• Daniel Schick | 2017

Daniel Schick
Avec elle
26 octobre 2017


Deux jours avant, le mail de rappel stipulait 20 heures précises à la Maison de la Poésie, petit théâtre niché dans ce joli passage qui donne sur la rue Saint-Martin. On arrive un peu en avance. Les murs du hall sont couverts de tirages A4 de la couverture du livre. La salle est petite, très cosy. Sur la scène, un piano, quelques pupitres et, sur la gauche, un petit bureau avec une lampe. Au fond, un écran géant. Il reste quelques places non réservées. On s’assoit au même rang que François-Éric Gendron et Brigitte Kuster, Julie d’Europe 1 et son mari, le frère de Julien Clerc. En se retournant, on aperçoit Yolande Moreau. Catherine Frot, sur son 31 comme si elle allait monter sur scène, la rejoint bientôt. Zaz et son pianiste sont un rang derrière et on aperçoit aussi quelques têtes connues, des gens des médias (Alix de Saint-André, Mathieu Gallet, Béatrice Schönberg…). 20 h ont sonné depuis un bon quart d’heure mais il reste 2 places vides au rang juste devant. On ne peut décemment pas commencer sans elle.
C’est le moment d’échange d’informations entre voisins. D’aucuns ont reçu des messages de Daniel Schick aujourd’hui même mais n’en savent pourtant pas plus que nous, pauvres mortels, sur l’intrigant contenu de cette soirée. Personne ne sait rien ! Daniel a bien posté une vidéo sur Facebook mais on n’était pas plus renseigné après visionnage qu’avant… 
Soudain un frémissement, le placeur est venu prévenir le 2e rang qu’ils allaient devoir bientôt tous se lever. Véronique vient d’arriver et c’est dans un impressionnant silence qu’elle descend bientôt les marches – ce qui n’est pas son passe-temps favori – conduisant au devant de la scène. Le noir se fait dès qu’elle et Christian sont installés. Voix off de Chantal Ladesou qui nous rappelle qu’il est interdit de téléphoner, de bouger, de respirer, de baiser… mais qu’en revanche, on peut filmer.
Visionnage de la vidéo de l’auteur dans Paris avec son cabas, et son prolongement logique : Daniel Schick arrive sur scène, traînant ledit cabas qu’il vide sur le petit bureau [Le lendemain après-midi, je croiserai à nouveau l’auteur avec son sempiternel cabas
rue Beaubourg : rien n’est jamais hasard]. Manuscrit en main, il entreprend de lire le chapitre de sa rencontre avec elle (Le piano des îles pour ceux qui ont le livre). Et il lit bien, le bougre – même sans lunettes (voir l’aveu qu’il fera à des amis plus tard en sortant des loges : “J’avais oublié mes lunettes, j’ai pratiquement tout lu de mémoire !”). La voix bien placée, il lit avec gourmandise, ménage ses effets. En quatre mots : il tient son auditoire. 
Nous regardons le silence, dernière phrase qui prend tout une page dans le format papier. 
Sur l’écran, ce sont maintenant deux danseurs dont les corps se cherchent sur Amoureuse, version maquette de 1971 – choix plutôt finaud.  
Lorsque la lumière revient, on s’aperçoit qu’on n’avait pas vu s’assoir Catherine Frot. Elle lit le texte d’Amoureuse, justement (dans les deux sens du terme).

© L. Calut

La lecture par l’auteur reprend. Les premières pages du chapitre 3, Nous. Puis vient le récit de l’accident juste avant cette  émission de radio à la Tour Eiffel où il doit chanter en duo avec elle (“le rêve de chaque terrien”). Henri Demarquette, au violoncelle, transcende Ma révérence. À ce stade, la soirée pourrait ressembler à un enterrement de première classe : il n’en est rien et les nez rouges de clown que Daniel Schick a posés devant lui démentent à chaque instant le ton un peu grave qu’il veut donner à certaines phrases, le côté forcément durassien de sa prose. La solennité n’est qu’apparente, on sait bien qu’il peut tout dynamiter en une seconde. 
On pense très fort à Véronique, dont on ne distingue pas le visage. L’orgueil n’étant pas son fait, on imagine qu’elle doit ressentir un mélange inédit de (légitime) fierté et de gêne extraordinaire. Voilà qu’un intime depuis de nombreuses années la raconte par le menu, lève le voile sur ses mystères, décortique sa façon d’être au monde. Elle se dit peut-être qu’il va falloir épater encore, surprendre davantage celui qui l’a si intimement décodée (sans jamais cambrioler sa peau).
Vient la lecture de l’épisode de la mouche (Drame à ibiza), avec une référence directe à Marguerite D. Puis le récit de sa première fois à Triel, souligné par une vidéo où une petite voiture rouge est filmée par la fenêtre de sa voiture, sur l’autoroute qui mène chez elle. Bien vu.
 
C’est maintenant Yolande Moreau qui lit Je me suis tellement manquée. À côté d’elle, Daniel Schick est un livre ouvert. Il réagit, encourage, apprécie. Ne se met pas en colère lorsqu’une jolie nuance du texte est escamotée (J’ai su que je devenais folle / J’ai su que je perdais la tête). 

Il faut des couilles pour lire le chapitre Le salaud alors que Véronique est en face de vous. Je ne connais pas Daniel Schick si intimement, mais il semble bien qu’il les ait : il n’a rien d’un inconscient. [Racontage d’une anecdote perso. Un soir au restaurant avec elle, Christian et Yann, un homme s’approche de notre table, et dit à Véronique : “Je vous admire depuis toujours. Vous savez, pour venir vous parler, il faut des couilles !”. Réponse de Véro : “D’accord… mais combien ?”]

Le piano sur scène est d’abord pour Thomas Enhco, joli mélange de grâce et de force. Il s’empare de Mortelles pensées, louvoie entre l’accompagnement et la mélodie de voix, fait des détours impro jazz bien sûr mais retombe toujours sur ses pieds. On regrette de ne pas filmer, mais la salle est si intime… et puis personne ne filme autour de nous. C’est idiot mais on aurait l’impression de lui manquer de respect. Bien sûr on découvrirait des choses maintenant en regardant la vidéo, mais lorsqu’on filme le souvenir s’inscrit différemment en nous, happé par l’œil de la caméra.
Au balcon, la silhouette d’un homme, casquette américaine, lunettes et blouson de cuir. Un faux(vrai ?)-air de Titou…
 
L’auteur se rapproche du temps présent, raconte le concert de Bapaume (2011), lit de larges extraits du chapitre du livre. Bien sûr, depuis qu’il a commencé sa lecture, on a la tentation de lui coller un procès en narcissisme. Il parle d’elle mais aussi beaucoup de lui. Il donne à voir, ce qui revient à exhiber. Mais ça ne tient pas longtemps… et puis cet exhibitionnisme est une composante de sa personnalité, c’est ce qui le rend presque attachant. Dans son récit, vignettes impressionnistes, il ne se donne d’ailleurs pas toujours le beau rôle – ce qui est un bon point. 
Puisque Véronique finit ses concerts avec Bahia, on en entend quelques notes avant la version intégrale par Zaz, debout près du piano. Bluffant !

Dernier tableau en forme de pied de nez (rouge) : l’auteur-lecteur quitte la scène avec, sur un plateau, un énorme nez de clown – éclatant symbole de leur complicité que Véronique chausse bien sûr – et comment ! – avant de se retourner pour faire rire l’assemblée et montrer ainsi sa complète adhésion à ce qu’elle vient de voir. > vidéo Instagram


C’est sur les notes de Dignes, dingues, donc… que Daniel Schick remercie celles et ceux qui l’ont accompagné dans cette drôle d’entreprise, ce spectacle ovni qui pourrait partir en tournée demain mais qui n’était pourtant qu’un exemplaire unique. Tous le rejoignent sur scène avant bien sûr qu’il n’y appelle Véronique. Elle n’hésite pas une seconde, rêvait sans doute du moment où elle pourrait enfin embrasser chaque artiste comme du bon pain et dire à l’auteur combien elle est fière de lui. Elle n’a pas de micro, Daniel tend le sien vers sa bouche. Elle avoue qu’elle a “un tout petit peu les larmes aux yeux”, qu'elle a gardé ses lunettes “parce qu’elle ne voit rien” et que ça tombe bien qu’elles soient fumées : on ne voit pas le rimel qui a coulé. Il pose ses mains sur ses épaules. “Voilà… oh j’suis contente !”. Il la prend dans ses bras. Applaudissements. Elle souligne, avec l’accord de Daniel Schick, le nombre de fautes d’orthographe qu’elle a dû rectifier dans le manuscrit. L’auteur saute sur place comme un enfant : “We love you! We love you!”

© L. Calut

La salle se vide vers le hall, vers deux buffets où se distribuent des rafraîchissements qui vont du jus d’orange… au champagne, non loin d’un point de vente où Avec elle figure en très bonne place. On aperçoit Titou (c’était donc bien lui) en grande conversation avec Gérard Pont. Il racontera ensuite le grand écart entre Dallas, d’où il arrive directement, et ce petit temple de la poésie française !
L’auteur est encore dans les loges avec les artistes et avec elle. En quittant sa loge, Véronique tombe sur les ayant-droits de Jean Sablon. Ils rêvaient de lui demander – sans aucun souci inquisiteur – si elle avait entendu sa chanson Je tire ma révérence (qui date des années 1930) avant d’écrire la sienne. Elle répond sans détour que oui, bien sûr, explique qu’elle a écrit ce texte “d’un seul trait en exactement 3 minutes” et qu’elle aimerait bien que ce genre de choses lui arrive encore ! Ils souhaitent être pris en photo à ses côtés sur la scène du théâtre vide. Étant donné le mauvais éclairage, ils m’ont adressé la photo avec ce commentaire : “Nous sommes dans le ton de ...Vous qui passez sans me voir...” ! :

 
 

Dans le hall, tout est bien organisé, il y a même un coin photocall où Daniel peut poser avec les artistes de la soirée – et avec elle bien sûr (dernière fois, promis) – avant un dîner organisé au Café Beaubourg. Juste avant d’y aller, c'est un Titou protecteur qui dénoue son cheich pour le passer au cou de sa mère…

© L. Calut

On repart avec cette idée : le ton du livre se prêtant si bien à la lecture à voix haute, l’auteur devrait en enregistrer une version audio, à l’instar de ces cassettes qu’on avait jadis…

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Texte programme officiel 2017

Tournée Dignes, dingues, donc…
de Véronique Sanson
Texte d’intro au programme officiel

Octobre 2017

On raconte qu’à ses débuts Véronique Sanson ne voulait SURTOUT pas faire de scène. Ben voyons ! Et que, pour se faire la main (gauche, qu’elle a puissante), elle a fait le cabaret de la Tour Eiffel pendant un mois ! Une idée d’Hugues Aufray, qu’elle pensait pourtant être un ami… La suite est plus rigolote avec une belle tournée d’été placée sous le signe de la « mangeaille » avec Julien Clerc et Pierre Vassiliu (« On faisait des détours affreux pour aller dans des restaurants ! ») avant une tournée d’hiver sous chapiteau avec Alain Chamfort et Clo-Clo (Véronique n’est pas sectaire en musique, elle ne l’a jamais été). Fin de la première période franco-française.

1973 : Véronique vit ce qu’on appellera plus tard ses Années américaines. Et à partir de là, c’est une autre histoire. Elle apprivoise son trac, commence à prendre du plaisir sur scène. Les Québécois, qui ont tout compris avant nous, lui proposent ses premiers concerts en vedette, dont un dans l’improbable et magnifique décor de la cathédrale de Longueuil. Au dehors, certains protestent parce qu’ils pensent qu’on ne fait pas de pop music dans une cathédrale, d’autres parce qu’ils n’ont pas pu entrer…

Octobre 74, maman d’un petit Christopher, en jeans pattes d’eph’ et chemisier blanc généreusement déboutonné, elle donne son premier Musicorama à l’Olympia. Trop de monde dehors, il faudra en programmer un second en toute hâte. La salle du boulevard des Capucines, elle y reviendra toute une semaine l’année suivante et encore celle d’après. Elle joue un peu partout en France, en Suisse, en Belgique, au Québec encore. Bientôt au Brésil, en Allemagne…

À Paris, elle est la première femme française à fouler la scène du Palais des Sports.  Deux concerts par soirs pendant 3 jours en 1978. Un show électrique et cuivré, galons de pop star gagnés !

Pendant les années 80, elle s’installe de nouveau à l’Olympia et au Palais des Sports, mais pour des périodes plus longues. C’est l’époque des premiers semi-remorques pour le matériel, des bus de luxe pour les musiciens. On la voit dans les festivals, en tournée Chacun mon tour avec Alain Souchon.

1989, année incontournable : une tournée, un mois à l’Olympia, une semaine au sein des premiers Enfoirés et en queue de pie crème pour un Symphonique de légende dans le beau théâtre du Châtelet !

Les années 90 ne sont pas en reste : l’image de Véronique, tout sourire, veste de dompteur, micro en main, séduit la rétine quand le show impressionne les tympans : elle est au Zénith. Les Francofolies de La Rochelle font la Fête à Véro le 12 juillet 1994 : une dizaine d’amis chanteurs de tous horizons la revisitent Comme ils l’imaginent…
La décennie se clôt sur une évidence : elle est Indestructible.

Pour aborder sereinement le XXIe siècle, elle fait la paix avec sa conscience, tourne une page ô combien délicate : D’un papillon à une étoile la leste du poids d’années passées à se maudire. Sur disque comme sur scène, ses versions de certains titres qu’elle a vu naître impressionnent au point que ceux qui reprendront Pour me comprendre sur YouTube en oublieront souvent de citer le nom de l’auteur, Michel Berger…

La légèreté refait surface et même l’audace d’une tournée piano-solo, rêve envolé pour raisons de santé. Tournée reportée plutôt qu’annulée puisqu’elle annonce régulièrement qu’elle s’y collera quand elle sera « grande »…
Quelques privilégiés auront pourtant goûté au plaisir rare de cette formule intimiste : en juin 2000, c’est seule en tête-à-tête avec le monstre noir qu’elle est invitée dans la cour du Palais de l’Élysée.

2005, tournée Longue Distance. Elle est sur scène avec son fils Christopher. Fin 2007, le Grand Choral des Nuits de Champagne et ses 900 choristes, avant les routes de France et de Navarre, et même la Tunisie et Israël pour la tournée Un peu d’air pur et hop ! Plus près de nous, c’est la tournée Plusieurs lunes (2011-2012) avant la célébration triomphale de ses Années américaines avec, sur scène, le trompettiste magique Steven Madaio déjà présent sur l’album Hollywood. Résultat, il faudra ajouter une seconde tournée à celle initialement prévue, histoire que tout le monde en profite.

Tout ceci n’est pas étalé ici pour vous impressionner – enfin si peut-être un peu quand même. Il s’agit surtout et avant tout de rappeler le rôle de la scène dans la destinée de Véronique Sanson. Rappeler qu’il n’y a qu’elle pour nous embarquer de l’émotion pure de ses confidences rageuses ou désespérées à une explosion joyeuse rythmée par ses indispensables cuivres qui nous mettent au défi de rester assis sur notre fauteuil. Si on vient la voir et la revoir, c’est bien aussi pour qu’elle souffle un peu de rock’n’roll dans nos vies trop sages. Sur scène, l’air de rien, elle distille des leçons de vie : fuir la facilité, savoir se mettre en danger, se choisir un véritable défi et l’affronter…  

Nous, gens de la nuit, sommes là ce soir parce que rien ne remplace un spectacle vivant, parce qu’une minute d’un concert vaut mieux que dix passages télé – que finalement ça n’a rien à voir. C’est pour ces moments-là qu’elle vit en bord de scène, toujours prête à y bondir, animale, pour offrir d’authentiques vibrations…

Allez… bon concert !
 

• Chris Stills | 2017



Chris Stills
This Summer Love
15 septembre 2017
It's a rare and surprising Chris here, romantic and a little melancholic. Never where expected… I guess he follows his own music where it goes. This Summer Love is a sweet beginning-of-autumn-track with some delicate string arrangements – very sixties-like (made me think of the Walker Brothers). The song is definitely a grower: the more you play it, the more you like it!
Only wishing vinyle singles would still exist: would have been a perfect 7’ with its instrumental version on the B-side for us all to sing along at home!

New album is due to release early next year on label Rupture, entitled Don't Be Afraid – a track already sung on stage by both Chris and his mum over the past few years like here in 2008.

À écouter/télécharger ici.
 

• Véronique Sanson | 2017

Véronique Sanson
Festival de Carcassonne
30 juillet 2017

 

[Tentative de CR sans trop en dire à ceux qui n’ont pas encore vu le show]

Carcassonne… Ses remparts, sa Cité où s’arrêtait chaque année la famille Sanson en route vers l’Espagne pour y manger “un cassoulet au Logis de Trencavel”, comme le précise Véronique dans le Midi Libre du jour… Ce théâtre où flotte le souvenir d’un Bahia recommencé pour cause de micro défaillant (Taratata, juin 1994)… Et dire qu’on n’y avait jamais mis les pieds… Une honte.
 
Passé le petit stress du départ parisien (changement de gare de dernière minute, une heure de retard, Montparnasse qui ne signale plus…), on débarque à Bordeaux pour y retrouver des visages amis. En route pour l’Occitanie !
 
Vue d’en bas, la Cité est impressionnante. On y grimpe sous un soleil de plomb. Les répètes ne sont pas pour tout de suite : on ne peut pas faire de bruit avant 18 h 30. Petit tour dans les ruelles où fourmillent les “marchands du temple”, et on arrive tout naturellement en haut du théâtre d’où on entend déjà s’échapper quelques notes. On s’approche. Signalons au passage que tous les gens travaillant sur ce site sont d’une extraordinaire gentillesse.  
 
Véronique arrive tout juste sur le plateau, elle arbore la forme des grands jours et un tee-shirt déroutant et hilarant “acheté en 1989” dit-elle, et qu’elle mettra sur scène pour les rappels. Le groupe n’a pas joué depuis 15 jours, les répétitions dureront près d’une heure, entrecoupées de conciliabules. 
 
Le temps d’un petit dîner en terrasse et nous voilà de retour dans un théâtre bien rempli : il doit juste rester quelques sièges vides tout là-haut. Au bas des escaliers, en retrait, j’aperçois Jean-Pierre Castelain en train de s’en griller une, chapeau de cowboy noir sur tignasse blanche. Il a demandé à voir le show ce soir, lui qui a accompagné Véronique pour sa toute première scène, à la Tour Eiffel en mars 1972. Respect ! Il demande qui joue de la basse ce soir et il est comme un fou à l’idée de revoir Dodo (qui viendra le saluer en sortant des loges) : ils ne s’étaient pas vus depuis 1977… 

 © L. Calut

Le show commence. Même voix qu’aux répètes, avec une furieuse envie d’en découdre, grand show en vue donc !
Établir la setlist cette année aura été un authentique casse-tête : ranger dans le bon ordre des titres du nouvel album, quelques bons vieux morceaux qu’elle n’a pas chantés depuis quelques lunes et les inévitables “golds” (en évitant une redite des Années américaines), le tout sans perdre de vue que les cordes une fois en place ne doivent pas sortir et rentrer toute la soirée, et qu’on ne fait pas danser les gens pour les faire pleurer la chanson qui suit… À Blainville-Crevon (première date de la tournée des festivals), on y était presque. Ce soir, on y est ! Véronique peut déployer sur scène l’éventail de sa musique le plus large qui soit, celui de sa raison d’être sur scène. De sa raison d’être tout court puisque sa vie, c’est la scène…   
  
Sitôt après l’impeccable Dignes, dingues, donc…, Véronique a placé des titres dont on comprend que le propos est peut-être plus intéressant que la musicalité. Elle a à cœur de mettre en avant ces textes-là et on se rend compte qu’elle s’aventure sur un terrain où on ne l’attendait pas forcément. Bien sûr, elle n’est jamais aussi poignante et proche de nous que quand elle parle d’amour, mais sa démarche offre une vraie diversité dans la setlist et une cohérence avec les “12 000 pétitions qu’elle signe toute la journée”. Pour être sûre d’être entendue, on notera ce soir une belle diction, des syllabes parfaitement détachées. 

 © L. Calut 

Vient ensuite, et pour la première fois, un tableau acoustique multi-instrumental parfaitement réussi. Elle s’y démène comme une belle diablesse, visitant un genre musical qui manquait à sa palette et qui ravit la foule. Applaudissements nourris garantis. 

Pour Ces moments-là, finalement plus difficile à faire groover sur scène qu’on aurait pu le croire, elle se lance à fond, chante même des arrangements que pourraient reprendre les cuivres plus tard… Et quel plaisir de voir le beau Yannick Soccal un genou en terre devant la
“patronne”. Le titre est très applaudi. On se lève au premier rang, en entraînant d’autres...
Elle l’avait introduite en parlant de Simone Veil (applaudissements) et on songe rétrospectivement que, cette nuit-là, Jeanne Moreau était en train de rendre son dernier soupir, une autre femme qui, par sa manière d’être au monde, aura beaucoup fait pour le sort de ses semblables. Véronique évoquera également plus tard Jacqueline Sauvage à propos d’une des nouvelles chansons (“Tout le monde croit que je l’ai écrite en pensant à elle alors que c’était bien avant”).
 
Elle souligne au micro des problèmes récurrents avec ses Ears. Le son arrive haché menu dans ses oreilles. Direction côté jardin où un technicien essaie d’arranger ça. Ma voisine, un brin jalouse, s’insurge “Qu’il en profite pas pour la peloter !”
 
Véro retourne à son piano en dansant et en faisant le pitre. Sa côte d’amour, déjà enviable, grimpe en flèche !
Elle trouve qu’elle parle trop et pas assez bien à son goût (ce qui est ridicule bien sûr), promet de parler moins, déclenchant des “Véro, on t’aime” bien sonores, véritables cris du cœur.

Côté lumière, tout va bien. Nicolas Maisonneuve a créé de magnifiques tableaux, en particulier un dans les tons bleu-rouge. On le saisit et on le met devant son cœur… 

© L. Calut
 
Vient Drôle de vie, et tout le monde descend vers la scène sans avoir eu besoin de carton d’invitation. Incontournable et joli moment de liesse.  
 
Sur Rien que de l’eau, Véronique se promène d’un bout à l’autre de la scène (pas d’écrans géants ce soir), pointe Dodo du doigt sur “Toi tu te caches dans les ruelles”, accentue sa gestuelle, pense sans doute aux derniers rangs (et donc aux conseils de Cloclo en 1972 ?).

La présentation des musiciens se fait sur Et s'il était une fois. Ce n’est pas la version-express-30-secondes-chrono de Blainville-Crevon (uniquement leurs prénoms) mais pas loin. Les cordes ont été présentées juste avant : recrutés chaque fois dans la ville du concert, les musiciens ont répété avec Anne Gravoin, que Véronique ira rejoindre lors des saluts pour une mention spéciale.

Un coup de vent nous fait frissonner – ou bien était-ce la dernière note de Toute une vie sans te voir, plus aiguë qu’à l’accoutumée ? Le vent est fantastique, il nous rappelle qu’on est en plein air, tous ensemble, enveloppés de nuit dans cet extraordinaire croisement de l’espace-temps : la musique de Véronique en 2017 dans le décor d’une Cité médiévale...


© L. Calut

Pas de Mortelles pensées ce soir. “Ça vous dirait un p’tit Bahia ?” Tu parles. Et la salle de reprendre d’une même voix (ou presque) les célèbres lalala lalala et à s’essayer sur les “caresse-moi” avec plus ou moins de sensualité et d’audace, le tout définitivement dépassé par le retour au micro de la voix de Véronique, modulant ces deux mots de façon toujours plus inventive. À la fin de la chanson, elle tape dans ses mains comme pour se décider à se lever, à aller recevoir en bord de scène le plus beau cadeau du monde : des vagues d’amour inconditionnel, des regards étoilés et des sourires tranquilles, avant de saluer de dos avec ses mains.  
Certains ne l’entendent pas de cette oreille et l’appellent encore (facile)...

On est à l’extérieur et pourtant les lumières se rallument. Sur scène, les roadies remplacent les musiciens. Chacun va reprendre le cours de sa (drôle de) vie. 

On écoute les commentaires, on parle “d’une setlist renouvelée et particulièrement bien choisie”, d’une “Véronique très en forme”. Le père de Nicolas, qui ne l’avait jamais vue sur scène, estime que “ça n’a rien à voir avec les télés”. Sur scène, pas d'âge, pas de genre. Juste une boule d’énergie qui capte celle qui vole d’âme en âme, la renvoie embellie, magnifiée. Mission accomplie encore ce soir.  
 
L’accès à la loge des musiciens se fait par une toute petite porte. Celle de Véronique par un escalier à sa gauche. L’endroit est assez moche, peint en blanc avec des chaises en plastique dans un couloir devant la loge. On se croirait dans la salle d’attente d’un médecin, commente Christian David, venu en voisin. La loge en elle-même est plus jolie. Mais il y a du bruit au-dessus : on est juste sous la scène et on entend les techniciens faire rouler les caisses de matériel. On les aperçoit même entre les poutres du plafond en bois ! Véronique n’a pas l’air fatigué, elle doit signer le livre d’or, pense à y mettre un petit mot pour les occupants de la place demain soir : Julien Doré et Juliette Armanet.

Elle remonte à l’air libre, longe la salle sur le côté gauche. On lève les yeux : au-dessus de nous se balance un énorme chargement. La scène sera bientôt entièrement démontée. On presse le pas, par réflexe. Puis vient un mystérieux escalier, une lourde grille cadenassée. Quelqu’un vient avec la clé et on laisse bientôt la championne dans un décor de rêve, le jardin d’un hôtel digne d’un film hollywoodien…

 
© L. Calut