Désintox

D É S I N T O X
  
[article publié à l’origine en mai 2020, régulièrement mis à jour]
 
« Le réel n’existe plus avec Internet. Ce n’est pas la vérité qui importe, c’est la viralité. Elle remplace la vérité, elle rime avec elle. Le plus important ce n’est pas que l’on dise vrai, mais qu’on dise et que ce soit répété. » (Kamel Daoud dans Boomerang le 1er octobre 2020).
 
Check News, Désintox, Stop Intox… On voit fleurir partout sur Internet de nécessaires remparts aux fake news, dont certaines peuvent nuire gravement au respect de la vérité, à l’intégrité de personnes publiques
Il ne sera évidemment question ici que de celles concernant Véronique Sanson, dans sa jolie vérité sur la photo de gauche, intoxiquée de barbouillages sur celle de droite – en l’occurrence par un petit Titou farceur ;-). 
Des détails, parfois. Des trucs plus embêtants aussi, surtout quand ils sont relayés par des sites qui ont pignon sur écran, comme la première intox, trouvée sur le site de la RTS ici comme dans Ici-Paris en juin 2020. 
 
[Update 2025] Les choses s’accélèrent avec l’IA. Voir à ce sujet l’excellent documentaire d’Arte. On trouve désormais quotidiennement ce genre d’infâmes publications sur YouTube :

“Michel Berger a écrit pour Véronique Sanson.”
 FAUX  Archi-faux et quand même archi-facile à vérifier… Et pourtant ce genre de fake news n’est pas prêt de s'arrêter, reprise en boucle lors du 30e anniversaire de la mort de Michel (par exemple dans le JT de France2) jusqu’à une énième biographie de Françoise Hardy (par Christian Eudeline en 2022)… 
On sait que Michel Berger écrivait/composait pour d’autres – et principalement pour des femmes : Patricia, Cécile Valéry, Isabelle de Funès, Vanina Michel, Françoise Hardy et bien sûr France Gall – mais Véronique écrit et compose (à de rares exceptions près) ses propres chansons. C’était d’ailleurs le sel de leur relation, entre émulation et compétition : ils étaient très prolifiques, se donnaient des challenges “Demain, j’aurai écrit deux chansons” / “Moi trois !”. Ce que Jean Brousse (ami d’enfance de Michel) résume d’un “Entre eux, c’était un peu la course à l’échalote” ! 
Bien sûr on peut dire qu’il a écrit pour elle dans le sens “en pensant à elle”, mais c’est un tout autre débat…  Lire à ce sujet son interview dans Elle n° 1868 du 26 octobre 1981 dans laquelle il dit s’être “adressé à Véronique Sanson dans ses chansons d’amour” et l’analyse de leur correspondance en chansons par Yann Morvan sur ce lien.
 

“Véronique Sanson a quitté Michel Berger sur un coup de tête.”
 FAUX  On lit et on entend cela très fréquemment, avec une variante : elle est partie du jour au lendemain (voir photo). Sans vouloir refaire le chemin à l’envers entre la rencontre avec Stephen Stills (mars 72) et le départ pour le rejoindre (février 73), on ne peut pas vraiment parler de “coup de tête” : le départ, certes précipité et non annoncé, est arrivé presque un an après le coup de foudre. Entre les deux, Véronique a été “assiégée” par le guitariste américain. Les portables n’existaient pas mais il y avait des intermédiaires. Il y a même eu un faux départ, qui fait l’objet du paragraphe suivant.


“Véronique Sanson a quitté Michel Berger en 1972 alors qu’il l’attendait en studio. Il a terminé seul son album.”
 FAUX  et  VRAI  Cette histoire continue à être difficile à démêler (y compris dans ce nouveau portrait de Michel sur RTL). Il faut dire qu’aucun journaliste ne s’y est intéressé au moment des faits : Michel Berger n’était pas encore très connu – hormis pour ses 45 tours dans les années 1960 – et le départ de Véronique n’a été évoqué brièvement dans la presse qu’après coup, au moment de son mariage (et une seule fois à ma connaissance, dans Salut les copains). Une chose est vraie : si Michel a terminé seul De l’autre côté de mon rêve, c’est bien parce que Véronique n’est pas venue à un rendez-vous en studio et a disparu les jours suivants. Mais il ne s’agit pas du fameux départ pour New York. C’est Élodie Mialet, réalisatrice de Un jour, un destin, qui a rassemblé le puzzle (hélas, nous ne l’avons pas crue sur le coup et la version de son film est donc inexacte, tout comme celle du livre Les années américaines). Attendue en studio, Véronique a fugué quelques jours à Londres avec Stephen Stills, avant de revenir auprès de Michel. Ils ont même assisté ensemble 2 mois plus tard au mariage de Violaine, sœur de Véronique. Ce retour et la double vie de Véronique durant cette courte période inspireront d’ailleurs à ce dernier une superbe chanson, Le secret
Le faux départ dont il était question dans le paragraphe précédent est, lui, relaté dans le livre Les années américaines : début octobre 72, Stephen Stills et son manager espèrent repartir de Paris avec Véronique. Mais elle n’est pas prête (on ne peut donc encore une fois pas parler de “coup de tête”) et se rendra à l’aéroport sans son passeport, feignant l’étourderie et les les laissant repartir seuls, furieux. À ce sujet lire mon article publié dans Schnock n° 47 (été 2023) :
 
 

“Avec Michel, on ne s’est jamais revus.”
 FAUX  Là c’est embêtant pour un biographe parce que c’est l’artiste elle-même qui parle et que ce n’est pas vrai. Y a des preuves ! Il y a cet épisode qu’elle a souvent raconté quand elle a présenté son fils à Michel dans les bureaux de leur maison de disque commune (fin des années 1980, rencontre tout à fait fortuite), celui d’un coup de fil de Michel de passage à Los Angeles (au moment précis où elle voyait passer un rat dans sa bibliothèque) et qui a débouché sur une rencontre. Il y a l’enregistrement de la chanson pour sauver l’Éthiopie en 1985, une télé pour les Restos du Cœur début 1990, une autre où ils sont assis sur le même canapé toujours en 1990 (Étoile Palace de Frédéric Mitterrand). Il y a la représentation de Starmania (époque Maurane et Peter Lorne) à laquelle Véronique a assisté avec Christopher, et après laquelle ils sont passés en coulisses et ont salué Michel. Et il y a bien sûr aussi l’enregistrement de la seconde version de la chanson Allah… Si Véronique répond souvent qu’ils ne se sont jamais revus, c’est avant tout pour avoir la paix, pour que la question suivante ne vienne pas fouiller davantage dans des souvenirs qui ne devraient regarder qu’eux.


Seras-tu là a été écrit pour France Gall.”
 VRAISEMBLABLEMENT FAUX  Une chanson n’est pas une lettre et personne ne possède une explication (véri)fiable des textes de Michel Berger, ni la date exacte de la composition de Seras-tu là. Une phrase comme “Pour nos souvenirs et nos amours / Inoubliables inconsolables” peut – si on considère l’option selon laquelle la chanson est adressée à France Gall – faire référence à leurs histoires d’amour passées à l’un et à l’autre (Michel évoquant Véronique en ce qui le concerne, et Julien Clerc en ce qui concerne France). Mais le couplet “Pour nos soupirs sur le passé / Que l’on voulait / Que l’on rêvait” penche plutôt pour une chanson adressée à Véronique : il n’a en effet pas encore de “passé”, ni de “rêves” avec France sur lequel “soupirer”. Ces mots correspondent davantage au regret d’une longue histoire d’amour plutôt qu’à l’évocation d’une relation débutante.
 
De plus, soyons réaliste : si Véronique Sanson s’était réellement fourvoyée en répondant (par son Je serai là en 1976) à une chanson qui ne lui était adressée, Michel Berger n’aurait-il pas réagi – en privé lorsqu’ils se sont revus ou bien publiquement, même si ce n’était pas vraiment son style ?
 
Pour en finir avec les infox sur Michel Berger :

 
  
“Véronique Sanson a reçu l’extrême-onction lors de son AVC en 1965.”
 FAUX  D’abord ce n’était pas un AVC mais une méningite et puis si le Père Hébrard était à son chevet, ce n'était pas pour lui administrer les derniers sacrements mais simplement pour lui rendre visite en tant qu’ami de la famille – il avait marié ses parents vingt ans plus tôt. Là encore, c’est souvent Véronique qui a raconté cette anecdote, reprise dans toutes les biographies. Un peu de storytelling ne nuit pas ;-)


“Véronique Sanson fait partie des personnalités pro-corrida.”
 FAUX  Il faudrait aujourd’hui conjuguer cette affirmation à l’imparfait. En effet elle a assisté avec ses parents à des corridas dans les années 1950-60, temps reculés où on s’inquiétait peu de la souffrance animale et qui ont fait d’elle une aficionada jusqu’à la fin des années 1990…  Son nom apparaît toujours dans une liste dressée en 2011 et elle continue à recevoir quelques messages haineux via le site officiel ou la page Facebook officielle… Mais aujourd’hui elle est évidemment et farouchement CONTRE, signe et partage (les rares fois où elle va sur Twitter – comme ici en 2016) des pétitions qui ne laissent planer aucun doute sur son engagement réel pour la cause animale : il est grand temps d’actualiser cette information. 


“Les deux sœurs portent un prénom commençant par le V de la Victoire.”
 FAUX EN PARTIE  La vérité se trouve déjà dans la biographie de Françoise Arnould et Françoise Gerber parue en 1986 : Colette Sanson avait pensé appeler sa première fille Marie, mais son époux avait craqué pour l’héroïne de la pièce de Claudel, L’annonce faite à Marie, qui s’appelle Violaine… et comme c’est lui qui est allé la déclarer… Pour leur seconde fille, ils étaient d’accord pour rester dans les V (qui rappelait effectivement la victoire de la Guerre) et le prénom Véronique rappelait à Colette “une très belle figure de la religion catholique”.


“Véronique Sanson porte encore la bague de fiançailles de Michel Berger.”
 FAUX  On trouve cette “information” page 59 d’une biographie approximative parue début 2020. Il y est aussi fait mention d’une cérémonie de fiançailles. En réalité il n’y a jamais eu de cérémonie de fiançailles. Après le départ de Véronique en 1973, sa mère a rendu la bague à Annette Haas, la mère de Michel… qui l’a rappelée peu après : la bague étant un cadeau, Michel ne voulait pas la récupérer. Comme l’a fort justement écrit Jean-François Brieu dans Doux dehors, fou dedans (2001), Véronique possède toujours cette bague et elle l’a seulement portée à quelques occasions sur scène. Nuance… [Update 2024 : Véronique porte dorénavant cette bague, en privé et sur scène.]
 
 
“En 1978, Véronique Sanson a été la première femme à jouer au Palais des Sports de Paris.”
 FAUX  Nouveau mea culpa car c’est une information qui a été reproduite sans vérification dans Les années américaines. Il aurait fallu ajouter « européenne » :
Aretha Franklin l’avait devancée en 1977…
 

Allez, un scoop pour finir sur une note plus optimiste : 

“Véronique Sanson est synesthète.”
 VRAI !  Et personne ne le sait ! La synesthésie – merci Wikipedia – est un phénomène neurologique non pathologique par lequel deux ou plusieurs sens sont associés (de manière durable). Par exemple la synesthésie dite « graphèmes-couleurs » (qui représenterait 65 % des synesthésies) fait que les lettres de l'alphabet (ou des nombres) sont perçues colorées. C’est précisément celle qui touche Véronique depuis l’enfance : pour elle, une couleur est attachée à chaque lettre, à chaque chiffre. Toujours la même, mais dans des teintes qui peuvent être différentes. Le 7 est par exemple toujours vert, mais peut être vert tilleul, vert amande… Elle n’en a jamais parlé, pensait que tout le monde ressentait la même chose et a seulement récemment découvert le nom de cet état éminemment poétique…  (allo, Rimbaud ?)
 
Laurent Calut
 

• Véronique Sanson | La Seine Musicale

 

La Seine Musicale
12-13-14 décembre 2025


Que s’est-il réellement passé pendant ce week-end de décembre à la Seine Musicale, le saura-t-on jamais ? 
 

Pour être tout à fait honnête, on redoutait un peu ces 3 dates pour elle : la fatigue des concerts précédents (et leurs voyages concomitants), les maux de l’hiver (sont toujours là quand il ne faut pas)… Deux jours plus tôt elle se montrait rassurante et on la croyait… mais bien malin qui aurait pu prédire le déluge d’énergie qui allait nous tomber dessus, tout en punch et en nuances. C’est bien simple, samedi soir, on était quelques-uns à avouer s’être senti en apesanteur, en état de grâce, que dis-je à évoquer une épiphanie. Diego, son régisseur scène depuis des lustres, lui a tout simplement dit que c’était son meilleur show depuis qu’il travaille avec elle. Au 6e rang, pile face à elle, la phrase qui venait à l’esprit était “J’ai un sourire dans tout mon corps” (in Si je danse pour toi). Pourquoi ce soir-là, après bientôt 50 ans de concerts en ce qui me concerne ? On imagine un singulier alignement de planètes, d’extraordinaires coïncidences cosmiques ou plus simplement une forme de lâcher prise individuel au milieu d’une foule amoureuse… 
 


Il y a bien sûr ce temps qui passe et passera, qui bonifie et fait de la scène l’endroit où on la voit la plus vivante. Ses émotions aussi, qui ne la lâchent pas et soulignent toujours autant l’intensité des mots : même aux balances quand, par exemple, elle en arrive à “Je n’aime que toi / je t’aime / Je t’aime (in Étrange comédie), tout remonte : elle l’a vécu, l’a écrit et son interprétation ne pourra jamais être légère. Des chansons indissociables d’une vie même si elle évoque de plus en plus souvent en interview ce grand écart, cette schizophrénie entre sa vie sur scène et sa vie au bord de la Seine, pourtant reliées par un 
puissant lexique.  


Nous sommes donc à Boulogne-Billancourt, ville où elle est née, dans une salle de dimension relativement humaine, entre un Olympia et un Palais des Sports, baigné dans un light-show sobre et efficace – avec ce détail fortuit du rideau de perles en fond de scène qui matche celui sur les épaules de sa veste. Le son est bon, l’image aussi. Commençons par la setlist (repêchage 
bienvenu de titres injustement négligés comme Le désir ou Mi-maître mi-esclave) et la fluidité des enchaînements (choisir les chansons est une chose, savoir les ordonner en est une autre). Je rejoins ceux – et ils sont nombreux – qui pensent que c’est la meilleure setlist de ces dernières années et, en l’absence de nouvel album, J’ai eu envie de vous revoir remplit parfaitement son rôle, attirant avec sa sincérité et sa gestuelle en offrande toutes les attentions en début de concert.
 

Venons-en aux arrangements flamboyants, toujours plus inventifs de tournées en tournées (ah le souffle épique des cuivres dans Étrange comédie…), rediscutés à chaque balance – elles servent aussi à ça. Après le dernier concert (Auxerre), les musiciens se sont retrouvés autour d’elle pour un aftershow en famille, pour parler de la suite mais aussi pour lui redire combien ils l’aiment et aiment jouer pour/avec elle. Un show réussi, c’est aussi une histoire d’équipe et celle-ci est bien soudée. Ne pas oublier les techniciens. Ce même dernier soir, ils ont pris congé en défilant un à un devant Véro qui les a tendrement embrassés l’un après l’autre. Ne pas oublier non plus en amont les équipes de Caramba, souvent représentées sur la tournée, et last but not least, Violaine que Véronique a remerciée de la scène. On repense à leurs parents responsabilisant Violaine en lui disant qu’elle devrait toute sa vie prendre soin de sa petite sœur – ce qu’elle fait, et bien. 
 

Dans les détails de ces shows, il y a son élocution parfaite : on comprenait chaque mot de chaque chanson, même dans les couplets particulièrement chargés de Le désir ou dans Juste pour toi dont elle a donné pendant ces 3 soirs des versions définitives. Et que dire de ses saillies ? “J’ai cru que vous étiez partis” au moindre silence dans la salle, et ce touchant “Je sais pas, j’ai l’impression que vous êtes tous mes amis” lâché le premier soir. Sans oublier ce “Je vous remercie avec tout mon cœur et [pause] toute ma vertu” (avant de se reprendre d’un “C’est n’importe quoi…”). Elle n’est pas “une grande parloteuse” (sic), ne l’a jamais été. Rappelons déjà en 1976 à l’Olympia : “On dit toujours que je dis jamais rien quand je suis sur scène mais je vous adore et j’adore jouer pour vous”. Pour justifier les chansons les moins connues de la setlist, elle a dit chaque soir regretter qu’on jette au public en pâture (mot accentué) les choses qu’il aime plutôt que celles qu’il pourrait aimer. On ne pourra jamais la taxer de facilité : cette fois-ci, elle a même réussi le tour de force (l’outrage ?) de sucrer Amoureuse de la setlist…
 

Mais la surprise de ces shows se trouvait en lever de rideau (expression de boomer) avec la présence sur scène de Sarenne (19 ans) qui ne souhaite a priori pas faire carrière (re-expression de boomer) dans le métier mais s’est retrouvée jetée dans la fosse aux (gentils) lions (4 000 personnes par soir quand même – pour un baptême, c’est pas mal). Joli timbre de voix qui s’est enhardi au fil du week-end jusqu’à la surprise du dernier soir : Véronique, présente sur le plateau
les autres jours pour l’écouter au moment des balances, l’a embauchée avec son père pour un drôle de Bahia. Dans quelle situation imagine-t-on les membres d’une même famille se regarder en chantant publiquement “Et je t’aime / Caresse-moi” ? Sur le plateau, Sarenne intrigue Chris qui reconnaît ce vibrato dans la voix de sa fille : ”It’s creepy! It’s like Véro when she was 25!”. Véronique, elle, veut davantage d’énergie, redouble de rugissements dans ses “Caresse-moi” pour leur montrer la voie/voix, ira même jusqu’à montrer à Sarenne comment bouger debout derrière un micro et éviter l’attitude longiligne d’une Françoise Hardy. Le dernier soir, c'est sur le côté gauche de la scène qu’on les verra reproduire la choré des choristes (avec Julien Hébert et Angélique) sur Bernard’s Song
 
 
On peut bien l’avouer maintenant : grosse déception vis-à-vis des invités à ces 3 shows. Où étaient les Sheller, Souchon, Chamfort, Jonasz, Nagui… ? 
Dans ces grandes salles, après le concert, on ne va pas en loge, c’est Véronique qui rejoint les happy few au catering. Bousculade garantie et empathie pour Véronique qui doit sourire et poser auprès de gens qu’elle connaît à peine, voire pas du tout (une cinquantaine chaque soir)
Tentative de lister les invités croisés (ou dont on nous a signalé la présence en salle) : Alex Lutz, Laure Calamy, Raphaël Mezrahi, Nicoletta, Daniela Lumbroso, Bernard Cazeneuve, Annie Lemoine, Gérard Pont, Éric Jean-Jean, Philippe Collignon, Fabienne Sintes, Charline Vanhoenacker, François Bernheim, François-Éric Gendron, Daniel Schick, Tony Frank, Thierry Teston (qui aurait bien refait une captation), Bernard Swell, Isabelle Chicot, Christian Meilhan, Franck Bardou et, derrière son objectif, Patrick Carpentier, déjà responsable de la photo à la guitare sur l’affiche. De mon côté, ces 3 soirs ont aussi été vécus pleinement grâce à Baptiste, Christopher et Sofian, et Charlotte. Merci à eux.  

Curiosité pour finir : lors des balances à Auxerre, Véronique a eu l’intention de glisser Je me suis tellement manquée entre Ma révérence et Bahia, en a donné une poignante version… mais ne l’a finalement pas jouée pendant le concert.
Laurent Calut
(texte et photos)

 
Les musiciens (de gauche à droite sur scène) :
  • Basile Leroux (guitare) 
  • Dominique Bertram (basse) 
  • Jean-Baptiste Cortot (batterie)
  • François Constantin (percussions) 
  • Mehdi Benjelloun (chœurs) 
  • Guillaume Eyango (chœurs) 
  • Frédéric Gaillardet (claviers)
  • Yannick Soccal (saxophone)
  • Renaud Gensane (trompette)
  • Jules Boittin (trombone)


© John Tapiro

Setlist :

J’ai eu envie de vous revoir
C’est long, c’est court
Mi-maître, mi-esclave
Étrange comédie
Doux dehors, fou dedans
Juste pour toi
Vancouver
Le désir
Le temps est assassin
Chanson sur une drôle de vie
Bernard’s Song (Il n’est de nulle part)
Rien que de l’eauOn m’attend là-bas
Visiteur et voyageur
Ma révérence
Bahia

 

Setlist Chris Stills et Sarenne : 
Sweet California
(Chris seul)
So Sad
Free Man in paris
Hait to the Road
Solamente Madre
Eleanor Rigby

• Nouveau single

J’ai eu envie de vous revoir
single en digital, 
10 octobre 2025
 
Une nouvelle chanson de Véronique Sanson sera toujours un événement. Surtout si, comme celle-ci, elle arrive seule, nue, sans l’emballage d’un album, sans consœurs pour l’entourer, intégralement dématérialisée, uniquement disponible d’un clic sur des plateformes sans âme. Une première pour Véronique.  
Petit tour dans les coulisses de la création de J’ai eu envie de vous revoir.
 
 

Le premier souvenir date de début mars. Avec le camarade Baptiste Vignol, on passe tranquilles 3-4 jours à Triel. Souvenirs joyeux, entre autres, d’un tournage à Paris pour un documentaire sur Les Enfoirés, d’une sublime omelette aux œufs tournés (nouvelle spécialité de Véronique à ce moment-là) et d’une visite au Jardiland du coin – dont on revient justement pour un brainstorming improvisé autour de la table basse du salon : on doit annoncer sous peu la nouvelle tournée qui n’a – éternel dilemme – toujours pas de titre, sinon de franchement farfelus que je préfère vous épargner. Véro : “On n’est pas plus bêtes que d’autres, on devrait trouver un titre…”. On tourne autour du rapport à la scène, au public, quand émerge le saugrenu Pourquoi donc êtes-vous venu ? pour nous faire marrer, avant sa suite logique J’ai eu envie de vous revoir*. Banco !
 

 
Va alors commencer un travail de “bruit de fond” (comme disait Kanou quand elle voulait que Véro fasse quelque chose, et que celle-ci faisait la sourde oreille) pour que le titre de la tournée soit aussi le titre d’une nouvelle chanson. On n’en est pas à l’enfermer au château d’Hérouville, mais pas loin : chez Véronique, la contrainte est une alliée de poids à la création et, partante, elle griffonnera bientôt des idées de texte dans la marge de ses mots croisés Michel Laclos. De courtes phrases éparpillées qu’il faudra d’abord retrouver avant de les assembler. Secret jeu de piste entre Véro et Véronique Sanson. 

En avril, la chanson prend peu à peu tournure. Les 23 et 24 avril sont même consignées comme journées de travail avec Dodo et Mehdi. Le soir de son anniversaire, elle refuse de nous laisser partir avant d’avoir jeté un premier coup d’œil sur son texte, fraîchement finalisé. Émouvant cadeau de sa part autour du Bösendorfer dans lequel se reflètent encore les guirlandes d’un sapin fatigué. C’est beau comme tout, même sans la musique, et nul besoin d’explication de texte…

Vient ensuite un peu de promo (Reichmann, Drucker, 28 minutes…) mais elle trouve le temps d’enregistrer à la maison une maquette du titre dans une version assez rock (avec Basile à la guitare) sur un texte remanié – mais dont elle n’est pas entièrement satisfaite et qu’elle souhaite retravailler encore. 


Arrivent les répétitions et les premières dates des festivals d’été avec, sur le planning, un rendez-vous calé mi-juin au studio Soult pour tourner des images pour la promo. Le jour dit, les musiciens sont là, l’ambiance est bonne. Le maître des lieux, Pierrot, est un vrai chic type qui proposera même des gâteaux faits maison tout juste sortis du four à la fin de la séance. Véronique écoute les arrangements, ne veut surtout pas de mineures dans ce titre, et fait ses prises de voix assise à côté de Mehdi. Derrière sa caméra, le réalisateur Julien Bloch ne la lâche pas et lui propose in fine de la filmer au piano. Instinctivement Véronique joue la chanson avec juste François aux percussions. Même le jeune perchman est conquis : ça marche vraiment bien aussi en version acoustique. De l’autre côté de la vitre, tout le monde applaudit. Véronique a son regard de petite fille : “C’est vrai, c’est bien ?”  
 

 Toutes les photos © LC

Last but not least : l’interview par Didier Varrod (comme pour Et je l’appelle encore en 2016) pour habiller les images studio et constituer un clip promo. Le tournage a lieu entre deux festivals dans l’appartement de Violaine début juillet. Didier y avoue découvrir le mot étrave et s’étonne du sens de la peur de l’oubli chez elle, habitué qu’il est à entendre les artistes avoir peur d’être oubliés. Renversement de situation : ici c’est Véronique qui a peur d’oublier son public… À regarder ici
 
 
Dernière étape, le mixage au studio Salambo (poke Laurent Compagnie), puis les recherches d’une photo qui symboliserait bien le propos pour la cover, et voilà la chanson, sa sincérité en étendard, prête à prendre la lumière des écrans de streaming et surtout celles de la scène puisqu’elle a bien sûr intégré la nouvelle setlist, en pole position. 
 
Laurent Calut
 
Le label Columbia a eu la bonne idée de presser une quantité limitée de 45 tours, uniquement disponible sur son site sur ce lien 
 
Paroles et musique : Véronique Sanson 

Dominique Bertram : basse
François Constantin : percussions 
Jean-Baptiste Cortot : batterie 
Frédéric Gaillardet : claviers 
Basile Leroux : guitares

Dominique Bertram & Mehdi Benjelloun : arrangements et réalisation 
Ludovick Tartavel au studio Soult : prise de son 
Laurent Compignie au studio Malambo : mixage 

Une production Piano Blanc 
 
* Je précise qu’aucun d’entre nous ne connaissait le titre de Sheila

• Véronique, le film

Véronique (Tom Volf, 2025)
Festival du Film d’Angoulême
29 août 2025


On nous annonçait Angoulême sous la pluie mais ce sont à peine trois gouttes qui nous accueillent à la descente du TGV – bien insuffisant pour dissuader les chasseurs d’autographe à l’affut des stars débarquant de la capitale (Muriel Robin et Romane Bohringer, entre autres, en l’occurrence).
 

Avec Lucas Liagre, Samuel-François Steininger, Léonie Briand, 
Tom Volf et Thomas Arbez © Baptiste Vignol
 
Un peu plus tard, c’est même sous un soleil radieux que s’improvise un photo call devant la salle Franquin. Une grande partie de l’équipe du film a fait le déplacement. Le précieux sésame du film en main, on pénètre dans le cinéma avec la consigne de rester en haut des marches qu’il faudra descendre un peu plus tard sous les applaudissements… 
 

Sur scène, Marie-France Brière (créatrice du festival avec Dominique Besnehard) est la première à prendre la parole, rappelant sa proximité avec Véronique : “Elle a pris quelques jours de repos, très loin, et m’a confié cette merveille que vous allez découvrir en me disant Ça va, c’est en de bonnes mains. […] Elle sait que vous regardez le film ce soir”. Plus tard, quand Tom Volf rappellera qu’on la voit dans le film, elle commentera : “Ce n’est pas pour ça que j’ai choisi le film, j’ai découvert ça avec stupeur, je ne savais pas d’où ça venait…”  (archives Ina de 1979).
 
Avec Marie-France Brière dans les coulisses de l’Olympia, 
octobre 1974 © Christian Rose
 
Agnès Chauveau (nouvelle directrice de l’Ina) rappelle ensuite la mission de la maison : “Faire vibrer ces archives pour les artistes qui ont marqué l’histoire culturelle du XXe siècle. […] Véronique Sanson fait partie des émotions que l’on partage, elle est la preuve que la chanson française c’est aussi du lien social qui nous unit tous”. C’est elle déjà qui avait remis la distinction numérique de l’Ina (une tablette bourrée d’archives) à Véronique à Rochefort en 2023 au côté de Julie Gayet.  

Thomas Arbez (responsable du service Création Conception de l’Ina) lui succède, évoquant le regard que les cinéastes portent sur les archives pour mieux louer ici “un travail particulièrement sensible et talentueux”. Il est clair qu’empiler des vidéos est à la portée du premier pékin débutant sur YouTube. Les assembler subtilement au service d’une narration est une autre histoire…

© JéAdr 
 
L’intérêt de Véronique en comparaison à ce qui existe déjà sur le (formidable) sujet est bien sa narration. Les chansons de Véronique parlent pour elle, l’explication de texte est parfois superflue. Tom Volf a donc choisi de sous-titrer certaines chansons pour mieux souligner leur proximité avec ce qu’elle vivait au moment de leur composition, et surtout de rendre la musique très présente dans le film – ce qui lui a valu le compliment ayant sans doute le plus de valeur à ses oreilles, celui de Véronique herself lorsqu’elle a visionné le film pour la première fois : “Tu as tout compris. L’architecture de ce film est absolument magnifique. Tu a pris les bons morceaux aux bons moments, les enchaînements sont fluides, ça coule de source.” Pas mieux. 
 

3 décembre 2024 © LC
 
Mais l’histoire racontée n’est pas juste son histoire. Elle peut fédérer – même si tout le monde n’a pas disparu du jour au lendemain sans prévenir personne pour suivre l’amour. Qui n’a pas fait l’expérience du remords en amour ? Qui n’a pas regretté d’avoir sabordé une histoire d’amour tout en sachant très bien qu’elle était de toute façon vouée à l’échec ? Qui n’a pas eu envie de revenir auprès d’un amour quitté en étant certain de retomber un jour sur l’envie de partir ? Le courrier que Véronique reçoit regorge de témoignages de femmes et d’hommes qui s’identifient à son parcours et dont les chansons les ont aidé à surmonter les hauts et les bas de la vie, à panser les blessures d’amour… 
 
Retour au festival d’Angoulême, à la grande ferveur du public pendant la projection, à ceux qui chantent distraitement, à ceux qui essuient une larme et surtout aux applaudissements qui crépitent dès le début du générique alors que la salle reprend en chœur Drôle de vie. Quelle émotion ! On a ensuite l’occasion d’échanger quelques mots avec Robert Charlebois (représentant québécois avec Claude Dubois et la productrice Denise Robert) se souvenant de Stills courant après Véronique un couteau à la main ! On repense alors à cette remarque de l’éditrice chez Grasset lors des séances de relecture du livre Les années américaines, regrettant le tournant sombre de l’histoire : “Le début est bien, mais ça devient vite noir…” 
 
Plus tard dans la nuit, à un after où se produit entre autres le DJ Gauffrrette, on croise Élise Lucet (en conversation avec Marie-France Brière et Jean-Pierre Lavoignat) confiant, elle aussi, son amour pour Véronique.

 
Le film a en premier lieu été conçu pour le cinéma et ce vendredi soir à Angoulême, c’est une énorme claque de découvrir le magnifique travail sur les images, toutes numérisées en haute définition pour le film et étalonnées par le magicien Samuel-François Steininger. On a beau connaître par cœur celles de l’Olympia 76 par exemple, elles sont ici largement sublimées. Lors des projections techniques, on n’avait pas eu droit à ce confort là, on n’osait pas rêver d’un résultat aussi réussi…  
 
Rembobinons. 

Paris, avril 2021

Premier message de Tom Volf le 1er décembre (jour de son anniversaire) 2020 : Je me permets de prendre contact car j’aimerais échanger sur mon projet d’un film sur Véronique Sanson, entièrement à base d’archives, à la manière de mon dernier film “Maria by Callas” (sorti au cinéma en 2017-2018), je ne sais pas si vous avez eu l’occasion de le voir ? 

S’ensuivra une première rencontre, puis une visite à Triel (d’où il repartira avec la bénédiction de Véronique) avant des mois et des mois de recherches quasi archéologiques, de prises de contact tous azimuts, de km de mails et de textos, de réunions en tout genre : le but étant de lister de la façon la plus exhaustive possible les archives audio et vidéo concernant Véronique de par le monde, rien de moins. Autant dire que l’exaltation était souvent au rendez-vous, contrebalancée par quelques pointes de déception lorsqu’on nous répondait que l’archive convoitée était introuvable ou hors de portée de n’importe quel budget…
 
 Triel, mars 2021 © LC
 
Durant ces 4 années, Tom Volf n’a pas pu travailler en continu sur le film, certains de ses projets (liés à Maria Callas) ayant été bloqués par la pandémie de Covid se rappelaient à son bon souvenir, mais dès son retour à Paris, le rythme de travail et de rencontres reprenait, avec la même passion. Chouettes souvenirs. 
 
Paris, juillet 2021, selfie avec Yann Morvan

Paris, septembre 2021, selfie avec Fina Torres 
(co-auteur du film Véronique Sanson, De l’autre côté du rêve, 1978)

Yann et moi lui rendons grâce aujourd’hui pour avoir permis de faire un point précis des archives existantes, d’enrichir par exemple les pages du site officiel avec des télés jusqu’alors inconnues. Même si elles ne font pas toutes partie du film (destiné à un public plus large que le cercle des fins connaisseurs), on sait qu’elles existent et les occasions de les montrer ne manqueront pas. 

Sur scène, avant même que le film ne commence, ont également été évoquées par les uns et les autres “les petites difficultés” à mener à bien ce projet. On le sait ou on s’en doute : la fabrication d’un film – même s’il s’agissait ici de montage, pas de tournage – n’est pas un long fleuve tranquille, et Véronique a été porté à bout de bras contre vents contraires et marées injustement hautes. Les bras sont bien sûr ceux de Tom Volf. Archi pointilleux, prêt à remuer ciel et terre pour déterrer l’hypothétique pépite dont il a cru déceler l’existence, ne se contentant jamais d’une réponse trop imprécise masquant peut-être la lumière du faible espoir de retrouver telle ou telle interview, image ou photo – il a redéfini le terme perfectionniste
 
Mais nous vivons une époque charnière où on a d’un côté une industrie de la culture laminée par internet s’accrochant désespérément à des tarifs d’un autre âge, et de l’autre un océan de vidéos et de photos en accès illimité et gratuit – open bar impossible à réguler. Le tout générant une légitime incompréhension : on peut donc regarder/écouter gratuitement (= illégalement) des archives rares sur YouTube ou ailleurs mais les utiliser dans un film coûte un bras, voire deux. Avant l’inévitable implosion de ce système, il faudra bien qu’un acteur du marché (un peu plus malin que les autres) se dévoue et propose des tarifs moins gourmands : ne vaut-il pas mieux gagner un peu moins que rien du tout ? Il créerait alors un précédent, couloir dans lequel d’autres oseraient peut-être s’aventurer, sauvant potentiellement un secteur en difficulté. Après tout, l’idée de ce film était avant tout de soutenir ENSEMBLE un projet à même de faire briller le nom de Véronique d’un éclat nouveau, à la faire entrer dans la légende (comme me l’a dit un admirateur à la sortie de la salle) avec bien sûr son lot de retombées financières sonnantes et trébuchantes après diffusion – lot difficile à quantifier en amont mais à ne pas négliger lors des négociations… 

Un mot, pour finir, de la sublime photo de l’affiche. Elle est parfaitement inédite, date de 1971-72, a été retrouvée chez Franka Berger (qui n’aime pas le terme documentaire et préfère qualifier Véronique de “film d’amour”) et a vraisemblablement été prise le même jour que celle-ci, déjà parue. 
 
On n’a pas encore énormément de détails concernant l’avenir du film sinon qu’il sera présenté en novembre au Festival Cinémania de Montréal (annonce à écouter ici) et sera diffusé sur France Télévisions à la fin de l’année mais – comment dire ? – ce ne sera jamais comparable à cette projection en salle au Festival d’Angoulême…
 
Laurent Calut 
 
Article de Marie-Claire à lire ici