• Véronique Sanson | 2011

Argenteuil
15 novembre 2011

Après Le Touquet et son Palais des Congrès (sorte de grand hangar peint en blanc, avec rangées de chaises austères, sono bas de gamme et les plus petites loges du monde - mais un public en or !), voici Argenteuil et son drôle d'accueil : ici, le public n'attend pas dans le hall (à moins de pouvoir fournir une carte d'invalidité), il attend dehors, dans le froid, jusqu'au moment de l'ouverture des portes de la salle !
A l'intérieur, grand avantage, de la place entre la scène et les premiers rangs, ce qui évitera bien des "Assis !" lorsque les uns répondront à l'appel de Véronique tandis que les autres resteront sur leur siège. "Véro !" (clap-clap-clap), "Véro !" (clap-clap-clap) : une chauffeuse de salle, auto-propulsée devant la scène, sortie on ne sait d'où, s'époumone avec plus au moins de succès...

Le fond de scène rouge, les projecteurs jaunes, les musiciens en ombres chinoises et la fameuse intro de Je me fous de tout.

Confirmation de la tenue de scène encore ce soir : adieu la veste et les boucles d'oreille des premiers concerts, bienvenue au gilet et au pantalon de cuir, "Cap au sud" : Véronique est là – et même bien là !
Soyons francs, on arrive maintenant à un point où ce show doit être filmé ! Pour ceux qui n'ont pas eu la chance de voir débarquer le gros camion rouge dans leur ville, pour ceux qui veulent revivre tranquillement chez eux ces moments vraiment magiques et aussi bien sûr parce que les dernières dates de l'année approchent...
Et puis, tout est maintenant parfaitement rôdé, et même si rien n'a jamais été scénarisé, le déroulement du concert fourmille des petites trouvailles ajoutées au fur et à mesure : des joyeux duettistes sur le côté, en parodie déjantée de Saturday Night Fever, à l'arrivée des cuivres sur Toutes les saisons ; de la présentation des musiciens (François Constantin qui soulève Véro, Dominique Bertram "ô notre chef", le couplet de Pour me comprendre pour Loïc Pontieux - ce soir remplacé par Thierry Chauvet) au sketch de fin de Bernard's song ; de la nouvelle intro de Bahia aux portables et appareils photos qui s'invitent sur scène – ce soir, c'est François Constantin qui filme les copains pendant la présentation des musiciens, avant de filer son appareil à l'un d'entre eux quand viendra son tour.
Pour autant,
ici, nulle routine, plutôt l'envie d'ajouter chaque soir un petit quelque chose qui, s'il fonctionne, sera repris la prochaine fois et surtout et toujours, cette joyeuse liberté qui fait qu'ils ne pourront jamais donner deux fois le même concert !


Ce soir, de toute façon, il y a du chamboulement dans l'air puisque Véronique annonce "un bon plan", "quelqu'un qui était de passage en ville"... Et voilà le fiston, Mr Christopher Stills, guest star d'un soir, qui débarque l'air de rien et vous scotche instantanément avec sa voix qui se balade dans les graves, dans les aigus, et son jeu de guitare qui vous incite à vérifier le nombre de ses doigts – le tout avec tellement de décontraction...
Il fallait s'y attendre, c'est l'ovation. Et le deuxième titre, non répété, sera Say my last goodbye... au piano et seul – il ne chante pas dans la même tonalité que Véronique. Un régal !


Retour de Véronique et des siens, pour un concert tout en nuances et en force. Avec une chanteuse au top de sa voix, de sa forme, de son bonheur d'être là. A l'exception peut-être de Juste pour toi dans lequel elle semble revivre chaque mot, chaque scène qui ont entraîné sa composition : on la voit baisser la tête, puis la relever brusquement à se l'arracher pour jeter ses "entre toi, entre moi" à la face de celui qu'elle visualise et qui semble les mériter. Les applaudissements, comme cela a toujours été le cas, la ramèneront parmi nous. L'occasion de prendre conscience qu'elle s'absente de moins en moins sur scène, qu'elle doit y être bien finalement... pendant ces moments où les secondes tournent à l'endroit et où le ciel lui répond...
En tous les cas, s'il y avait des acheteurs de spectacles ce soir dans la salle, ils doivent à l'heure qu'il est, préparer leur carnet de commande et aider à allonger le calendrier de la tournée ! Quel show !
Visiteur et voyageur arrive bien vite avec ces petits mots énigmatiques en guise d'introduction : "Cette chanson est d'une actualité brûlante et pourtant je pourrai la chanter encore dans 25 ou 30 ans". Véronique, comme toujours, prend le temps d'aller chercher les mots qui vont traduire sa pensée au plus près, ceux qui vont faire mouche. Elle connaît parfaitement le pouvoir des mots. Sur scène et dans la vie. C'est aussi un clown : elle pourrait un jour envisager de faire un one-woman-show rien qu'avec ce dialogue qu'elle aime improviser avec le public. Ou bien enfin inspirer un metteur en scène pour un grand rôle à l'écran ?
Toujours pas de Redoutable... Saura-t-on la convaincre de l'ajouter le soir de la captation ?


Il y a du (beau) monde backstage ce soir, et sa loge fascinera par son étonnante promiscuité. : il y a là, dans une pièce d'environ 20 m2, outre Christian bien entendu, pas moins de trois des hommes de sa vie. L'un qu'on est personnellement ravi de revoir après bientôt 30 ans, qui voit le spectacle de cette tournée pour la première fois et ne cache pas son enthousiasme. Un autre, qui fut un temps son mari même si elle n'a pas voulu porter son nom (elle restera toujours Sanson). Un autre enfin, qui tourne pour le cinéma et la télé, et partira de bonne heure. Si l'on y ajoute l'évocation par Titou de son père au cours d'une conversation, et la présence de la sœur du premier grand amour de Véronique, la pièce prend des allures de drôle de vie... Et ce n'est que plus tard, en y songeant, qu'on rendra grâce au pouvoir du temps qui aura bientôt raison de nous – sans doute – mais qui fait parfois si bien son office, lissant les contours, arrondissant ce qui pouvait blesser et ainsi permettre de joyeuses cohabitations.
Véronique n'est pas fatiguée. Souriante, très belle, elle parle avec les uns, avec les autres. On lui montre un texto venu du parking qui annonce pour bientôt la perte d'un doigt pour cause de grand froid. Elle sourit, promet de sortir rapidement. Puis elle ajuste l'étoile rouge qui ferme son poncho noir, explique qu'il ne lui en reste qu'une, pin's vintage qu'elle a elle-même peint avec du vernis à ongles.
Il est grand temps de s'éclipser. Le départ pour Roubaix
demain se fera de bonne heure...

• Véronique Sanson | 2011

Évry
18 octobre 2011

Chic, un nouvel épisode de la tournée pas loin de Paris !
Un mardi soir, sorties de bureaux, le périph' bloqué... Une arrivée juste à temps, sur l'intro de Je me fous de tout.
Évry sous la pluie, dehors.
Évry si chaleureux, dedans.

D'emblée, d'un regard circulaire, un immense sentiment de liberté. Le service d'ordre est plutôt cool ici : on se déplace, on filme, on prend des photos comme on veut. Le public, pas muselé, est bien vivant ; il bouge, chante, enchante Véronique qui le félicitera plusieurs fois et mettra ses lunettes, demandant d'un geste à éclairer la salle, pour découvrir ces sourires d'amour qu'elle devine qu'on lui envoie.
Envie de se lever, d'aller rejoindre les fidèles autour d'elle, comme en 1978 ou en 81. De répondre à son appel. On est en quelle année au fait ?! Et pourquoi résister ? Même cette femme brune au 5e rang applaudit en rythme, debout, alors qu'elle a été élevée avec la blonde chanteuse qui est sur scène...



Pourquoi vient-on la voir encore et encore ? encore et toujours ? Sans aucun doute pour qu'elle souffle un peu de rock'n'roll dans nos vies un peu trop bien rangées. Mais aussi pour sourire dans l'ombre, en la regardant sourire en pleine lumière. Pour s'apercevoir que notre tête penche lentement de côté quand elle nous émeut. Parce qu'elle nous représente, parce qu'elle nous venge. Parce que son extraordinaire générosité fédératrice nous libère de nos tracas du jour. Un regard, un sourire, et nous voilà attachés à elle à tout jamais.
C'est confortable les gens qui ne trichent pas, ni sur scène, ni dans la vie. On est peut-être déstabilisé au début - pour notre bien - mais peu à peu, on se sent libéré
de ce qui nous encombre encore dans notre relation à l'autre.



Avec Véronique, chaque concert a toujours été, est et sera toujours unique. Pour la simple raison qu'elle vit dans le présent. Uniquement dans le présent. Un concert est-il meilleur que tel autre ? Ou moins bien ? Qu'importe... Comparer n'est jamais une bonne idée.
Ce soir, il y a les nuances des derniers mots de chansons, modulés sans excès, dans le souffle. Il y a la voix claire qui ne fait pas de détour par la gorge pour se faire entendre. Des versions live qui enterrent les versions studio (Juste pour toi, Qu'on me pardonne).
Il y a les regards, il y a les sourires.
Il y a la malice, l'envie de rigoler.
La scène est large et elle y cavale d'un bout à l'autre
(sans talons, c'est plus facile), sans s'attarder lorsqu'elle approche d'un objectif, toujours à la recherche d'un sourire vrai, d'une énergie de bonne qualité à échanger avec la sienne.

Et il y toujours ce son,
ce bon gros son qui tourne bien, assise confortable pour sa voix. Il y a aussi les petites trouvailles supplémentaires des uns et des autres pour aller jusqu'au cd live idéal, qui donnera – c'est fatal – un bon coup de vieux à ses prédécesseurs.
Il y a cette nouvelle intro de Bahia, la fin de Sans regrets que je commence vraiment à bien apprécier et puis, ce soir, une petite "plantitude" inédite sur Amoureuse, histoire de prouver qu'un concert idéal est un concert vivant, pas un concert parfait. Et qu'il n'y a pas qu'au théâtre qu'on voit des fous rires difficiles à réprimer sur une scène.

Le temps passe très vite à Évry. Au point qu'on se demande si certains titres n'ont pas été retirés...

Plus tard, Véro sort de sa loge hilare dans les bras de Vio, telle la jeune mariée portée par son époux. "Elle n'osait pas venir, elle est un peu timide", rigole la grande sœur. Elle tend autour d'elle le magnifique bouquet de lys blancs que lui a donné "une si adorable petite fille", veut faire partager son odeur subtile. Elle évoque encore ce micro dans la salle qui lui arrive droit dans les oreillettes ! On lui parle de sa voix claire, de son allure, en ajoutant qu'on s'est vraiment demandé en quelle année on était.
– Oh dis-le moi encore une fois... !
Évry(body) loves Véro, la vidéo, c'est ici.

• Véronique Sanson | 2011


Olympia, Paris

du 28 février au 4 mars 2011

S'il est une réalité pour chacun d'entre nous, la sienne est de monter sur scène. De chanter sa vie, pleurer ses peines, partager ses doutes, réveiller d'anciens tourments, rouvrir d'anciennes plaies, les refaire saigner un peu, vérifier si la douleur est toujours vive ou bien si ses mots collent maintenant à un autre tourment, plus actuel. Confronter le passé avec le présent sous nos yeux, le temps d'une chanson. Son interprétation dépendra de ce kaléidoscope d'émotions, au souffle près.
Certains soirs, une phrase ne sort plus de sa gorge, qui trouve encore un peu trop d'écho dans les pensées qui traversent son esprit. D'autres soirs, le tourment est balayé et la phrase sortira presque dans un sourire...

Louis Jouvet a dit que le théâtre était le seul art pratiqué à heure fixe. Pour la scène, et pour Véronique en particulier, c'est ce qui rendra toujours chaque soir différent du précédent.

Un concert, c'est une alchimie. Entre Véro et Véronique Sanson tout d'abord – même si elle n'a pas pris de pseudonyme, ces deux-là ne font pas toujours qu'une. Entre la salle et la scène, ensuite.

Le public est un savant pêle-mêle, un grand écart qui va des gens qui ont vu de la lumière et sont entrés à ceux qui ont rêvé devant leur billet depuis qu'ils l'ont acheté.
Certains la suivent depuis des lunes, d'autres la découvrent tout juste. Certains acceptent le passage du temps, d'autres le regrettent. Certains jouent le jeu, d'autres voudraient en fixer les règles. Aux derniers, elle dit "J'ai de la peine de vous voir / Avoir de la peine pour moi aussi".



Si la jauge indique une petite baisse, si la flamme vacille d'un côté de la scène ou de l'autre, l'équilibre se refait naturellement : soit elle va puiser au plus profond de sa réserve d'énergie, va chercher la salle, sort ses sourires-killer, interpelle ("Vous êtes bizarres ce soir") ; soit, à l'inverse, la salle entière, touchée par sa fragilité, crie son nom, veut la réchauffer, la rassurer. Tout le monde a bien compris la nature de son carburant : les sourires, les gens qui bougent, les vibrations qui parviennent jusqu'à son cerveau.

Aimer quelqu'un ou quelque chose, c'est en sentir en soi l'écho, le reconnaître, et même si notre relation au spectacle vivant a changé, tout n'est pas cassé, tout n'est pas mort.

Jadis, il y a bien longtemps, un artiste se produisait des semaines d'affilée dans la même salle. C'était le temps où les distractions n'étaient pas si nombreuses et surtout pas si individualisées. Le temps d'avant les soirées passées à répondre à ses mails en retard, à partir à la recherche de vidéos, de contacts, de photos... Notre rapport à la musique aussi a changé. On l'écoute plus distraitement, un peu partout, et pas forcément dans des conditions sonores optimales. Mais c'est une autre histoire...




D'une semaine d'Olympia, remonte en vrac un bouquet d'images son sonore et américain "B. de B." lancé depuis la scène lorsqu'elle a aperçu Bernard de Bosson dansant debout devant son siège son "Je vais mourir un peu... et je reviens !", lancé le dernier soir avant les derniers rappels Tous les titres de Christopher et en particulier son sublime Don't be afraid le "yeahhh" sonore de sa mère, à gauche de la scène, le dernier soir quand il a annoncé Bethleem Bruno, voisin du premier soir, évoquant un mélange de Piaf et de The Rose pour résumer la soirée la surprise et le sourire d'enfant de Mehdi ouvrant les cadeaux de la chanteuse le soir de son anniversaire l'étincelant sourire de Véronique posant inlassablement avec chacun des invités backstage, écoutant leurs compliments, regardant chacun droit dans les yeux la mère et le fils échangeant leur Borsalino sur scène pendant Bernard's song jeudi soir François Bernheim criant "Bravo Titou" à la fin de son set Didier Varrod bluffé, avouant : "Après Omar m'a tuer, c'est Véro m'a tuer" ! le groove entêtant des refrains d'Annecy qu'on rapporte jusque chez soi et beaucoup d'autres encore...

• Véronique Sanson | 2011

Théâtre de Longjumeau
29 janvier 2011

Aller la voir sur scène, encore et toujours. Parce que c'est elle. Parce que les amours d'adolescence durent toujours, que le temps n'est pas si assassin que ça. Parce qu'elle est toujours là – mais jamais où on l'attend. Une sirène qui ne nagerait pas en eaux tièdes, à l'appel irrésistible.
Le procédé reste immuable : on va vers elle et elle vous donne quelque chose. Joie d'offrir et plaisir de recevoir ! La qualité de l'échange dépend de votre réceptivité. La sienne est à l'image de sa générosité, totale.


Longjumeau, donc, première date d'une nouvelle tournée. Le champion part avec un handicap* mais le pronostic est bon : elle contre tous, elle à l'arrivée, elle sur le podium. La force est avec elle. Et les étoiles, et les anges et les fées.
Un théâtre, bien en vue sur une avenue tranquille. Le hall est plein. Entre une jolie femme qui disparaît bientôt derrière le stand des produits dérivés, le temps de troquer son top Paul Smith contre le tee-shirt officiel qu'elle vient d'acheter, siglé des 3 lunes et du mot Sanson. Ça tombe bien, c'est aussi son nom... Et le tee-shirt lui va magnifiquement.

La salle vibre. L'impatience, et le trac – qui existe aussi de ce côté-ci de la scène. "Véro", trois applaus, "Véro", trois applaus...
Un riff de guitare, bigrement efficace, et qui finira bien par être aussi fameux que celui d'On m'attend là-bas. On en rêvait, ils l'ont fait : la scène permet de remettre les pendules à l'heure puisque s'annonce ce qui aurait dû être – à mon sens – le premier single extrait de Plusieurs lunes, hymne décontracté mais lucide : Je me fous de tout.
Sous la lumière, la tornade blonde, bien campée sur ses jambes moulées de cuir noir, veste à paillette sur tee-shirt noir. On se pince. On est en quelle année déjà ? Véronique remonte le temps, échappe à la logique, a dû ressentir la pluie d'une autre planète...

Concession à l'air du temps, à l'image-reine, un fond de scène tout en animation. Bien sûr, on n'avait nul besoin de voir "les nuages rouges quand l'aube se lève", mais ils s'envolent si joliment derrière un arbre sans feuilles sur une colline hivernale... Plus tard, l'écran crachera des flammes, nous emmènera dans l'espace, fera danser des lunes et pleuvoir des roses. Les tableaux sont très réussis. Véronique soulignera tout de même qu'il lui faut s'habituer au défilement rapide de ces images lorsqu'elle se retourne brusquement vers ses musiciens : les animations ont été conçues pour être vues à une certaine distance...


Alternance de titres du crû 2010 avec ceux des années 70, 80 et 90. On a tous plusieurs vies en une. En paix avec ses contradictions, mais pas rangée des voitures pour autant, Véronique semble être arrivée à une période de synthèse. Elle affiche aujourd'hui ce que beaucoup recherchent : une certaine cohérence. Tendre un moment, puis, comme s'il lui fallait prouver qu'elle est bien vivante sous nos yeux, elle s'élance à l'autre bout de la scène, cherche du regard quelqu'un à qui transmettre son bonheur d'être là, cette étincelle qui reçue par l'autre, fera naître sur son visage le plus éclatant des sourires, donnera encore plus d'assurance à sa voix. Tendre et toujours violente. Ça s'appelle le partage, le don de soi. "Pour qui le feu que j'ai dans le corps". En quelques titres, elle a déjà fait oublier ces télés où il lui manque un public à qui s'adresser.



Les cuivres sont là et on réalise combien ils nous avaient manqué. Leur joyeuse arrivée sur Drôle de vie, leur ponctuation ici ou là et surtout l'irremplaçable chaleur donnée aux titres comme Rien que de l'eau ou Bernard's song.

On découvre aussi les gestes qui accompagnent ses mots, sa main qui louvoie sur "Une manière habile d'éviter les garçons" dans cette chanson qu'elle annonce "chanter sur scène pour la première fois". Sur Amoureuse, une variante assez rare : "Quand je sens qu'il entre dans ma vie"... Et un petit "Merci Vio !", glissé après Qu'on me pardonne.
La tracklist fut sans doute une des plus difficile à échafauder entre la volonté d'incorporer Plusieurs lunes tout en sauvant les golds (hormis Ma révérence, "v'lan, aux oubliettes" pour la première fois cette année) sans oublier quelques raretés repêchées, Le temps est assassin (magnifique version piano, claviers et Basilou pour le solo de guitare) ou Radio vipère (sans doute plus choisie pour ses textes que son intérêt mélodique). Seul petit bémol (pour moi) : cette façon de finir Sans regret en répétant le titre ad lib.


Deux titres en rappel et puis s'en vont. Cette fois, elle revient seule.
Quelqu'un crie "Bahia !".

– "Pas tout de suite. Avant, il faut que je vous affronte avec celle qui vient. Ce sera sans filet." Ne jamais aller vers la facilité. La scène comme un ring. J'aime bien cette idée de défi qu'elle se donne.
Et voilà que surgit du fond de sa mémoire une chanson oubliée qui mettra une bonne partie de la salle en larmes, y compris dans l'entourage proche de la chanteuse. Les tourments d'origine, ceux qui l'avaient poussée à l'écriture, sont apprivoisés. La voix, plus dense, plus basse, épouse parfaitement les mots, et l'on remarque à peine ce "tous les destins du hasard", nouveau-venu dans le refrain.


Vient ensuite un autre grand moment de la chanson-désarroi, qu'elle balança jadis sur quelques plateaux de télé et qui ce soir résonne
aussi plus sereine, comme digérée : Redoutable et ses merveilleux ponts au piano, le premier louchant vers le blues, le second, qui a ma préférence, proche des premières versions sur scène.
Un p'tit Bahia pour la route, sans excès de voix sur les "Caresse-moi", avec un couplet repris deux fois parce que la chanson est trop courte et que le théâtre tout entier a envie de chanter. Sur ma gauche, une voix féminine chante tous les aigus de la version originale, créant un bel effet de stéréo, duo inédit. Sa sœur lui dira plus tard l'avoir entendue chanter, de la scène...

Ces derniers temps, Véronique a plusieurs fois mentionné en interview qu'elle n'était là que pour donner. Pas des paroles en l'air. Elle dit aussi qu'elle va bien, qu'elle a mis du temps "à s'aimer un peu". On la croit et en plus, ça nous fait chaud au cœur.

*Rendons à César : la métaphore est de Yann M.

• Christopher Stills | 2010


Sentier des Halles
2 novembre 2010

Mises à part ses apparitions dans les concerts de Véronique, la dernière fois que j'ai vu Christopher Stills sur scène, c'était à la Maroquinerie à Paris, en 1995. Aujourd'hui plus à l'aise, plus chaleureux, il a une vraie présence sur scène. Et on se dit qu'un artiste de sa trempe, s'il est un bonheur pour ceux qui assistent à ses concerts, relève quand même du casse-tête pour une maison de disque française des années 2010 qui pense forcément en terme d'étiquette, de format. Nous ne sommes pas en Angleterre, aurait-on pu lancer un Jeff Buckley ou un Thom Yorke ?

Tout est pourtant si simple, si évident : donnez-lui de l'espace, du temps, de la liberté. Il se charge d'apporter la lumière, le charisme, son mélange de force et de grâce (on resterait des minutes entières à l'écouter sortir des sons bizarres de sa guitare comme il le fait parfois au début d'un titre). On le rêverait en leader de groupe. On veut ses chansons hors format, sa voix en apesanteur ou en colère, toute en harmonies
– héritage de ses parents – modulant chaque syllabe.

« Ce soir, c'est notre premier show », prévient-il, souriant, chemise noire et jeans. Et instantanément il nous transmet son envie d'être là, son impatience à jouer, et nous celle de se laisser porter par ses vibrations, tranquilles ou électriques. Son album, Double vie ne sortira qu'au printemps : il est donc là pour nous faire découvrir ses nouveaux titres en live (Louisiana, Le masque, Elle et moi, Les mots roses, Double vie...), bien encadré par les excellents Pierre Jaconelli à la basse et Matthieu Rabaté à la batterie. On souhaiterait presque que les séances studio ne soient pas encore terminées pour que les trouvailles de ce soir nourrissent encore l'enregistrement des morceaux.

Campé sur ses deux jambes, la guitare en bandoulière, il "envoie le bois"
dès les premiers titres, comme dirait un critique rock franchouillard qui ne quitte pas ses lunettes noires sur les plateaux télé. On a beau avoir une bonne idée de sa puissance vocale, on est bluffé lorsqu'il se lance, voltigeur virtuose, sous nos yeux, à deux mètres à peine. La chaleur monte vite (et pas seulement parce qu'il n'y a pas de clim' dans cette cave) parce que Christopher ne craint pas d'aller au charbon : ça chante, ça joue, ça mouille sa chemise. Et cette façon d'étendre une syllabe, un mot, de lancer sa voix à 100 à l'heure...

Dans son sang coule le meilleur de la musique des années '70, avec l'apport de la technologie d'aujourd'hui. Et les versions jouées ce soir sont déjà des versions d'anthologie. Il en est presque surpris lui-même après un titre particulièrement chaud : “C'est la première fois qu'on le joue comme ça.”
A un moment, il demande un peu plus de retour voix et, de la salle, sa mère lui lance en rigolant “T'as qu'à enlever ton chapeau !”. Et mon voisin de commenter “Ça me fait penser à son père à elle lui criant "Eteins ta cigarette
" pendant les rappels à l'Olympia”. Dans un coin, près de la scène, sa tante préfère rester debout pour mieux bouger sur les titres forts. D'ailleurs, on finit bientôt tous debout. Le sacro-saint rituel des rappels est simplement supprimé : “Normalement, on devrait quitter la scène et revenir, mais comme on a commencé en retard, on va enchaîner.
A retrouver dans cette même salle les 1er et 15 décembre prochain. Il faut voir Christopher Stills sur scène.

• Laurie Anderson | 2010

Cité de la musique
30 mars 2010

D'un spectacle de Laurie Anderson, surtout un soir de pleine lune comme celui-là, on ressort toujours sous l'hypnose du timbre de sa voix. Avec l'irrésistible envie de parler comme elle tout le reste de la soirée : en marquant des pauses, en isolant un adjectif pour lui donner plus de poids (à ce propos, petit bémol propre à l'exercice, sa prestation est desservie ici par les sous-titres qui affichent souvent le mot traduit avant qu'il ne sorte de sa bouche).

Pendant que la salle se remplit, un petit canapé au devant de la scène attrape notre regard. Y est projetée l'image vidéo de cristaux en mouvements circulaires – hypnotiques là encore – alors qu'une boucle sonore évoque discrètement quelque chose d'industriel.

Le grand écran s'allume, deux autres encadrent la scène et l'on aimerait avoir des yeux sur le côté pour ne pas rater une miette des petits homemade films qui vont y défiler, feuilles mortes qui virevoltent, paysage lunaire à perte de vue, ombres diverses parfois difficiles à identifier, propices à la rêverie poétique.

Les fumigènes sentent la vanille. Elle s'avance sur scène, 63 ans, la tignasse toujours ébouriffée, la silhouette inchangée. Et surtout ce maintien, cette colonne vertébrale... Il le faut pour un spectacle qui ne laisse aucune place à l'improvisation.

Elle place son violon (au design impeccable) dans le creux de son cou et nous voilà embarqués pour un voyage d'une heure et demie. Ce sont de courts récits loufoques et graves, un peu à la manière de The Ugly One with the Jewels (1995). Il sera question en vrac du plus grand accélérateur de particules du monde, de la mort de sa mère, de ses origines irlandaises et - en français - de sa chienne qui lui est présentée dans une couverture rose alors qu'elle vient d'en accoucher...

On l'aura compris, Un délire (Delusion) n'est pas un long monologue ennuyeux. Et pour ceux qui pourraient se lasser de sa voix, un personnage masculin intervient de temps à autre lorsqu'elle utilise son fameux micro-vocoder qui ralentit la sortie de sa voix. Nouveauté - en ce qui me concerne - elle branche ce soir pour quelques jolis effets les deux micros simultanément, assurant ainsi ses propres chœurs version masculin-féminin.

Joli moment également lorsqu'une caméra la filme en direct, produisant une image qui vient s'incruster dans le film en arrière-plan, la faisant apparaître dans le noir de son ombre géante, sous une pluie graphique, comme sortie d'un clip des années 80.

Le public est attentif, silencieux. Pas un applaudissement avant son "Merci, bonne nuit".

Au total, une seule chanson, One Night of Sword, qui figurera sans doute sur son cd Homeland, annoncé pour le 15 juin prochain...

• Véronique Sanson | 2010

Paris
22 février 2010

Lundi dernier, à deux pas de l'Etoile, avait lieu la projection de presse du film "Véronique Sanson, une fée sur son épaule", co-écrit par Julien Tricard (neveu de son illustre tante) et Claude Ardid (également réalisateur dudit film) pour la collection "Empreintes" sur France 5.

Malgré la contrainte – le
délai extrêmement court dans lequel il a été réalisé – le résultat est une vraie réussite, film d'hiver très chaleureux, à la fois drôle et émouvant qui nous entraîne dans des lieux où on a peu vu Véronique filmée auparavant : la maison qu'elle loue à Ibiza depuis 35 ans, la "petite maison d'ouvrier de Mémé Lucas" où elle n'était pas retournée depuis l'enfance et bien sûr Triel (sous la neige – une bénédiction pour la beauté des images) où on (re)découvre "Véro en vrai" – pour reprendre le titre de la bio de son intégrale. La caméra suit Véronique au plus près, regard toujours tendre qui s'attarde sur un détail, un objet, habillage élégant et jamais purement décoratif.

Parce que "La douceur du danger" est passée par là, le film prend des libertés avec la narration et peut faire l'impasse sur les tourments passés de Véronique, déjà suffisamment médiatisés, pour nous montrer une Véronique plus sereine, apaisée (même si elle confesse, assise aux côtés de son compagnon Christian, être "violente"). On retiendra pourtant son doux sourire lorsqu'elle écoute les intervenants lui tresser de beaux lauriers (Bernard de Bosson, sa sœur Violaine, François Bernheim et Yann Morvan – tous présents dans la salle). Et surtout un vrai moment fort, face caméra à Ibiza, où Véronique parle du temps qui passe...

Et puis il y a cette "relation à l'invisible" qu'elle semble avoir développée depuis quelques temps : on la voit ici, les yeux tournés vers le ciel, invoquer sa grand-mère dans ce qui fut son jardin, la caméra – c'est-à-dire nous – restant derrière une porte vitrée qui se referme, devinant sur ses lèvres les mots qu'elle lui adresse...

Et la musique dans tout ça ? Elle est omniprésente et bien utilisée en fonction des propos du film, sans compter les extraits live filmés à Triel (avec les fidèles Dominique Bertram, Mehdi Benjelloun et Eric Filet, préalablement maquillés par Véro elle-même dans sa cuisine !) – et on restera songeur en pensant qu'une fois les caméras posées, l'équipe a eu droit à des versions live de cinq titres du prochain album (à paraître en octobre/novembre).

Pour les spécialistes, il y a quelques images d'archives à ne pas rater : de courts extraits d'une émission d'octobre 1972 jamais rediffusée, des images de "De l'autre côté de son rêve" injustement mais nécessairement coupées pour le dvd de l'intégrale et quelques superbes clichés inédits, photos de famille pour la plupart.

Après la diffusion, Véronique en anorak rose ("je suis mal habillée, je viens de la campagne") s'est assise sur la scène aux côtés de Claude Ardid, prête à répondre aux questions des journalistes. Détendue, très en forme, elle a
chaleureusement remercié toute l'équipe et évoqué la difficulté de se voir sur un grand écran, "surtout lorsque l'image passe de 1972 à 40 ans après en une seconde", tandis que Claude a, quant à lui, raconté la première fois où il l'a vue sur scène (à Toulon en 1972, en première partie de Julien Clerc, "qu'elle a éclipsé")...

Pas mal de presse sur l'événement (ci-dessous Le Monde, Direct Soir, Gala et La Croix pour une certaine pluralité...)




Diffusion : vendredi 5 mars à 20:35.
Séance de rattrapage : dimanche 7 mars à 07:55
+ 1 semaine en ligne sur le site de France 5.

• Mathieu Rosaz et Isabelle Mayereau | 2009


Archipel
24 novembre 2009

C'est un jeune homme
fougueux, prêt à en découdre, qui s'est élancé vers un piano de concert noyé sous des projections de motifs graphiques, mardi dernier à l'Archipel. Curieux Archipel, boulevard de Strasbourg à Paris, où l'on projette des films dans la journée et des images – parfois animées – sur des musiciens le soir...

Double plateau (avec Isabelle Mayereau) rimant parfois avec double public, Mathieu Rosaz ne fait pas les présentations : ceux et celles qui ne le connaissent pas, il va les prendre à la hussarde. Il affiche un air déterminé, doublé d'une certaine force intérieure. La voix est assurée, peut-être un peu plus grave, et l'acoustique est excellente qui nous la restitue claire et forte. Cintré dans une longue veste de velours noir doublée de mauve, il va donner en une quinzaine de titres un bel éventail de ce qu'il sait faire.

Il faut dire que
Mathieu Rosaz est un homme de scène. C'est là qu'il déploie ses ailes, qu'il respire. Et la formule piano-solo lui va à merveille.

"Je suis un fils de famille / qui ne tient pas son rang". Son répertoire d'un soir est pour moitié pioché dans son dernier album La tête haute quitte à me la faire couper !
. Avec l'aplomb de qui a ôté tous ses masques, il plante son regard dans les yeux des premiers rangs. "Je mets ma robe / Mon chapeau, des plumes, des paillettes / Si ça me botte / Je parais comme j'aime apparaître". Et pourtant, on est bien au-delà d'une gentille provocation ; Mathieu affiche la force tranquille de celui qui assume toutes ses différences et peut ainsi affronter tous les regards.

“Si je te disais / On s'en va / On s'enfuit / N'importe où / Loin d'ici".
On se demande parfois ce qui nous pousse à sortir, à aller s'asseoir dans l'obscurité et à fixer quelqu'un qui, lui, est dans la lumière. En ce qui concerne Mathieu Rosaz, c'est une évidence, il fait partie de ceux que la lumière appelle. Et puis il y a ses chansons qu'on fredonne, qui ont rejoint un patrimoine imaginaire, futurs classiques que trop peu de gens connaissent...
Anniversaire oblige (12 ans que Barbara s'en est allée), après un très beau Vol de nuit, il nous offre un Nantes tout en émotion, dans le respect de l'original, ni trahison, ni copie conforme. La synthèse est réussie : Mathieu sait convoquer d'illustres fantômes pour mieux les tutoyer et surtout nous rappeller qu'une chanson n'existe que si elle est interprétée sur une scène. En rappel, il sortira ainsi de l'oubli où il dormait un titre du répertoire de Cora Vaucaire, Heureusement on ne s'aimait pas, choses graves dites sur un ton léger.

“Ils font la fête sans moi / Dans la maison d'à côté"
.
Le piano tremble sous les coups martelés. La bouche s'éloigne du micro lorsque le ton monte et Mathieu baigne son beau visage dans les lumières, s'abandonnant un instant les yeux clos.
Vient le single Pour ne plus retomber dans ses nouveaux arrangements piano-voix. Et un dernier titre surprise. Comme un homme qui brûle de vous parler d'une rencontre amoureuse, il reprend C'est bon que tu sois là, écrit par Michel Berger pour un album de France Gall, occasion pour Mathieu d'annoncer la mise en chantier d'un spectacle de reprises des chansons de Berger pour 2010.

Il quitte la scène parce qu'il le faut bien et on se dit qu'il ne sera pas simple de lui succéder. L
es premières parties peuvent s'avérer dangereuses... Pourtant, Isabelle Mayereau n'a pas l'air inquiète quand, après un court entracte, elle monte à son tour sur une scène vidée du grand piano noir et où l'attend sagement sa guitare. Et elle a mille fois raison : son charme opère immédiatement et on bascule moelleusement dans son univers, sans même s'en rendre compte.

A l'inverse de Mathieu qui se laisse regarder dans une séduction passive, Isabelle Mayereau scrute chaque visage, convainc de ses regards appuyés, de son beau sourire et surtout avec cette voix si particulière. Les mots sont choisis autant pour leur sonorité que pour leur sens. Ils semblent éclore entre ses lèvres, parfaitement détachés, tranquillement chuchotés.

Il est à nouveau question de Différence : "
T'as pas les mêmes yeux / T'as pas les mêmes mots / Ta vie en couvre feu / Tu la vis en solo". Guitare inventive, impeccable. Connivence avec son public. Isabelle parle beaucoup entre les chansons, évoque ses voyages avec un humour irrésistible et on pense à Laurie Anderson...

Les titres s'enchaînent, liés par une sorte de concept créé pour inclure son nouvel album Hors-pistes à son répertoire et nous emmener loin, bien loin du boulevard de Strasbourg. Et les superbes images projetées derrière elle y sont certainement pour quelque chose.

Elle s'en va sur l'intemporel Tu m'écris, dernier titre avant rappel, repris sur son dernier album. Et le temps passe comme ça / Douceur de papier soie".

N'auront manqué ce soir-là que quelques titres chantés en duo...


• Juliette Gréco | 2009



Théâtre des Champs-Elysées

10 juin 2009

Dernier des 4 spectacles parisiens de Gréco au Théâtre des Champs-Elysées. On sait tout de suite que c'est un grand soir : Josyane Savigneau arbore un très élégant haut en lamé noir et s’affiche debout entre Laurence-Marie, fille de Juliette, et Keiko Nakamura, qui a tant fait pour la carrière de Gréco au Japon. Jean-Claude Carrière est au balcon et j'aperçois au premier rang un habitué des dames en noir, que Barbara appelait Lunettes.

Le noir (couleur dominante de toute la soirée) se fait presqu’à l’heure et Juliette Gréco, 82 printemps, trottine jusqu'à son micro qu'elle ne quittera que le devoir accompli, une petite trentaine de chansons plus tard.


Au démarrage, la voix surprend. Absente, dans le souffle, caverneuse. Adieu la sensualité germanopratine, les accents félins. Depuis quelques années, la caricature s'est accentuée... mais pour devenir plus crédible, serait-on tenté de dire. En effet, jeune, Gréco avait un physique de tragédienne. Aujourd'hui, elle en a la tessiture, elle est une tragédienne.
Comme à son habitude, elle surjoue les textes, accentue presque chaque mot, précède certaines phrases de grande envolées de manches de velours noir. Les mains s'ouvrent, se referment, habiles alors qu’elle les a toujours jugées « pataudes ».

Les textes, elle les débite d'un seul trait, à chaque fois sur les deux ou trois premières notes de la mélodie, nous laissant tout loisir d'écouter le reste de la composition instrumentale nue, sans texte. ça ressemble à de la provocation, à du théâtre chanté. Elle dit plus qu'elle ne chante. Ce n'est pas nouveau mais ça s'est encore accentué. Et Gérard Jouannest est passé maître dans l'art de raccourcir la mélodie là où elle comprime le texte et réussir malgré tout à placer les petites ponctuations qui vont nous remettre la mélodie originelle dans l'oreille. Son jeu est époustouflant. Du grand art.

Les gestes de Gréco sont également des repères de mémoire. Une gestuelle qui précède les mots, les appelle. Même si, depuis peu, on voit son regard couler vers le prompteur à ses pieds. Pas souvent et apparemment plus pour se rassurer que pour y chercher du secours.


De Gréco sur scène, on retiendra qu'elle n’aura pas fait de spectacles best of, pas de compilation de ses vieilles scies comme dans une spéciale de la Chance aux chansons, mais qu'elle aura toujours pris soin de mêler quelques nouveaux titres aux anciens. Outre Je me souviens de tout qui ouvre le récital, suivi d’une chanson écrite par Olivia Ruiz, elle glissera ainsi un titre d’Abd Al Malik (texte difficile pour lequel le prompteur se révélera finalement utile). Mais c’est surtout les classiques que le public attend – d’autant que l’acoustique ne permet pas toujours de découvrir au mieux les nouveaux textes.

Avant
Déshabillez-moi (victoire à l’applaudimètre), elle prévient, mutine, « Je sais, je ne devrais pas… ».


A la fin du Né quelque part de Maxime Le Forestier, elle ose ajouter une réponse à la question posée (pour mémoire, « Est-ce que les gens naissent / Egaux en droits /A l'endroit /Où ils naissent »), vibrante et sonore : « Non » !

Incorrigible Juliette... N’est-ce pas elle qui a toujours déclaré « Je suis une femme debout. Même couchée, je suis debout » ?!

« Il paraît que ça fait 60 ans que je chante, annonce-t-elle ingénument, avant une chanson de Marie Nimier et Thierry Illouz. Je ne m’en suis pas aperçue. Un jour, j'ai mis ma main dans la vôtre et vous ne l'avez pas lâchée. » Applaudissements.


La chanson des vieux amants nous redonnera un peu de sa voix chantée, dans les refrains.

Puis vient le redoutable
J’arrive de Brel, exercice obligé et toujours périlleux, « un dialogue avec la mort », comme elle l’annonce à chaque fois. L’émotion est palpable, renforcée par les éclairages crus et changeants (sur les J’arrive). Mais Juliette n’aime pas être là où on l'attend. Elle veut être toujours ce bel animal libre, instinctif, qui lâchera ses « J’arrive » quand elle le voudra, surprenant son pianiste de mari et l’éclairagiste à chaque fois. C’est une réussite et la première standing ovation, lancée des premiers rangs par sa fille.


Elle finira par ce qui devient dans sa bouche Ne m'quitt'pas, exécuté au grand galop (la durée d’origine de la chanson sans doute réduite de deux tiers). Et ne reviendra, encadrée de son accordéoniste et de Gérard Jouannest que pour saluer, 4 ou 5 fois de suite avec ces gestes tellement symboliques et bien trouvés : soit elle fait mine de recueillir toutes ces vagues d’amour pour s’en dorloter, se berçant dans ses propres bras les yeux clos, soit elle prend d'abord l’air surpris puis nous envoie des baisers, esquissant une humble révérence dont elle se relève la dernière fois en vacillant, ce qui la fait rire et la fait se raccrocher à son mari.

Le mythe Gréco existe encore bel et bien. Très sophistiquée en interview, d’un bel éclat brut sur scène, indomptable militante et irrésistible séductrice. Qui l'aime la suive...

• Véronique Sanson | 2008


Olympia
9 décembre 2008

Véronique Sanson à l'Olympia, décembre 2008. Impossible de ne pas penser à la première fois où je l'ai vue sur scène, à l'Olympia justement (mais celui d'avant) en février 1976.

32 ans, quel vertige ! Après le concert, sa loge était ouverte à tous les vents et j'avais fait la queue avec mon album Vancouver (acheté à l'entracte) sous le bras. Elle était devant sa coiffeuse, vachement belle, bronzée, une veste pailletée de toutes les couleurs. Médusé, je n'ai rien dit - juste tendu l'objet qu'elle a zébré de sa signature.

Envie de dire aujourd'hui que - même si depuis je l'ai vue pas mal de fois – avec elle sur scène, il y a (et il aura toujours) des moments magiques.

Au piano, sous nos yeux, elle est totalement transparente. Une livre ouvert. On peut y lire si elle est contente d'elle, si elle est à la peine, quand elle veut partager, quand elle veut épater, quand elle est déçue, quand elle veut séduire... Un beau spécimen... tantôt féminine, tantôt masculine. D'où sans doute cette confusion des genres parmi son public...

En tous les cas, on ne la voit jamais tricher. Hier soir, il y a eu, sur Je me suis tellement manquée en particulier, des moments d'une superbe exactitude, la vraie rencontre de son émotion et de la justesse de sa voix au moment de la communiquer. Ce à quoi nous assistons tient autant de la musique que du théâtre, un théâtre de l'authenticité. Que fait Véronique sinon revivre sous nos yeux ses moments de création ? Lorsqu'elle chante, elle visualise une image, elle véhicule une émotion et son exigence est de nous la restituer au plus près de sa vérité. On le voit clairement. Avec le temps, et comme beaucoup de monde, elle a tendance à forcer le trait (voir le "jamais" dans Sans regrets). Au moins, le spectateur du dernier rang a une chance d'être touché lui aussi...

A ses débuts, elle restait derrière son piano, ne se levait que pour en faire le tour vite fait, un tambourin à la main... On ne l'aurait jamais imaginée debout devant la salle, nous assénant, déterminée comme hier, un magnifique Seras-tu là. Le documentaire de Didier Varrod, la parution de son intégrale ont sans douté été pour elle autant d'occasions de se regarder, de s'écouter - ce qu'elle ne faisait pas beaucoup avant. Du coup, on se rapproche de sa perfection...

Bien sûr, il y aurait à redire sur le tracklisting, sur les interventions des choristes (sur Vancouver quand Mehdi mime un violon - marrant une fois mais très vite irritant), sur le rituel de la présentation des musiciens (touchant mais pénible)...

Mais quand on aime, on prend tout, non ? et hier soir encore, je crois que j'ai tout pris, que j'ai tout pris...

• Marc Laurens | 2000

Marc Laurens,
Paris New York

Le 2 février 2000 a eu lieu à Paris un showcase organisé par Universal pour lancer le premier album de Marc Laurens. La critique n’a pas été tendre et, malgré une promo intensive (clip en rotation sur M6, passage à Sacrée soirée, journalistes invités à voir l’artiste jouer à New York et donc ce showcase), le public n’a pas suivi.  

En 1999, Lionel Florence (rencontré 5 ans auparavant) m’avait proposé de co-écrire les textes de ce qui allait devenir le premier single de l’album d’un artiste encore inconnu, sorte de crooner français habitant à New York. On a dîné ensemble un soir au restaurant et on est remonté chez lui finir les textes de Paris-New-York. Écrire des formats courts, c'est un métier : au final, on a dû garder 3 lignes parmi mes propositions… Ça a dû être à l’époque le premier flop de Lionel ;-) 

On peut voir le clip sur YouTube ici, et la pub télé .

Marc Laurens a sorti un autre album en 2006 avec le même succès. J’ai lu sur YouTube qu’il donnait maintenant des conférences sur la spiritualité…

Retour en images

Pochette front/back du single promo Paris-New-York

 

Pochette front/back extérieur/intérieur de l’album promo Paris-New-York


 
Chronique/brève dans Platine n° 69 
 
 
Chronique dans Tribu Move
 
 
 

Article dans Le Journal du Dimanche


Couverture et première page du livret promo + VHS du clip