• Lionel Florence | 2020



Lionel Florence
Jules
 
23 janvier 2020
  
Lionel Florence avait déjà été approché par le monde de l’édition mais il répondait généralement qu’il était plus à l’aise dans le format court d’un texte de chansons. Pourtant l’année dernière il s’est laissé convaincre, a osé envoyer quelques feuillets à une inconnue. Intuitif, le garçon… et intuitive, la dame… Encouragé (l’inconnue travaillait dans l’édition), il a passé quelques mois plongé dans un passé encore trop proche pour apporter ses réponses à la question qui figure en sous-titre du livre (Pourquoi se suicider quand on a 26 ans ?) et rendre publiquement justice au garçon qu’il aimait.

La lecture se fait d’un seul trait. Comptez un peu plus de deux heures – on dirait une recette de cuisine ;-) On passe alors par toutes sortes d’émotions : la surprise (devant l’ignominie d’une telle maltraitance envers un enfant), la révolte (devant tant d’injustice et d’impunité), le soulagement (quand le jeune héros semble enfin s’en sortir), l’espoir (quand se dessinent des jours meilleurs) même si on connaît l’issue… Mais ici pas de pathos, pas d’apitoiement sur le sort, pas d’appel à la haine… Il arrive même qu’on se marre, au détour d’une page.  

Le découpage du livre brille par son habileté, là où un récit chronologique des faits aurait fait sombrer le lecteur. On est tantôt dans le récit pur, tantôt avec le héros qui se parle à lui-même, mais aussi avec l’auteur qui dialogue avec lui au fur et à mesure qu’avance leur relation. Mais ce qui touche surtout, c’est le courage qu’il faut pour raconter un drame aussi intime avec autant d’honnêteté, et surtout sans complaisance.  

© Lionel Florence, Autoportrait, 2001

À ce stade, je dois préciser que je connais bien l’auteur, rencontré en 1994 par l’entremise d’un ami commun perdu de vue ensuite – un peu comme si son rôle dans nos destins avait consisté à accompagner notre coup de foudre amical. Je connais bien l’animal, sais qu’il est homme de surprises, mais j’avoue que je n’avais pas vu venir celle-ci… En effet, tout comme il n’avait pas prévenu à l’époque ses amis de la préparation du disque Entre sourires et larmes, il n’a pas pipé mot de la préparation de ce livre – hormis à son frère en écriture, Patrice Guirao, qui signe une superbe postface. Goût du secret ? Superstition ? Sans doute un peu des deux. Lionel aime surprendre. Avec ce livre, j’avoue qu’il m’a bluffé.

Ce n’est pas un grand lecteur. Après vérification, il avoue même n’avoir jamais entendu parler de Pour en finir avec Eddy Bellegueule auquel certains aspects de son livre auraient pu faire penser. On songe aussi très brièvement aux ouvrages où Roger Peyrefitte relatait sa relation avec Alain-Philippe Malagnac, le côté suranné en moins. Lire ces ouvrages ou d’autres l’aurait sans doute entravé. Persuadé que chacun possède en soi ce dont il a besoin au moment voulu, il préfère aller explorer ses mémoires antérieures, faire remonter dans la solitude les informations accumulées par des générations avant lui.

Puisse cet écrit venger l’enfance détruite de son amour disparu et l’aider à continuer à vivre sans lui.

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© Lionel Florence, 2001

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