Véronique Sanson,
J’ai eu envie de vous revoir,
3 octobre 2026
J’ai eu envie de vous revoir,
3 octobre 2026
Vichy, ses illustres pastilles, ses petits carreaux roses et blancs, son embarrassant passé… et son sublime opéra qui accueille pour un soir une habituée des Zéniths, Palais des sports et autres Seine musicale. Autant dire une tornade blonde dans un écrin de velours jaune Prague.
Les nouvelles des répétitions étaient bonnes, évoquant une voix forte – sortant pourtant d’une frêle enveloppe qui affole pas mal les réseaux sociaux (et l’intéressée elle-même), c’est donc confiant qu’on prenait l’Intercité pour la belle ville de Vichy (qu’est-ce qu’elle est belle) mais on a beau connaître l’oiseau, on ne s’attendait pas à une telle énergie, à une telle forme. Ce n’est pas trahir un grand secret que de dire ici qu’entre deux tournées, une bête de scène peut s’étioler, se ratatiner à petits pas… Certains peuvent toujours s’imaginer qu’elle en profite pour se reposer, comment leur faire comprendre que le repos c’est la mort ?
Vous croyez tous que j’étais costaud et vous aviez raison…
Dans l’après-midi – après une visite guidée de la ville par le camarade Baptiste Vignol – les balances annoncent la couleur, que dis-je les couleurs, de la nouvelle setlist. Étaient remontées en haut lieu quelques critiques (estimées légitimes) sur l’impression de surplace, d’une tournée qui faute de nouveautés commençait à s’essouffler. Pas tombé dans l’oreille d’une sourde. C’est le moment de souligner l’extraordinaire travail d’une manageuse en mode bruit de fond et l’implication de Mehdi (l’intro Rien que de l’eau, c’est lui). À l’arrivée Véronique tient là une setlist solide avec bien sûr ses incontournables golds (moins Vancouver), des chansons d’album (comme disent les boomers), trois courtes chansons qui cassent la routine d’un enchaînement forcément convenu et contrebalancent la longuissime Ainsi s’en va la vie, et surtout deux pas de côté : Mélancolie (temps fort qui la voit sortir de son répertoire tourmenté pour sublimer de sa voix la poésie plus conventionnelle d’Yves Duteil) et l’inédit duo écrit par Pascal Obispo. On aime ou on n’aime pas le bonhomme mais il faut reconnaître qu’il a su fournir avec On passe sa vie à naître une matière qui, une fois sansonnisée, s’inscrit dans la setlist avec cohérence. Le tout porté par l’indétrônable Drôle de vie, championne toutes catégories des écoutes sur plateformes et à l’applaudimètre dans chaque concert.
Assis au 11e rang, regardant tout cela avec 50 ans de concerts sansonniens dans les oreilles, et en des temps où on doute par réflexe de tout ce qu’on voit sur écran (image et son), on se fait la réflexion qu’on est bien face à cette femme qui électrisait déjà l’Olympia en 1976 ou le Palais des Sports en 1978 : y’a pas de doute, c’est bien la même. Énergie et voix dans la même droite ligne. C‘est rare. On pensait être déjà parvenu aux concerts dominés par l'émotion – comme le furent les derniers donnés par Barbara – mais avec ce premier tir d’une nouvelle série, on s’en éloigne carrément. L’énergie et la bonne humeur prévalent ce soir même si l’émotion est toujours là, comme dans le retour de Mortelles pensées, orné de nouveaux et discrets arrangements de cuivres – un moment suspendu.
Un mot de la tenue ? Honnêtement on n’est pas fan. La petite histoire veut que trois tenues neuves soient arrivées 1 heure seulement avant le lever de rideau (pour cause de train raté au départ de Paris) mais qu’aucune ne convenait – d’où un retour express à la décontraction assumée pendant les festivals. Un peu léger pour la splendeur de l’opéra de Vichy if you ask me…
Après le show, on retrouve Véronique dans une loge dotée d’une très jolie fenêtre ovale donnant sur la rue d’où l’on aperçoit les fidèles qui l’attendent pour un regard, un baiser, une signature. Quelqu’un évoque Céline Dion pour se marrer. L’air est doux pour un début octobre. On lui avoue les yeux dans les yeux que cette fois-ci elle nous a bien eu, qu’on est vaincu mais qu’on cherche à savoir si elle a une explication rationnelle, voire irrationnelle à toute cette énergie. Elle sourit, n’a pas de réponse. Elle préfère chercher de nouveaux noms à ajouter aux Tyrans. Ce n’est hélas pas ce qui manque, on évoque l’Argentine, le Brésil, mais aussi le fait que, si le titre groove vraiment bien, il ne permet pas d’entendre clairement le texte – ce qui est un poil dommage. Il reste bien quelques réglages à faire mais on peut témoigner que ce premier show était bien plus qu’honnête. On le fait et au vu des rires et des bravos entendus en salle, on n’était pas tout seul (au monde) à le penser.
Laurent Calut





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