• Schnock Sheila | 2025

“Schnock” n° 54
Grand Dossier Sheila
5 mars 2025
 
Bon on va pas se mentir, écrire pour Schnock, c’est très très cool. On peut y lâcher des infos qu’on ne lira pas ailleurs, glisser des réfs sans avoir à les expliquer, ignorer royalement le premier degré tout en restant pointu et le plus exhaustif possible. Ce préambule pour expliquer (s’il le fallait) que quand l’opportunité d’y écrire se présente, on ne dit pas non – a fortiori si c’est sur un sujet qui ne nous est pas tout à fait inconnu.

Attention, coming out : j’ai été fan de Sheila dans ma tendre enfance. J’en étais à recopier les textes de ses chansons (pas le plus important dans l’histoire, on est d’accord) dans un petit cahier cousu main. On parle d’une époque où je faisais semblant de m’endormir en attendant que ma mère vienne me chercher un peu plus tard 
sans réveiller mes deux sœurs (plus jeunes) pour pouvoir mater les guyluxeries où elle apparaissait – c’est-à-dire une semaine sur deux. Son entrain, sa perpétuelle bonne humeur, son côté hyper sain, ses 45 tours numérotés, tout était parfait pour séduire les gamins de l’époque. Elle était un peu notre Chantal Goya – en plus sportive, en moins gnangnan – mais bizarrement, à l’école, on avait un peu honte de dire qu’on l’aimait bien… 


En 1985, j'avais même accompagné Katia Miramon (ex-assistante de Véronique) au Zénith pour sa première scène parisienne depuis ses débuts si je ne m’abuse. Pas de souvenir marquant de cet épisode. Ensuite, en 2012, j’étais allé la voir à l’Olympia avec le camarade Mathieu Rosaz (chronique à lire ici), puis au Casino de Paris en 2017 avec Éric Chemouny. On s’était retrouvé en coulisses avec Didier Varrod et on avait prévenu Sheila qu’on la reverrait sous peu à l’Olympia de Véronique – ce qui fut fait (photo mythique ici).
 
Mais revenons à Schnock. La proposition portant sur Claude Carrère est tombée fin août 2024. Un peu de temps pour écrire donc, mais avec un impératif auto-imposé : ne pas trop charger la bête sachant que, de son passage sur Terre, le brave homme n’avait pas laissé que de bons souvenirs et que trouver des gens pour en dire du bien allait se révéler compliqué – à commencer par Sheila herself. Parlant de Carrère, on ne pouvait décemment pas faire l’impasse sur “Mémé” Ibach, qu’on retrouve dans un encadré en fin d’article. Côté mise en page, on est toujours gâté (merci Mr Choubi) et ne ratez pas la légende de la photo page 79, signée Alister – who else?
 

Journal de Sheila, juin 1968
 
Le Grand Dossier (une centaine de pages quand même) comporte aussi un long entretien avec Sheila (par Sophie Delassein, du Nouvel Obs), deux interviews de l’ami Baptiste Vignol (formidable Jean-Marie Périer, quintessence du schnock, et surprenante Pamela Forrest). L’illustration page 93 permet de nuancer l’antienne qui voudrait que des fans aient d’eux-mêmes reconnu la voix de Sheila dans Love Me Baby et aient appelé RTL en masse : une pub judicieusement placée dans le Journal de Sheila les y a tout de même fortement aidés…  
 
Il y a aussi un papier sur les coiffures de Sheila à travers les âges avec le point de vue de coiffeurs. Trop court, jeune homme ! On aurait aussi voulu les années 80 et suivantes…
 

Soyons réaliste, on ne s’est jamais vraiment bousculé pour faire un disque hommage à Sheila, pour reprendre et valoriser ses tubes vendus à des centaines de milliers d’exemplaires à leur sortie en 45 tours. Alister a pourtant réussi à aligner un Top 10. Il a même entendu du Véronique Sanson dans Le couple. Un problème d’acouphènes, peut-être ? ;-)
 
Bravo à Laurent Chalumeau pour avoir su mettre le doigt sur le non-sens de la fameuse rumeur concernant Sheila. Si le torchon initial (paru en 1964) soutenait qu’elle risquait de devenir un homme (à cause des hormones qu’elle prenait pour se remettre de sa première tournée avortée), la France entière comprit qu’elle était née homme et avait opéré une transition pour devenir femme. Hallucinant. On a envie d’ajouter que si Sheila n’avait pas cessé d’en parler (dans ses livres, principalement), la rumeur se serait éteinte d’elle-même et elle n’aurait pas eu à demander un texte de chanson sur le sujet il y a quelques années…  
 
Enfin, il y a le dico, Le petit Sheila illustré, pour lequel j’ai commis quelques entrées. Et surtout, il y a aussi une vie après Sheila : un excellent article sur Bruno Cremer, un autre sur Pierre Boulle (dont je ne savais rien) et la rubrique Schnock chez soi qui m’a donné envie de réécouter l’album Mort ou vif de Patrick Juvet. Schnock, ça sert aussi à ça…
 
 
Le sommaire complet est ici. Bonne lecture ! 
 
Chronique dans Moustique Magazine (Belgique) du 5 mars 2025
 
 
PS. Avant ce numéro, j’avais participé au Schnock n° 47 (Grand dossier Véronique Sanson). Chronique en ligne ici

• DVD "Hasta luego !"

“Hasta luego !”
CD + DVD : 6 décembre 2024
double vynile : 20 décembre 2024
 
Filmer la dernière tournée en date, voilà une très bonne idée… mais où et à quel moment ? Le choix s’est un jour porté sur les concerts de mars 2023 au Dôme de Paris (vaste scène et écho aux Palais des Sports d’antan), et en particulier sur le dernier, celui du 24 mars. On invita quelques guests, on trouva un co-producteur, tout roulait : le DVD aurait dû sortir pour Noël (2023)… sauf que la belle Véronique continuait sur sa lancée : des festivals, des prolongations de la tournée… D’où dilemme : comment concilier la promo d’une tournée et celle d’une captation, donner envie d’aller voir un concert en vrai et un autre sur grand écran (parce que le deal comprenait une projection au cinéma) ? Il fut donc décidé – et ce malgré la demande – de mettre le film au chaud pour plus tard. 
 
Et comment en vouloir à toute l’équipe si, une fois le film tourné, d’autre idées fusèrent ? En l’absence de nouveaux titres (infatigable Arlésienne), le show était condamné à se bonifier : des petites idées par-ci par-là, un light show qui se perfectionne (les petites étoiles qui piquent le fond de scène, un halo qui descend sur le piano au final…) et Véronique qui teste de nouvelles idées : commencer le show dans le noir par Véronique, ou encore par On m’attend là-bas derrière un rideau kabuki… En fait, il aurait fallu la filmer à toutes les étapes de cette tournée…

Il n’en demeure pas moins que le film qui sort en DVD le 6 décembre n’est pas qu’un témoignage, c’est aussi une belle réussite : un son nickel, une image had hoc et aussi des titres qui ont disparu par la suite de la setlist comme Une nuit sur son épaule ou C’est long, c’est court et qu’on retrouve ici gravés.

Le 26 septembre 2024, le film fut projeté lors d’une séance unique dans plus de 280 cinémas et attira plus de 20 000 spectateurs (évidemment une paille si on compare aux 210 000 spectateurs pour le Nevermore de Mylène Farmer…). Véronique honora le Pathé Wepler de sa présence, annonçant qu’elle allait comme nous tous découvrir le film. Un peu de storytelling bien sûr, puisqu’elle avait assisté à la toute première projection de travail (le 11 juillet 2023 à Paris, boulevard Exelmans)…
 
 
La sortie du DVD fait remonter quelques petits souvenirs…
 
• Le 23 mars, veille de l’enregistrement, Dominique Bertram propose de répéter Signes quand Véronique l’arrête. Non seulement, elle n’a pas envie de la répéter, mais elle veut carrément la supprimer de la setlist ! Elle trouve qu’elle ne fonctionne pas, qu’elle n’est pas aboutie… Tentative de la sauver… En vain : c’est Véronique et bien elle seule qui a le dernier mot. Exit une chanson dont on ne trouve plus la trace que sur quelques vidéos amateur… Revenons tout de même sur son histoire : la musique provient de bandes retrouvées chez Michel Bernholc, arrangeur des deux premiers albums. Il s’agit d’un instrumental avec des lalala en guise de texte, abandonné par Véronique au moment de son départ aux États-Unis et jamais réécouté avant sa découverte récente. Il aurait pu figurer sur la réédition du 2e album, mais a précisément été écarté parce que Véronique comptait l’habiller avec des paroles et l’enregistrer. Est-ce la noirceur de son texte ? Est-ce un manque de cohérence entre ce texte et la musique ? Le titre a été maquetté en 2021 à Triel mais verra sans doute le jour sous une forme un peu différente. Sinon on devrait pouvoir faire entendre un jour la touchante version originale de 1972…
 

 
• Pendant ces mêmes balances, Natalie Dessay procède à une première répétition (avant le show du lendemain) et Véronique fait “coach de luxe”, comme dit Luc, président de Caramba, pour Titou en suggérant dans sa chanson une partie sans texte avec des lalala – partie qu’il choisira finalement de siffler sur scène. 
• Elle demande si on peut ralentir un peu C’est long, c’est court, explique que cette chanson groove mieux si elle est ralentie – et comme souvent, elle a raison. OK pour 1 bpm de moins : 87 au lieu de 88. Une précision qui laisse rêveur…
• Avant le show, c’est en bonne compagnie qu’on boira un peu de champagne : Franka Berger (et son mari), Bernard Cazeneuve (et sa femme), grand fan de Véronique. Après le show, on rejoint les loges en même temps que Didier Varrod, accompagné d’Alex Beaupain. Hélas ils ne pourront rester ni l’un ni l’autre trop longtemps. Jean-François Coppé non plus. Il y a pourtant du beau monde : Marie-Claude Pietragalla, Michèle Laroque et les vieux potes de Véro (Franck Bardou, Christian David). Kanou est là également, c’est lors de ces 3 soirs qu’on la verra pour la dernière fois…

 
• Le jour de l’enregistrement, il y a du monde aux balances. Des techniciens installent un rail de travelling le long de la scène, pendant qu’une caméra se promène au bout d’une grue. Répétitions de Vole, vole, vole et Annecy, avant l’arrivée de Zaz qui annonce qu’elle est “chaude, on peut y aller direct”. Elles font leur duo 2-3 fois – Véronique lui demandera juste de ne pas rester à la même place pendant la chanson, de se balader. 
 
 
• Place à Natalie Dessay, déjà dans le costume qu’elle portera sur scène. La question est de savoir à quel moment elle sera annoncée. Véronique essaie de le faire sur l’intro. S’adressant à Titou : “J’arrive pas à parler quand je joue, tu sais le faire toi ?” Il confirme que lui non plus, ajoutant que l’intro est bien assez difficile comme ça, alors si en plus il faut parler dessus… Toujours aux aguets, Véronique reprend Natalie Dessay sur le début : “Il n’est jamais bien rasé, ça sonne mal. Il faut dire Il est jamais bien rasé.”
• Dernier invité : Vianney, toujours hyper à l’aise. Premier essai debout autour du piano, de dos par rapport à la salle, puis 2-3 autres en place. Surprise : Hasta luego fonctionne vachement bien en duo ! Pour mémoire, il s’agit d’un titre qu’ils ont co-écrit (sur une musique de Vianney) et que Véronique a maquetté en studio en avril 2021 (avec deux autres titres signés Vianney) sans qu’aucune suite ne soit envisagée…
 

 Pendant le show, après son duo, Vianney rejoint sa place aux rang des invités. Dans la salle, il y a également Bernard Swell (et Mino) et Robert Charlebois (qu’on aperçoit dans le film et que Véronique ira voir au Grand Rex une semaine plus tard). 
• Après le show, au bar, l’arrivée de Véronique est saluée d’un Bahia repris en chœur par tout le monde, tandis que Thomas Sotto et Marie K (Columbia) lui remettent deux disques de platine (pour DDD et Duos volatils). On lui présente ensuite Alex Montembault (qu’elle a trouvée formidable dans Starmania).

 
Enfin, et pour le détail, le petit mot manuscrit dans le livret a été écrit à Triel vers 1 heure du mat’ le soir où on a dévoré et posté un gâteau en forme de piano blanc sur Instagram, le 29 octobre.
 

• le Maudit 1974-2024

“Le Maudit”
Véronique Sanson
Réédition 50e anniversaire
1er novembre 2024
 
Ah “Le Maudit”… 3e album studio de Véronique, il fête ses 50 ans ce 26 septembre et Warner Music, maison de disques historique de Véronique, proposera le 1er novembre une nécessaire réédition aux formats double vinyle et CD + Blu-ray, pré-commandable ici-même.
 

 
Premier album de ses “années américaines”, écrit, composé, enregistré et produit aux États-Unis par elle-même, “Le Maudit” est celui qui marque un tournant essentiel dans son inspiration (en ces temps sans portables, les paroles sont autant de messages personnels) mais c’est aussi et surtout un album qui recèle une incroyable richesse mélodique : on y embarque sur des sonorités latines (Alia Soûza), suivies de bons coups de blues (Christopher, Un peu plus de noir…), on a les doigts qui pianotent tout seuls (Cent fois) ou miment les Strat’ (On m’attend là-bas) – le tout toujours au cœur des tourments de Véronique. Une belle diversité qui n’empêche pas un sentiment d’unité à l’oreille, sans doute grâce aux f***ing good musicians qui l’entourent, “prêtés” pour l’occasion par son “vieux mari” Stephen Stills.


On en parle avec d’autant plus de trémolos dans la voix qu’on a eu droit à une expérience Dolby Atmos de toute beauté.
La première fois c’était en décembre 2021, dans le salon-studio construit au sein du QG de Warner Music à Paris. Ce jour-là il était question pour Véronique de donner son avis sur les options prises par l’ingénieur du son, Hubert Salou. Si elle était un peu déçue, c’est uniquement parce qu’elle pensait écouter l’intégralité du disque alors que seuls deux titres lui étaient proposés : Christopher – l’occasion de (re)découvrir les cordes et ce côté presque symphonique du titre – et On m’attend là-bas et ces guitares qui se répondent d’est en ouest. Pour le reste, elle était satisfaite : les options choisies étaient les bonnes.

Selfie by Chris.
 
Hubert Salou, Chris, Véro, David et Fabien de chez Warner Music et Vio.

La seconde fois, c’était le 18 juillet de cette année pour une écoute complète au studio Kashmir, celui de l’ingé-son. Le point stratégique (ou sweet spot) pour une écoute optimale se trouve à peu près au centre de la pièce et, étant arrivé un peu en avance, j’ai pu modestement m’y asseoir pour commencer l’écoute. Grande émotion, parfaitement inattendue de la part d’un album que je pensais connaître archi par cœur. Violaine n'a pas tardé et je lui ai bien sûr cédé la place, avant l’arrivée de Véro accompagnée de Christopher, un poil en retard pour cause de coinçage sur le périph. On a repris l’écoute du début et, sans sombrer dans trop de sentimentalisme, je me disais tranquillement que regarder Christopher, même de dos, écouter attentivement la chanson écrite sur lui par sa mère il y a 50 ans, était une expérience plutôt émouvante…

 
Véronique était très concentrée mais, pour elle, une chanson (comme on le dit d’une langue) est vivante et il lui manquait à l’oreille les arrangements qu’elle a pu écrire depuis pour la scène. L’ingé-son expliquera le challenge, véritable numéro d’équilibriste : respecter l’enregistrement original tout en utilisant les moyens modernes de le faire sonner le mieux possible. Évidemment, peu de monde est équipé avec ce dispositif mais on nous a assuré qu’on le retrouvait tel quel dans les Airpods…

Dessin retrouvé chez Véronique

Attardons-nous un moment sur les bonus de cette réédition :
• Un nouveau remix d’On m’attend là-bas, disponible sur les plateformes dès le 25 octobre. Signé Fred Falke, on le trouve sous deux formats : club et edit.
• Un document inédit qui vaut le détour : la version originale d’On m’attend là-bas, ce fameux Patois noté partout sur les cahiers de Véronique ! Retrouvé sur une bande simplement annotée Concert Véro Québec Canada (Patois, L’irréparable…), il s’agit d’un titre que Véronique introduit ainsi sur scène, le 16 avril 1973 : “Écoutez je vais vous jouer une chanson à la guitare que j’ai faite avec mes amis musiciens et jouée hier soir à Québec… C’est la seule fois alors… mais c’est une bonne chanson vous allez voir… C’est en patois français : si vous ne comprenez pas les paroles, ça fait rien parce que c’est en patois. Le patois, c’est très bizarre, c’est normand… C’est en patois normand… Bizarre !” Lorsque, il y a quelques années, on lui a fait écouter pour la première fois, elle s’est bien marré : “Quelle escroque… !”
• Au rayon inédits (au pluriel), on trouve aussi 6 séances de travail en studio, courtes démos instrumentales enregistrées en juillet 1973 et conservées sur une bande non annotée. Elles concernent 3 titres au total : On m’attend là-bas, Ma musique s’en va (tentation bossa) et Un peu plus de noir
• Enfin, pour faire bonne mesure, ont été ajoutées la version alternative de Cent fois et celle d’Un peu plus de noir, ainsi que la magnifique version italienne du Maudit (1978) dont on peut lire les paroles ici.
Bref, du lourd.
Ah et bien sûr l’album a été remasterisé et la version Dolby Atmos figure sur un DVD Blu-ray inclus dans le digipack (tant de mots qui n’existaient pas en 1974…).
 
 
© Jean-Marie Périer, été 1972
 
Un mot sur la pochette : étant donné son côté iconique, il a été décidé – avec l’accord de Véronique – de garder les photos originales et ne changer que la couleur (bleu, au lieu de blanc). On ne saura sans doute jamais pourquoi ce sont deux photos de 1972 qui ont été choisies (front et back, comme on dit en français). On peut légitimement penser qu’en 1974, Véronique ayant peu séjourné en France (naissance de Christopher, enregistrement de l’album, sur les routes en tournée avec Stills et ses acolytes, puis préparation du Musicorama à l’Olympia), WEA n’a pas trouvé le temps d’organiser une séance photo. On peut aussi imaginer que la photo du front correspondait vraiment bien au sentiment de culpabilité traversant les chansons de l’album et présentait surtout une troublante similitude avec celle du back de l’album de Michel Berger, paru l’année précédente, l’explicite “Cœur brisé”.  
 
© Jean-Michel Hérin
 
On ne peut décemment pas terminer un papier sur “Le Maudit” sans rappeler la remarque d’un spectateur après un concert (à Lille, d’après le souvenir de Véronique) : “Qu’est-ce que vous voulez dire quand vous chantez Mais le facteur écrase la taupe dans Le Maudit ?”. Authentique.
 
Et laissons le dernier mot à Michel Berger (le 6 octobre 1990, dans l’émission télé Étoile Palace) : “Mon métier – si on peut appeler ça un métier – c'est d’écrire des chansons et je voudrais dire que Le Maudit c’est une des plus belles chansons qui ont jamais été écrites et voilà... je voulais juste le dire.” Insurpassable.
 
PS1. En complément de cet article, on a signé avec Yann un texte le plus complet possible sur l’album qui a été intégré dans la version CD et vinyle de cette rééditon.
 
PS2. Véronique et Chris ont donné ensemble début août à Ibiza une interview à Yves Bigot, parue dans Rolling Stone de décembre 2024. 
 

 

• Grand Rex, 2024

 

Véronique Sanson,
Le Grand Rex, Paris,
22-23-24 avril
et 3 et 4 juin 2024

“Bonsoir ! Je suis contente de vous voir, de vous revoir. J’espère qu’on va vraiment partager de la musique, des émotions, n’importe quelle émotion… comme la colère, la joie – c’est pas ce que je fais de mieux, mais bon… –, la violence – là, je suis pas mauvaise –, et juste qu’on chante ensemble, qu’on partage et qu’on ne soit plus qu’un ». Ce sont les mots de Véronique pour ouvrir ce 5e Grand Rex 2024, des mots sincères et surtout fédérateurs alors qu’au dehors, dans le même temps, règnent la division, la violence banalisée, la dangereuse extension des conflits mondiaux, la prolifération sournoise des fausses informations et autres “déliciosités”… Mine de rien, entendre ces mots-là, même juste le temps d’un concert, rassure sur l’état de l’humanité.

La “reine” (variante british : la “Queen”), la “patronne” (variante british : la “Boss”), la “taulière”, une “légende” : les superlatifs fleurissent sur les réseaux. Le fait est que, sans avoir jamais posé à l’icône et tout en continuant à se comporter sur scène à peu près comme dans son salon, Véronique a gagné un indéniable et respectable statut. Pour certain(e)s, elle est l’image même de la femme libre, une pionnière ; pour d’autres, la survivante d’une époque forcément “mieux avant”. Pour d’autres enfin, elle reste une musicienne de génie à la signature vocale reconnaissable entre toutes.

Ces deux salves de concerts ont été très différentes l’une de l’autre, entrecoupées par une période de repos forcé suite à une broncho-pneumonie diagnostiquée juste après son anniversaire. Au final, sa capacité de récupération – saluée par ses médecins – est telle que les shows de juin ont été encore meilleurs que ceux d’avril…

Grand Rex, 3 juin © LC


En première partie de ces 5 shows, Chris Stills. J’ai déjà eu l’occasion d’écrire un peu partout le bien que je pense de ses chansons, de sa voix, de sa présence scénique mais son show à-lui-tout-seul du 29 avril au Café de la Danse a mis en lumière le fait que les salles plus intimes lui correspondent peut-être davantage. Il y est par définition plus proche du public, et s’y montre plus volontiers enclin à expliquer des paroles de chansons auxquelles il faut bien avouer que nous manquent souvent les sous-titres. Les ayant maintenant entendues plusieurs fois sur scène, je me suis parfois surpris à les fredonner sans l’avoir vraiment cherché. Bref, vivement la sortie de “Hail the Road”, son prochain album.

Quant à Véronique, il y en a au moins deux bien distinctes : celle qui se rend sur les plateaux télé en trainant un peu les pieds (parce que c’est loin, parce qu’il faut y aller à des horaires peu chrétiens, parce qu’il faudra y chanter face à l’objectif d’une caméra ou bien un public sans âme en permanence stimulé par un chauffeur de salle) et puis celle qui est sur scène comme un poisson dans l’eau. Les chiffres penchent malheureusement en faveur des prestations télé : en millions de spectateurs pour la promo contre des milliers pour un show. Dommage pour celle qui est incontestablement une “meilleure elle-même” sur scène – surtout si on songe que c’est sans doute l’inverse pour bon nombre d’artistes…

Balances Grand Rex, 23 avril © LC

Mais revenons aux Grand Rex, à ces shows qu’on a vécus debout au plus près de la scène (après Besoin de personne quand même) avec Yann (Morvan) et Baptiste (Vignol), “comme quand on était petits”… 

Magnifiques balances à chaque fois d’abord, avec la répétition parmi les piano-voix le premier jour d’une chanson que Véronique envisageait d’ajouter à la setlist… avant de se demander si c’était finalement une bonne idée. À suivre…   

Le soir de l’anniversaire, il y a d’abord eu le stress de la Team Florence Dubray pour déposer des flyers AnniVéro sur chaque siège dans le peu de temps imparti avant le concert. Ouf, juste à temps ! Puis un débat à l’arrivée de Véronique sur scène : une partie de la salle chantait Happy Birthday tandis que l’autre entonnait la version française ! Pour ceux qui ont de la feuille, Frédéric Gaillardet a d’ailleurs subtilement glissé l’air de Happy Birthday dans son pont solo sur Les délices d'Hollywood – lui qui accompagne déjà spontanément au piano le “Eyango Eyango” dans la présentation des musiciens. Véronique s’est ensuite saisie des ballons en forme de 7 et de 5, et a vainement tenté de les faire tenir contre le piano – on a d’ailleurs vu passer des photos d'elle de dos regardant les 75 par terre. Très parlant… Il y a bien sûr également eu le sketch de la petite fille qui s’est retrouvée sur scène archi intimidée avec son dessin (cf. la double page parue dans Gala juste après). 

Grand Rex, 24 avril © LC

Après le show, au pince-fesses organisé au premier étage, entourée de Violaine, de Christopher et ses deux (jolies) filles, Véronique a soufflé la totalité des bougies d’un magnifique gâteau. Des photos d’agence ont été prises et validées mais on ne les a pas encore vu passer…

Au cours des shows d’avril, on a pu croiser (par ordre alphabétique) : Emmanuelle Béart, Franka Berger, Alain Chamfort, Sébastien Chenu, Camille Cottin, Gérard Davoust, Stéphane de Groodt, Eddy de Pretto, Guillaume de Tonquedec, Jacqueline Franjou, Guillaume Galienne, Melody Gardot, François-Éric Gendron, François Hollande et Julie Gayet, Éric Jean-Jean, Marc Lavoine et sa fille, Maxime Leforestier, Bastien Lucas, Daniela Lumbroso, Elisabeth Moreno, Nagui et Mélanie Page, Renaud, Julie Rousseau, Thomas Sotto, Bernard Swell, Philippe Vandel, Didier Varrod… Et Vincent Baguian, François Bernheim, Laurent Boyer, Nicole Calfan, Jean-François Copé, Doriand, Lionel Florence, Julie Gayet, François-Éric Gendron, François Jouffa, Valérie Lemercier, Sandrine Sarroche, Augustin Trapenard et Bernard Werber au cours de ceux de juin.

Sinon, en vrac, on a vu Cyril Moreau (Bestimage) avouer à Tony Frank qu’il avait une de ses photos encadrées chez lui – on a donc modestement immortalisé les deux grands photographes ; on a noté la présentation plus resserrée des musiciens (avec fou rire le dernier soir sur l’anagramme spontané “Jeunot Rensane”), on a apprécié chaque différence, même minime, dans l’interprétation de Véronique : dire que chaque show est différent du précédent sonne peut-être comme un lieu commun, sauf que c’est bel et bien vrai… On a été surpris qu’elle pense avoir “une tête de folle” si tôt dans le timing de l’avant-dernier concert (avant Rien que de l’eau au lieu d’après) ; et enfin on a été hélas rattrapé par le monde du dehors en voyant un type vendre 3 € des affiches non homologuées (Véronique d’un côté, un autre artiste de l’autre – plutôt malin…) sur le boulevard en sortant…

Désintox

D É S I N T O X
  
[article publié en mai 2020, régulièrement mis à jour]
 
« Le réel n’existe plus avec Internet. Ce n’est pas la vérité qui importe, c’est la viralité. Elle remplace la vérité, elle rime avec elle. Le plus important ce n’est pas que l’on dise vrai, mais qu’on dise et que ce soit répété. » (Kamel Daoud dans Boomerang le 1er octobre 2020).
 
Check News, Désintox, Stop Intox… On voit fleurir partout sur Internet de nécessaires remparts aux fake news, dont certaines peuvent nuire gravement au respect de la vérité, à l’intégrité de personnes publiques
Il ne sera évidemment question ici que de celles concernant Véronique Sanson, dans sa jolie vérité sur la photo de gauche, intoxiquée de barbouillages sur celle de droite – en l’occurrence par un petit Titou farceur ;-). 
Des détails, parfois. Des trucs plus embêtants aussi, surtout quand ils sont relayés par des sites qui ont pignon sur écran, comme la première intox, trouvée sur le site de la RTS ici comme dans Ici-Paris en juin 2020.


“Michel Berger a écrit pour Véronique Sanson.”
 FAUX  Archi-faux et quand même archi-facile à vérifier… Et pourtant ce genre de fake news n’est pas prêt de s'arrêter, reprise en boucle lors du 30e anniversaire de la mort de Michel (par exemple dans le JT de France2) jusqu’à une énième biographie de Françoise Hardy (par Christian Eudeline en 2022)… 
On sait que Michel Berger écrivait/composait pour d’autres – et principalement pour des femmes : Patricia, Cécile Valéry, Isabelle de Funès, Vanina Michel, Françoise Hardy et bien sûr France Gall – mais Véronique écrit et compose (à de rares exceptions près) ses propres chansons. C’était d’ailleurs le sel de leur relation, entre émulation et compétition : ils étaient très prolifiques, se donnaient des challenges “Demain, j’aurai écrit deux chansons” / “Moi trois !”. Ce que Jean Brousse (ami d’enfance de Michel) résume d’un “Entre eux, c’était un peu la course à l’échalote” ! 
Bien sûr on peut dire qu’il a écrit pour elle dans le sens “en pensant à elle”, mais c’est un tout autre débat…  Lire à ce sujet son interview dans Elle n° 1868 du 26 octobre 1981 dans laquelle il dit s’être “adressé à Véronique Sanson dans ses chansons d’amour” et l’analyse de leur correspondance en chansons par Yann Morvan sur ce lien.
 

“Véronique Sanson a quitté Michel Berger sur un coup de tête.”
 FAUX  On lit et on entend cela très fréquemment, avec une variante : elle est partie du jour au lendemain (voir photo). Sans vouloir refaire le chemin à l’envers entre la rencontre avec Stephen Stills (mars 72) et le départ pour le rejoindre (février 73), on ne peut pas vraiment parler de “coup de tête” : le départ, certes précipité et non annoncé, est arrivé presque un an après le coup de foudre. Entre les deux, Véronique a été “assiégée” par le guitariste américain. Les portables n’existaient pas mais il y avait des intermédiaires. Il y a même eu un faux départ, qui fait l’objet du paragraphe suivant.


“Véronique Sanson a quitté Michel Berger en 1972 alors qu’il l’attendait en studio. Il a terminé seul son album.”
 FAUX  et  VRAI  Cette histoire continue à être difficile à démêler (y compris dans ce nouveau portrait de Michel sur RTL). Il faut dire qu’aucun journaliste ne s’y est intéressé au moment des faits : Michel Berger n’était pas encore très connu – hormis pour ses 45 tours dans les années 1960 – et le départ de Véronique n’a été évoqué brièvement dans la presse qu’après coup, au moment de son mariage (et une seule fois à ma connaissance, dans Salut les copains). Une chose est vraie : si Michel a terminé seul De l’autre côté de mon rêve, c’est bien parce que Véronique n’est pas venue à un rendez-vous en studio et a disparu les jours suivants. Mais il ne s’agit pas du fameux départ pour New York. C’est Élodie Mialet, réalisatrice de Un jour, un destin, qui a rassemblé le puzzle (hélas, nous ne l’avons pas crue sur le coup et la version de son film est donc inexacte, tout comme celle du livre Les années américaines). Attendue en studio, Véronique a fugué quelques jours à Londres avec Stephen Stills, avant de revenir auprès de Michel. Ils ont même assisté ensemble 2 mois plus tard au mariage de Violaine, sœur de Véronique. Ce retour et la double vie de Véronique durant cette courte période inspireront d’ailleurs à ce dernier une superbe chanson, Le secret
Le faux départ dont il était question dans le paragraphe précédent est, lui, relaté dans le livre Les années américaines : début octobre 72, Stephen Stills et son manager espèrent repartir de Paris avec Véronique. Mais elle n’est pas prête (on ne peut donc encore une fois pas parler de “coup de tête”) et se rendra à l’aéroport sans son passeport, feignant l’étourderie et les les laissant repartir seuls, furieux. À ce sujet lire mon article publié dans Schnock n° 47 (été 2023) :
 
 

“Avec Michel, on ne s’est jamais revus.”
 FAUX  Là c’est embêtant pour un biographe parce que c’est l’artiste elle-même qui parle et que ce n’est pas vrai. Y a des preuves ! Il y a cet épisode qu’elle a souvent raconté quand elle a présenté son fils à Michel dans les bureaux de leur maison de disque commune (fin des années 1980, rencontre tout à fait fortuite), celui d’un coup de fil de Michel de passage à Los Angeles (au moment précis où elle voyait passer un rat dans sa bibliothèque) et qui a débouché sur une rencontre. Il y a l’enregistrement de la chanson pour sauver l’Éthiopie en 1985, une télé pour les Restos du Cœur début 1990, une autre où ils sont assis sur le même canapé toujours en 1990 (Étoile Palace de Frédéric Mitterrand). Il y a la représentation de Starmania (époque Maurane et Peter Lorne) à laquelle Véronique a assisté avec Christopher, et après laquelle ils sont passés en coulisses et ont salué Michel. Et il y a bien sûr aussi l’enregistrement de la seconde version de la chanson Allah… Si Véronique répond souvent qu’ils ne se sont jamais revus, c’est avant tout pour avoir la paix, pour que la question suivante ne vienne pas fouiller davantage dans des souvenirs qui ne devraient regarder qu’eux.


Seras-tu là a été écrit pour France Gall.”
 VRAISEMBLABLEMENT FAUX  Une chanson n’est pas une lettre et personne ne possède une explication (véri)fiable des textes de Michel Berger, ni la date exacte de la composition de Seras-tu là. Une phrase comme “Pour nos souvenirs et nos amours / Inoubliables inconsolables” peut – si on considère l’option selon laquelle la chanson est adressée à France Gall – faire référence à leurs histoires d’amour passées à l’un et à l’autre (Michel évoquant Véronique en ce qui le concerne, et Julien Clerc en ce qui concerne France). Mais le couplet “Pour nos soupirs sur le passé / Que l’on voulait / Que l’on rêvait” penche plutôt pour une chanson adressée à Véronique : il n’a en effet pas encore de “passé”, ni de “rêves” avec France sur lequel “soupirer”. Ces mots correspondent davantage au regret d’une longue histoire d’amour plutôt qu’à l’évocation d’une relation débutante.
 
De plus, soyons réaliste : si Véronique Sanson s’était réellement fourvoyée en répondant (par son Je serai là en 1976) à une chanson qui ne lui était adressée, Michel Berger n’aurait-il pas réagi – en privé lorsqu’ils se sont revus ou bien publiquement, même si ce n’était pas vraiment son style ?
 
Pour en finir avec les infox sur Michel Berger :

 
  
“Véronique Sanson a reçu l’extrême-onction lors de son AVC en 1965.”
 FAUX  D’abord ce n’était pas un AVC mais une méningite et puis si le Père Hébrard était à son chevet, ce n'était pas pour lui administrer les derniers sacrements mais simplement pour lui rendre visite en tant qu’ami de la famille – il avait marié ses parents vingt ans plus tôt. Là encore, c’est souvent Véronique qui a raconté cette anecdote, reprise dans toutes les biographies. Un peu de storytelling ne nuit pas ;-)


“Véronique Sanson fait partie des personnalités pro-corrida.”
 FAUX  Il faudrait aujourd’hui conjuguer cette affirmation à l’imparfait. En effet elle a assisté avec ses parents à des corridas dans les années 1950-60, temps reculés où on s’inquiétait peu de la souffrance animale et qui ont fait d’elle une aficionada jusqu’à la fin des années 1990…  Son nom apparaît toujours dans une liste dressée en 2011 et elle continue à recevoir quelques messages haineux via le site officiel ou la page Facebook officielle… Mais aujourd’hui elle est évidemment et farouchement CONTRE, signe et partage (les rares fois où elle va sur Twitter – comme ici en 2016) des pétitions qui ne laissent planer aucun doute sur son engagement réel pour la cause animale : il est grand temps d’actualiser cette information. 


“Les deux sœurs portent un prénom commençant par le V de la Victoire.”
 FAUX EN PARTIE  La vérité se trouve déjà dans la biographie de Françoise Arnould et Françoise Gerber parue en 1986 : Colette Sanson avait pensé appeler sa première fille Marie, mais son époux avait craqué pour l’héroïne de la pièce de Claudel, L’annonce faite à Marie, qui s’appelle Violaine… et comme c’est lui qui est allé la déclarer… Pour leur seconde fille, ils étaient d’accord pour rester dans les V (qui rappelait effectivement la victoire de la Guerre) et le prénom Véronique rappelait à Colette “une très belle figure de la religion catholique”.


“Véronique Sanson porte encore la bague de fiançailles de Michel Berger.”
 FAUX  On trouve cette “information” page 59 d’une biographie approximative parue début 2020. Il y est aussi fait mention d’une cérémonie de fiançailles. En réalité il n’y a jamais eu de cérémonie de fiançailles. Après le départ de Véronique en 1973, sa mère a rendu la bague à Annette Haas, la mère de Michel… qui l’a rappelée peu après : la bague étant un cadeau, Michel ne voulait pas la récupérer. Comme l’a fort justement écrit Jean-François Brieu dans Doux dehors, fou dedans (2001), Véronique possède toujours cette bague et elle l’a seulement portée à quelques occasions sur scène. Nuance… 
 
 
“En 1978, Véronique Sanson a été la première femme à jouer au Palais des Sports de Paris.”
 FAUX  Nouveau mea culpa car c’est une information qui a été reproduite sans vérification dans Les années américaines. Il aurait fallu ajouter « européenne » :
Aretha Franklin l’avait devancée en 1977…
 

Allez, un scoop pour finir sur une note plus optimiste : 

“Véronique Sanson est synesthète.”
 VRAI !  Et personne ne le sait ! La synesthésie – merci Wikipedia – est un phénomène neurologique non pathologique par lequel deux ou plusieurs sens sont associés (de manière durable). Par exemple la synesthésie dite « graphèmes-couleurs » (qui représenterait 65 % des synesthésies) fait que les lettres de l'alphabet (ou des nombres) sont perçues colorées. C’est précisément celle qui touche Véronique depuis l’enfance : pour elle, une couleur est attachée à chaque lettre, à chaque chiffre. Toujours la même, mais dans des teintes qui peuvent être différentes. Le 7 est par exemple toujours vert, mais peut être vert tilleul, vert amande… Elle n’en a jamais parlé, pensait que tout le monde ressentait la même chose et a seulement récemment découvert le nom de cet état éminemment poétique…  (allo, Rimbaud ?)