échanger davantage avec son prochain allait forcément déboucher sur une société plus empathique et démocratique. Et soudain, patatras, voilà que TikTok, Instagram ou Facebook écrabouillent ce doux espoir, en nous soumettant au règne de la machine et des algorithmes.
Une catastrophe que détaille dans ce brillant essai l’Américain Nicholas Carr, qui s’attaque aux racines du chaos informationnel actuel et démonte l’utopie d’une société améliorée par l’expansion sans fin des canaux de communication. Au programme (informatique) : atomisation des cerveaux, pillage des données par les magnats de la tech et triomphe des fake news. Un champ de ruine ou s’imposent désormais l'IA et les agents conversationnels, aspirateurs d’attention devenus agitateurs de haine.
Résultat : “Nous devenons des images médiatiques détachées de notre existence physique.” L’humain du futur ? Un spectre cloîtré chez lui, affamé de dopamine et de bagarre en ligne. C’est comment qu’on freine ?
E.B.









































