Vendeurs de larmes | 2019


Vendeurs de larmes

Bien sûr je suis conscient que cet article ne va pas changer le cours de ces choses-là et bien sûr je sais qu’il est des combats plus urgents, plus nobles, mais, en passant chaque jour devant les kiosques parisiens, je ne peux m’empêcher de m’exclamer in petto : “Comment a-t-on pu en arriver là ?!”

Il y avait déjà les fameux “tabloïds” britanniques, disgusting presse de caniveau et je me souviens aussi avoir été carrément choqué en entendant parler en 2012 du National Enquirer (États-Unis) qui se demandait en couverture qui pourrait bien mourir après Donna Summer et Barry Gibb, photo de Liza Minnelli (entre autres) peu flatteuse à la clé… Mais, en France, on faisait encore figure de petits joueurs avec nos gentillets France-Dimanche, Ici-Paris et Voici.

Hélas, ils ont fait des petits ! Et le moins qu’on puisse dire est qu’ils ne sont pas beaux à voir avec leurs noms plus subtils les uns que les autres, souvent en typo blanche sur fond rouge dans une couverture saturée de mauvaises nouvelles : Journal de France, Journal France, France Actu, Actualité de France, France Mag, France Matin, Matin France, Paris Confidences, Histoire Vérité, Grace, Lady, Olé!, Ouah!, Oops, Oulala, Diva, Gloria, Flash sans oublier Gossip, Closer, Clever!, Vedettes, Nouveau Vedette, Célébrité Magazine, Secrets de stars, Public, Spécial People, People Story, Confidences Dimanche, Ici!, Enquêteur National, Reality, Succès(et il en manque sûrement)
Bon sang, mais qui achète tout ça ?! 
Et comment s’en sortent les kiosquiers ?

“Ils se marient !”, “Ils divorcent !” : ce bon vieux Voici des années 1990, c’était de la p’tite bière !

Leur accroche préférée en couverture parle de mort imminente : C’est la fin ! En ce moment, c’est le tour de Delon, de Belmondo, de Line Renaud, de Renaud tout court… Pour Véronique Sanson, ils sont un peu pris de court puisqu’elle a elle-même répondu à un (vrai) journaliste (= révélé un douloureux secret, s’est confiée, a déclaré – tel que ce doit être traduit dans cette presse vendeuse de larmes) : “Je suis prête à mourir”. Pas tombé devant les yeux d’un non-voyant ! Aussitôt imprimé, aussitôt récupéré et mis en accroche sur la couverture de l’une de ces parutions (on ne va tout de même pas lui faire de publicité) au-dessus de… “Belmondo, c’est la fin !”. Moche.

Un détail, en passant : dans ce type de parutions, on ne s’embarrasse pas de créditer les photos. On chercherait en vain le moindre nom de photographe… “C’est open bar”, comme dit si bien Tony Frank dont les photos, piquées sur son site, paraissent avec son logo tramé en plein milieu !
Le dernier papier en date concernant Véronique figure une photo que j’avais faite (c’est peut-être ce qui a déclenché mon envie d’écrire ici) et qui n’a rien à voir avec l’article en question (pas important). On ne va tout de même pas appeler un avocat pour ça évidemment, mais c’est franchement rageant : il est clair qu’on ne fait pas une photo pour qu’elle atterrisse dans ce genre de publication…   


Mais le nivellement vers le bas ne se limite bien sûr plus au papier : ces “articles” sont maintenant lus par des voix-robots sur YouTube. D’aguicheurs raccourcis sont également préparés pour Twitter (mais disparaissent mystérieusement quelques semaines après leur parution…). On ne peut pas dire qu’ils fassent recette – sans doute parce que ce genre d’informations attire a priori une frange de la population qui twitte assez peu, n’utilisant son portable que pour appeler ses petits-enfants… L’un des comptes qui en poste s’appelle Pausefun – comment dire… On n’a pas la même notion du fun… 

Même si ce phénomène reste peu encore visible, il participe d’une banalisation du malheur des autres, et cet article n’a pas d’autre but que de le condamner. Recyclant les mêmes âneries nauséabondes d’un titre à l’autre, on souhaiterait juste que ces magazines soient légitimement imprimés sur papier recyclé !

Quincy Jones | 2019



26 juin 2019
Quincy Jones,
A Musical Celebration
Accorhotels Arena, Paris


Curieusement, on n’était pas certain d’avoir envie d’aller voir cette “célébration” de Quincy Jones. Pas très au fait de son répertoire, peur d’un QuincyLand trop américain… Et puis une invitation inopinée est tombée du ciel brûlant (39° dans la capitale ce jour-là, quand même). Au diable la canicule, en route… Laissons le bon temps rouler !

 © Christian Meilhan

Dans le hall, on croise Manu Dibango, Pascal Légitimus, la femme d’Henri Salvador… mais ni Mireille Mathieu, ni Nana Mouskouri, pourtant repérées par le journaliste du Parisien


On savait que Véronique serait celle qui clôturerait le concert, la cerise sur le gâteau, mais on ne savait pas grand chose du reste du show. La photo de l’affiche était un brin trompeuse puisqu’elle laissait à voir Quincy à la baguette, même si les trois lignes de texte juste en-dessous précisaient qu’il ne serait que le présentateur de la soirée. Effectivement, à peu près à l’heure dite, le producteur-musicien le plus récompensé de la planète s’est avancé lentement sur scène pour dire quelques mots en français avant d’aller s’asseoir confortablement dans un bon fauteuil sur le côté gauche de la scène, aux premières loges pour son hommage. Pas besoin d’avoir un diplôme en psychologie ni une intuition hors de ce monde pour comprendre que notre homme adorerait se lever et participer physiquement au show. Ses bras, ses yeux, tout le trahissait. Et cette gourmandise affichée sur son visage déjà très expressif, en gros plan sur les deux écrans, quand Shelea est venue l’embrasser après son premier titre… Un authentique coquin !

Le son dans la salle a beau être celui d’un CD, ce répertoire – pardon de le dire – n’est pas tout à fait my cup of tea. À part le magnifique Give me the night (George Benson), souvenir perso des dimanches après-midi du Palace en 1980, et les hits de Michael Jackson, j’avoue avoir dû tromper mon ennui en regardant mes congénères danser dans les allées. Ce qui a fait écrire à quelqu’un sur Twitter la méchante phrase suivante :


C’est évidemment très réducteur et surtout faux : l'annonce de la venue sur scène de musiciens pas forcément très connus du grand public (Marcus Miller, Richard Bona – pas des manchots ces deux-là) a été saluée comme il se doit, par des connaisseurs pas seulement sensibles aux covers de Jackson. À ce propos, il faut dire sa stupeur de voir les choristes relégués en fond de scène, derrière la harpe… Un choix très américain à ce que l’on croit comprendre : la voix étant considérée outre-Atlantique comme un instrument comme les autres… Stupeur numéro 2 : les faibles applaudissements pour saluer les performances du chanteur Jonah Nilsson, pourtant tout à fait honnêtes… 

À l’entracte, Titou, Migou, Kanou, Violainou et Isabellou viennent nous rejoindre. Violaine détient les précieux passes dorés qui nous permettront avec Franckou d’aller féliciter la prestigieuse invitée de la soirée (mine de rien l’unique française…). L’ex-Palais Omnisport n’est pas l’Olympia. Ici, il faut des passes pour tout : les noirs ne permettent que d’aller en coulisses, les dorés garantissent un accès aux loges artistes et il a même fallu un bracelet gris autour du poignet pour aller boire un verre au bar VIP avant le show… 

Pendant tout le temps du concert, Véronique ne peut que deviner ce qui se joue sur scène : l’écran géant de sa grande loge du 3e étage ne diffuse que l’image ! (On épargnera à l’éventuel lecteur les jeux de mots avec son nom de famille…) Ça ne l’empêche pas de stresser sévère (« Tu me verras trembler des cheveux et des doigts de pieds ! » avait-elle promis). L’annonce de l’invitation par Q., d’abord perçue comme une surprise plutôt flatteuse, a vite pris des allures de grand défi quand le titre proposé est arrivé – Let the Good Times Roll n’étant pas tout à fait dans le style de son répertoire. Qu’à cela ne tienne… un défi de plus, un !


Son entrée sur scène a pourtant généré quelques cafouillages, Mr Q. oubliant de la présenter juste après avoir incité “tout le monde ici présent ce soir à laisser les bons temps rouler”. Une remarque du chef d’orchestre à son oreille et le voilà qui se rattrape et prononce le nom de Véronique en oubliant cette fois les autres artistes se joignant à elle pour le final, Shelea, Richard Bona et Ibrahim Maalouf. Oups… Tout a ensuite heureusement parfaitement roulé et on ne l'a pas vue trembler d’un cheveu mais sourire généreusement, comme à son habitude.

Sitôt les lumières rallumées, après avoir vu la salle se lever comme un seul homme et applaudir à tout rompre un Quincy Jones visiblement ému, il a fallu lever le camp fissa – une armée d’engins déboulant rapidement pour vider l’orchestre, transporter l’intégralité des chaises. On parvient à sa faufiler et partir à la recherche de la loge 32, dont la porte est pile en face de la sortie d’un ascenseur  – encore faut-il trouver ledit ascenseur. On y retrouve la famille de sang comme de cœur, dont “El Toto” (Tony Frank), pas croisé depuis un bail. Véronique est dans la pièce attenante, transformée en fumoir (chut…). Sensation de ce soir, le danseur Salif Gueye vient de lui présenter ses parents. On lui propose une petite photo avec la dame. Ses locks sombres tombent sur la blondeur de Véronique et resteront même coincés dans ses cheveux après la pose ! Il termine par un petit selfie (pas trouvé en ligne) et le voilà déjà reparti !

© LC

Il est minuit et demi. Véronique souhaite dire au revoir à Q. On risque un “Tu veux qu’on viendre avec toi faire une photo ?”, invitation qu’elle décline d’un sourire avant de se rendre dans la loge du patriarche, bientôt suivie de Titou et Migou, qui seront pris en photo avec lui par Christian. 

On se quitte un peu plus tard sur le trottoir, devant un (ex-)Bercy désert. Quincy Jones est passé à Paris ce soir, il fait un peu moins chaud maintenant…

Tout les détails du show dans le très bon papier d'Éric Bureau pour Le Parisien, et dans un autre du Figaro





Illustration © Marie Lavis


Cadeau bonus, la partition donnée à Véronique :


Reportage répétitions BFMTV (sans Véronique)

Vue de la scène (Instagram)

Let the Good Times Roll – extrait (Instagram)
Let the Good Times Roll – extrait (Instagram)
Let the Good Times Roll – écran filmé par Franckou (Facebook)
Let the Good Times Roll – entier (YouTube)
Let the Good Times Roll – entier (YouTube)
Let the Good Times Roll – entier par Alexandre Watel (Facebook)
Saluts (Instagram)
Sortie de scène (Instagram)

Extraits de plusieurs titres (Instagram) 
Intro Billy Jean (Instagram)

 Répétitions le 26 juin © Isabelle Chicot

Madame Arthur | 2019

20, 21 et 22 juin 2019
Madame Arthur fait palpiter Véronique Sanson
Paris

 

Vidéos du 22 juin  :

Charly Voodo, Corrine, Lola Dragoness et Tony Blanquette :
1 | Féminin

Lola Dragonesse (Tony Blanquette au piano) :
2 | Ma révérence

Tony Blanquette (Charly Voodo au piano) : 
3 | Besoin de personne

Corrine (Tony Blanquette au piano) :
4 | Bahia 

Charly Voodo, Corrine et Lola Dragoness (Tony Blanquette au piano) :
5 | Le paradis blanc

Lola Dragoness (Tony Blanquette au piano) :
6 | Toute une vie sans te voir

Tony Blanquette :
7 | Rien que de l’eau

Corrine (Tony Blanquette au piano) :
8 | Amoureuse (extrait)

Charly Voodo et Lola Dragoness (Tony Blanquette au piano) :
9 | Seras-tu là / Je serai là (extrait)

Charly Voodo et Tony Blanquette :
10 | Une nuit sur ton épaule

Charly Voodo (Tony Blanquette aux chœurs) : 
11 | Vancouver

Corrine (Tony Blanquette au piano) :
12 | Drole de vie / final




Véronique Sanson | Tours | 2019

3 avril 2019
Dignes, Dingues, Donc…
sur scène à Tours

“J’ai l’impression que cela fait dix ans que je n’ai pas fait de scène.”, “Je ne sais plus ce qu’on fait sur scène, plus rien.” Ces derniers temps, Véronique multipliait en interview ce type de petites phrases, d’une honnêteté renversante mais qui pouvaient semer le doute dans une promo pourtant bien organisée… Homme de peu de foi ! Comme si, depuis le temps, on n’avait toujours pas compris qu’en langage sansonnien, ça voulait dire « Vous allez voir ce que vous allez voir ! » :-)

Les excellentes nouvelles des répétitions (« Ça s’est sublimement bien passé, j’étais verte ! ») sonnent encore en tête alors qu’on descend du TGV en gare de Tours, dans le même train que les médias (presse, radios et une télé) et les attachées de presse. Et pourtant on est encore à mille lieues d’imaginer la merveille de show qui nous attend… Au bout de la soirée, c’est bien simple, on sera à court de superlatifs et on brûlera de lui dire combien on est fier de travailler pour elle…

© Odile Brunet

Dans cette salle tout en longueur, on engage la conversation avec le voisin assis à droite. Chic, il s’agit du journaliste de Libération ! Une petite trentaine d’années… et il n’a encore jamais vu Véronique sur scène. Quelle chance, c’est un sacré baptême du feu qui l’attend. [son interview paraîtra la semaine du Dôme de Paris.]

“Véro ! Véro !” La salle est chaude, ouf ! Le noir se fait pendant que les musiciens s’installent. L’intro de DDD est un peu rallongée, un technicien court poser un micro sur le piano : suspens jusqu’au bout… Et puis la voilà ! Nouvelle veste queue de pie à dos lamé, même sourire irrésistible. Il lui a bien été proposé de raccourcir le show… mais c’était mal connaître l’animal. Sa réponse a fusé, directe : “No way!”. Faire quelque chose à l’économie n’est pas le genre de la maison. Question d’éducation, de tempérament aussi. Son truc, c’est surprendre. Encore et toujours. Je serais même prêt à parier que si un jour elle doit quitter cette Terre (…), ça arrivera au moment où on s’y attendra le moins…

Nous voici donc embarqués pour 2 h 1/2 de show non stop. Autant dire que les 2 000 personnes ici présentes vont en avoir pour leurs deniers. C’est eux qui seront fatigués à la fin, pas elle ! La seule concession à ce qui lui est arrivé l’année dernière, ce sont ces petites bouteilles d’eau à côté du piano : “Je vous préviens, vous allez me voir boire beaucoup d’eau. Rien que de l’eau…”. Une tournée qui pourrait être sponsorisée par Fiji, “une eau qui a le vrai goût de l’eau”, dixit la dame. On retrouvera d’ailleurs une des étiquettes, très jolie, collée sur la veste de Violaine, comme un accès coulisse !

© Odile Brunet

Elle a beau dire entre deux chansons qu’elle est une “mauvaise parleuse”, la salle est carrément sous le charme. On lui dira plus tard les applaudissements au début de certaines chansons, les rires à ses saillies drôlatiques, et autres commentaires : ses Ears l’empêchent souvent d’entendre correctement le son salle. Juste avant Monsieur Dupont, elle improvise quelques mots pour saluer la mémoire de Steve Madaio et saluer le nouveau venu qu’elle a tout de suite adopté, Renaud Gensane, nouveau trompettiste du band. Beaucoup de style. Comme elle le dira plus tard pendant la présentation d’un autre musicien, “il est formidable. De toute façon, ils le sont tous, sinon je ne les aurais pas pris” :-)


© Florence Dubray

Ce qui se dégage de ce premier show 2019 peut se résumer avec un mot qu’on n’associe peut-être pas spontanément à Véronique : maturité. On le risquera d’ailleurs en loge vers minuit (il faut vivre dangereusement), rien que pour entendre sa réaction : “Il serait temps !”. Il s’impose pourtant au fur et à mesure du concert, de façon toujours subtile. C’est une petite nouveauté ici (dans Amoureuse par exemple, qu’on a pourtant entendu 30 000 fois), une légère retenue là. Une mélodie qui prend un nouveau chemin de traverse ici, une harmonie jusqu’ici inédite. Bien sûr elle l’a toujours fait mais ce soir on dirait qu’elle le savoure un peu plus, enhardie par une nouvelle assurance vocale qui lui donne des ailes et le bonheur de faire à peu près ce qu’elle veut. Elle ne force rien, tout semble venir à elle. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas quelques petits “pains” ici ou là. Heureusement d’ailleurs, sinon on s’ennuierait :-) 

Il faut dire qu’au rang des invités, on ne distingue peut-être pas toutes ses mimiques mais on a un son assez proche de celui d’un CD : on entend distinctement chaque instrument et la voix par dessus, dans un mix parfait. Cette “maturité” (toujours teintée de dinguerie, qu’on se rassure), elle la doit peut-être à ce qui lui est arrivé. Un peu comme cette méningite à 16 ans qui lui avait donné envie de faire quelque chose de sa vie, ces quelques mois d’immobilisation forcée ont été le théâtre d’une intériorité accrue. Avant de monter, on doit toujours descendre un peu : la pente n’est jamais douce. Véronique est la preuve éclatante que la passion est plus forte que tout. Comme elle l’a dit sur le plateau du prime avec Stéphane Bern, l’important est de ne pas s’apitoyer sur son sort, de suivre à la lettre tout ce qu’on nous prescrit et de “vivre sa maladie” tout en se projetant vers les jours meilleurs (la scène, en l’occurrence), même si ça fout la trouille. Et ça marche !

© Odile Brunet

Au moment de saluer, elle embrasse chaque musicien un par un. Et, après Bahia, c'est vers les mains tendues des premiers rangs qu’elle tend les siennes. Contact humain. Sens de la gratitude. Les commentaires sur les réseaux et les mails arrivés via le site officiel parlent de son énergie bien sûr, mais aussi de sa bienveillance. Une personne dit même qu’elle lui a « touché l’âme ».

Belle surprise perso après le show : deux personnes jamais rencontrées avant viennent me parler des Années américaines ! Regrets de ne pas partager ces moments avec le néo-Mexicain… L’attente est longue en coulisse, mais on est en bonne compagnie : Violaine, mais aussi des copains de Véronique. Les musiciens partent vite. On laisse la priorité à Steven Bellery de RTL et à son équipe : ils devront monter leur sujet tout de suite après l’interview pour une diffusion dans quelques heures.  Dans sa loge, en pull bleu électrique, Véronique n’est pas pressée de partir. Son énergie, elle nous la transmet encore. Le chemin du sommeil sera long à trouver… Elle, elle va rouler de nuit jusqu’à l’étape suivante. Difficile de “redescendre” après avoir (donné et) reçu autant

© Christian Meilhan

> Vidéo de son entrée sur scène avec la fameuse veste rouge à brandebourgs ici

ps. Il faut le dire : ça fait vraiment du bien de voir refleurir partout de nouvelles photos et vidéos de scène !

“Vivement Dimanche” | 20 mars 2019

20 mars 2019
Enregistrement
“Vivement Dimanche”

Un mercredi ensoleillé, milieu d’après-midi. Direction Studio Gabriel en sortant du métro place de la Concorde. On repense à un temps que les moins de… ne peuvent pas connaître. Même endroit (ou presque), même inoxydable présentateur. C’était en 1983, Véronique chantait Le temps est assassin dans un décor qui n’était pas au même niveau que celui des musiciens. Drucker s’impatientait pendant les répétitions, pestant contre l’entourage de l’artiste, nombreux mais inefficace puisqu’elle était en retard sur le plateau… Le temps est peut-être assassin – sûrement même – mais en réalité, il existe à peine. Plus de trente ans ont passé, et je me dis que j’ai de la chance : toujours là, sans rôle bien défini sinon celui de témoin. À Catherine Battner qui s’inquiète de savoir si Véronique m’a vu depuis mon arrivée dans le couloir des loges, je m’entends répondre que parfois je souhaiterais être parfaitement invisible. Ce qui compte, c’est d’être là : Véronique va chanter en public pour la première fois depuis les annonces de l’automne dernier, et pour la première fois sur un plateau télé depuis près de 2 ans. Mais bon, c’est tout de même cool d’être visible aussi, d’être là avec l’équipe – nombreuse aujourd’hui encore. Cette fois-ci, Michel Drucker ne se plaindra pas : Véronique est à l’heure et, dans sa loge après le tournage, il serrera la main de tout le monde.

© Olivier Mulin

Pour le quart d’heure, Isabelle cherche une petite bouteille d’eau qui pourrait être déposée à côté du piano et dont on aura préalablement retiré l’étiquette au cas où elle apparaîtrait à l’écran. Elle connaît pas mal de monde : lorsque Sabine Azéma passera devant la loge, celle-ci ne manquera pas de la reconnaître et de la saluer. Les garçons sont là aussi : le coiffeur, le maquilleur (que Véronique a connu tout petit dans les bras de sa maman) et il y a Olivier, le « styliste fou ». « Un amour du monde » dit de lui Véro – et elle n’a pas tort. Il est venu avec des petites vestes, des boots de couleur et une foultitude d’accessoires, dont cette broche en forme d’arête de poisson immédiatement adoptée et piquée au revers de la veste qu’elle portera ce soir. Il montre sur son portable les photos de Véro avec ses dernières trouvailles à lui. Un joli mannequin notre Véro ! Le problème est que chacun donne son avis… Savoir faire le tri dans ce qu’on entend à ce moment-là fait partie intégrante du job de styliste. Les attachées de presse règlent les derniers détails avec l’ingénieur du son et le régisseur de Véronique, tout en gardant un œil sur le temps qui passe et passera. « Elle est en plateau juste après l’interview de la mère de Poelvoorde, et après Stéphane Bern. Ils installeront le piano à ce moment-là. » On le sait depuis le début, sa répétition sera publique – ce qui ajoute encore une louche de trac à celui qu’on a déjà pour elle. 


Descente dans 5 minutes. Jean-Marc lui installe ses Ears avant qu’elle enfile sa veste. Sauf que quand Michel Drucker la rejoindra sur le plateau pour deux-trois questions de rigueur, au départ elle ne l’entendra pas… Pas dramatique, on coupera et on recommencera les applaus. La magie du différé…

Véronique sort maintenant de sa loge. Lente procession jusqu’au plateau. Elle est accueillie au bas des marches par des visages qu’elle connaît comme celui de ce grand type, cheveux poivre et sel retenus par une queue de cheval, qui la conduira au piano et, passant juste devant moi pour la rejoindre à la fin de la chanson, lâchera un « Elle est géniale… » comme s’il se parlait à lui-même. 

© Guillaume Gaffiot / Bestimage

Toute l’équipe part en régie. Je préfère rester dans un coin du plateau, derrière le public. La voir et l’entendre pour de vrai, pas à travers un écran. Sur le canapé rouge, Michel Drucker se concentre, Stéphane Bern à sa gauche et Benoit Poelvoorde à sa droite. Ovation pour l’entrée de Véronique. Elle s’assoit au piano et se lance. Belle surprise : la voix est libre, pour reprendre l’excellent titre de Sud Ouest. Comme avant. Véronique a travaillé au piano jusque tard dans la nuit et a trouvé un nouveau petit pont pas mal du tout à la fin du premier refrain, mais ne s’est peut-être pas encore habituée à le raccrocher avec le début du deuxième couplet. « Je peux la refaire ? » demande-t-elle humblement. Bien sûr qu’elle peut ! Même si elle était filmée, il s’agissait d’une répétition ! Elle reprend donc le titre du début. On se dit in petto que ce Je me suis tellement manquée doit drôlement plomber l’ambiance d’une émission dont l’invité est Benoit Poelvoorde mais que nenni : le public, un public tranquille d’après-midi de semaine, est recueilli, très à l’écoute jusqu’à la toute fin du titre où il laissera exploser sa joie d’assister à ce “retour de la revanche”. La prise est bonne, mais on la refait quand même. Classique. La voix de Véronique est chauffée, elle est rassurée et peut dégainer de beaux sourires sur l’intro. La troisième version sera sans doute celle diffusée, avec sa petite variante vers la fin, une phrase marmonnée en lieu et place de “S’il me reste un sanglot”. L’émotion, indubitablement.

Très entourée et rassurée à sa sortie – même si elle sait très bien la qualité de ce qu’elle a donné, elle rate, dos à l’écran, les réactions des invités sur le canapé rouge après son passage. On lui racontera. Retour dans sa loge où il fait bon discuter, essayer encore une veste, recevoir Benoit Poelvoorde et d’autres. Une jeune femme de l’équipe de l’émission tente bien de nous expliquer qu’elle va bientôt avoir besoin de la loge pour un autre artiste, elle devra s’y reprendre à plusieurs fois :-) Véronique s’en éclipsera un instant juste parce qu’elle tient à aller saluer le dessinateur de l’émission, qui lui a offert les originaux montrés à l’écran. Chemin faisant, elle posera avec Vanina, une amie de Michel Drucker.

© Christian Meilhan

À son retour, y a pas doute faut qu’on s’en aille… Sortie vers la droite d’abord. En haut des escaliers, on aperçoit une foule qui l’attend de pied ferme. Un caméraman déboule avec Élisabeth Buffet, dont l’affiche apparaît sur le mur derrière elle. Il vont filmer un petit teaser pour l’émission et le caméraman la voudrait très souriante. Véronique se lève spontanément : « Tu veux que je te fasse rire ? », avant de lever ses deux bras à la verticale comme elle le fait sur scène, sa célèbre grimace à l’appui. Rires. Photos. Filmage. C’est dans la boite !


Finalement la sortie s’effectuera par la gauche, la voiture attend derrière le parking. Le petit groupe au dehors a très bien compris notre manège. On ne la leur fait pas : ils rappliquent aussi sec. Une fois dehors, il reste quelques minutes d’attente avant l’arrivée de la voiture. Au milieu des chasseurs d’autographe, on repère un appareil professionnel et, instinctivement, on protège Véronique en se mettant pile entre elle et le paparazzo. Sauf que, à la vue des mains tendues à travers les grilles avec photos et livres, elle n’écoute que son cœur et s’avance en souriant pour signer tout ce qu’on lui tend. On la reconnait bien là et c’est aussi pour ça qu’on l’aime. La voiture est là, la grille s’ouvre. Encore quelques photos et elle monte à l’arrière.. Le lendemain matin, on découvrira dans Gala en ligne des photos prises lors de son arrivée, dont celle-ci parue dans Closer :

“Duos volatils” | 23 novembre 2018

23 novembre 2018
Sortie de “Duos volatils”

Le 3 janvier dernier, Chris Stills donnait un concert au Petite Amour, à Paris. Sa mère serait bien venue… mais c’était son premier jour au studio Ferber (avec Jeanne Cherhal, qui postera le jour même une photo sur les réseaux sociaux). Le calendrier des enregistrements n’a sans doute pas été simple à monter, véritable casse-tête doublé d’un incroyable marathon : il a fallu jongler avec les emplois du temps des uns et des autres, caser artistes et musiciens dans un seul et même mois, faire un peu de place pour la promo (Nikos Aliagas, Patrick Cohen…) de la reprise de la tournée le mois suivant et surtout affronter les intempéries (inondation des caves de la maison de Triel, décrue très lente… juste avant l’arrivée de la neige). Mais il y a bien un dieu de la musique : l’écoute de “Duos volatils” est fluide, confortable, bien loin de l’hiver qui l’a vu naître.



Un mot sur la pochette : la photo (prise fin juin) est signée Patrick Swirc, dont le travail sur un papier de Télérama avait été très apprécié en haut-lieu. Idéale pour une affiche de concert, elle est absolument magnifique même si pas forcément représentative d’un album de duos – sauf à imaginer l’énergie déployée par Véronique en studio pour que ça groove, pour que ses chansons puissent sonner comme elle l’entend, elle avec sa longueur d’avance (elle les a toutes déjà chantées sur scène) face aux artistes invités qui souvent les découvrent… Émotionnellement, le studio représente énormément de concentration : “Je préfère faire 2 concerts d’affilée plutôt que 9 heures de studio”…

Ces duos sont donc d’abord volatils, légers, éphémères – on pense aussi à la proximité du mot avec ses poules (et leur fameuse loi) si on ajoute un “e” à l’adjectif. Le titre a bien sûr été choisi par Véronique, parmi une formidable liste d’une cinquantaine de propositions envoyée par Violaine, grande brainstormeuse devant l’Éternel !
Pour ce qui est de la taille de son nom sur la pochette (la même que celle de ses invités), il s’agit d’une demande de Véronique après avoir reçu les premiers essais de maquette où son nom figurait légitimement en plus gros caractères.



Peut-être à cause des fameux samedis soirs des Carpentier, un duo évoque souvent quelque chose de visuel : on veut pouvoir se régaler de la complicité entre deux artistes, de leurs sourires, de leurs clins d’œil, guetter la tête que fait l’un pendant que l’autre chante, etc. Avec un CD, on est forcément un peu frustrés… Alors on se raccroche aux intonations, aux phrases dites dans un sourire… Heureusement il y a les vidéos (dont sont issues les captures d’écran de cet article) : la caméra tournait pratiquement non-stop en studio. Sur le DVD, il y a les 3 singles en bonus mais il existe pléthore d’images qui surgiront bientôt sur les réseaux sociaux pour assurer la promotion de l’album après sa sortie.

Petit flashback à propos des illustrations originales sur le livret du CD, sur la pochette du LP et jusque sur les rondelles du vinyle :
Triel, 18 juillet. Après le dîner, Véronique disparaît un moment pour revenir avec un grand cahier, son “cahier à dessin, là où j’ai écrit la lettre au Merle Mô” [celle du 17 mai, pour l’enterrement de Maurane] et elle commence à dessiner. Un des chats, Pizzi, monte bien sûr immédiatement se coucher sur la table en ronronnant, la tête sur son bras – ce qui ne la perturbe absolument pas. “Je ne sais pas faire des cœurs ou des étoiles”, explique-t-elle en montrant les premiers dessins. Il y a des paysages, il y a un requin. Il y a aussi les deux têtes, jolis symboles de l’idée de duos. Elle ajoute parfois un point d’exclamation ou d’interrogation : “Il faut toujours ponctuer un dessin !” Le dernier qu’elle fait est un personnage avec une partie étoilée : “J’ai voulu faire une étoile et ça a donné ça”. Chose très inhabituelle de sa part : alors que j’emporte la page de dessins pour la scanner, elle me demande de la lui rapporter ensuite… Ce qui sera fait.



Côté invités, il y a ceux qu’on aime et ceux qu’on aime un peu moins… De bonnes surprises, des coups de cœur et des petits regrets. Tout est subjectif mais on pouvait imaginer un petit peu plus d’audace… Des noms à l’international… How Many Lies avec Rufus Wainwright ? Full Tilt Frog avec Elton John ? Backstage au Printemps de Bourges, on avait envie de dire à Catherine Ringer de se greffer dare-dare sur le projet (et d’ailleurs on l’a fait !)… Ceci dit, ces duos ont beau être volatils, ils s’ancrent vite entre nos deux oreilles, où ils tournent, tournent encore… volent, volent, volent…



Tracklist :
1. Chanson sur ma drôle de vie avec Vianney 
2. Besoin de personne avec Christophe Maé
3. Bahia avec Alain Souchon
(Je me souviens m’être réjoui en pensant qu’elle allait enregistrer en studio la nouvelle intro de Bahia. La veille : “Bah je ne sais pas parce que c’est une intro pour la scène. Je fais le clown. En studio, ça va sûrement pas le faire…” De fait.) 
4. Vols d’horizons avec Bernard Lavilliers
5. C’est long, c’est court avec Zaz
6. Visiteur et voyageur avec Patrick Bruel
7. Une nuit sur son épaule avec Juliette Armanet 
8. Amoureuse avec Julien Doré 
9. Tu sais que je t’aime bien avec Jeanne Cherhal 
10. Toute une vie sans te voir avec Tim Dup 
11. Redoutable avec Hubert-Félix Thiéfaine
12. Doux dehors, fou dedans avec Michel Jonasz
13. Celui qui n’essaie pas (ne se trompe qu’une seule fois) avec Louis, Matthieu, et Anna Chedid  
(Pour la première fois en version studio avec les cuivres, magnifique apport des versions sur scène depuis la tournée “Années américaines”) 
14. Alia Soûza avec Tryo 
15. Avec un homme comme toi avec Eddy Mitchell 

Le 23 novembre, Véronique a posté le message suivant sur les réseaux (écrit la veille au soir) et qu’elle adresse à ses invités :
Je suis tellement contente d'avoir chanté avec vous. Et vraiment fière. 
Vous m'avez tout donné. Je vous aime tous tellement. Tendrement.
Et encore plus que tout j'espère que le public appréciera vos prouesses, votre bonne fortune, toutes vos tendresses magnifiques.
Je ne suis pas facile, et quelquefois très très énervante et je vous dis merci de vos patiences infinies. Merci merci merci. 



[update avril 2019] Suite à la réponse de Véronique à une question de Marion Ruggieri dans l’émission C à vous, on assiste, navrés, à une tentative « d’affaire Eddy de Pretto » (mêmes ingrédients que pour « l'affaire Marina Kaye »). Tentative qui ne dupe plus grand monde comme le prouve cette publication sur lefigaro.fr :